Vivre et enseigner la francophonie dans les communautés

Hugo Turpin enseigne depuis un an au Programme Confluence à Dawson. Il prend du plaisir à partager à ses élèves des mots et sa culture d’origine québécoise.
Fraîchement diplômé, Hugo Turpin débarque en août dernier à Dawson pour une première année en enseignement. Au Programme Confluence, il enseigne en troisième, quatrième, et cinquième année.
« C’est un programme français langue première », explique-t-il. « Donc, j’enseigne toutes les matières en français et le français langue première. Mais ce n’est pas la réalité que je vis avec mes élèves, puisque c’est un nouveau programme », nuance-t-il.
« Ce sont des élèves qui sont allés à l’école anglophone avant de venir à l’école francophone », explique-t-il. « Leurs parents parlent français, mais [les élèves] n’ont pas énormément appris la langue. Ma réalité en tant qu’enseignant est donc unique et ça rend l’expérience encore plus palpitante! »
Partager et transmettre sa passion du français
Originaire du Québec, Hugo Turpin partage au quotidien sa culture d’origine à ses élèves. « Par exemple, aujourd’hui, on a joué à la chaise musicale avec les Cowboys Fringants. »
« J’aime beaucoup aussi amener mon accent québécois dans mon enseignement parce que je pense que mon identité francophone ne s’identifie pas juste au français, mais au Québec aussi. Et puis, j’essaie de faire des activités qui entourent également ma culture. »

Yannick Pavard est moniteur de français à l’École Robert-Service à Dawson au sein du programme Odyssée. Il s’est rendu ponctuellement à l’école de Mayo.
Yannick Pavard, Français d’origine, est moniteur de français au sein du programme Odyssée à l’École Robert-Service à Dawson. Il trouve que ses élèves font preuve d’une belle curiosité culturelle. « Ils sont toujours en train de poser des questions sur des faits culturels ou des expressions, notamment sur ce qu’on dit aux portes lors de l’Halloween ou comment se passe la célébration de la galette des Rois. »
« Un de mes élèves a regardé The Office, la série sur Netflix [en français] et à un moment donné, dans la série, l’acteur dit “je m’en fiche”. Mon élève m’a demandé ce que signifiait cette expression. Les élèves veulent m’entendre la dire, ils demandent dans quel contexte on dit “je m’en fiche”. »
Louanne Battour, originaire de l’île Maurice, est aide-enseignante à l’École Tantalus à Carmacks. Elle rapporte qu’il est plus difficile de transmettre sa culture francophone, puisqu’aucun élève ne parle français et que l’école ne souhaite pas enseigner le français. Des cours de tutchone du Nord sont offerts à l’école. Elle aimerait transmettre sa langue en dehors du cadre scolaire. Elle enseigne pour l’instant des cours de français à un enfant, en dehors de l’école, en tutorat. Une façon différente pour elle de transmettre sa langue.
Défis dans les communautés
« Finalement, les enfants ne parlent pas tant français », constate Hugo Turpin. « Mon défi principal, c’est de les encourager à parler en français entre eux. C’est un défi que je vis quotidiennement. Mais, de jour en jour, on voit de grandes améliorations. J’éprouve une certaine gratitude quand je vois le jeune qui me parle un peu en français. »
« Je dois vraiment me réinventer », ajoute-t-il. « J’utilisais beaucoup les outils technologiques au Québec. Plusieurs façons de faire que j’avais ne s’appliquent pas nécessairement ici. »
Pour Yannick Pavard, « il n’y a pas assez d’endroits où les élèves peuvent pratiquer le français en tant que tel [à Dawson]. Quand ils rentrent chez eux, ils ne parlent pas forcément français. À un moment donné, on voulait effectuer des exercices, on voulait aller à l’épicerie, mais personne ne parle le français. Donc, on est allé au Centre des visiteurs parce que là, ils ont des chances [de trouver des personnes francophones]. Mais [les jeunes] sont à la recherche d’endroits pour pratiquer. »
Le français au quotidien
Chacun et chacune vit sa francophonie à sa manière. « Je pense que c’est en côtoyant les gens de Dawson, en côtoyant d’autres francophones que mon identité francophone s’est renforcée, que je tiens plus à ma langue », estime Hugo Turpin.
« Presque la moitié de mes amis à Dawson parle français et anglais. Ça fait en sorte qu’on peut parler en français une fois de temps en temps. Mais, c’est sûr que, quand il y a un anglophone qui rentre dans la conversation, on se met à parler tout le monde en anglais pour inclure la personne. J’ai la chance de continuer à garder contact avec ma famille et mes amis du Québec. Ça fait que j’utilise beaucoup mon français. C’est drôle, avant, j’écoutais tout le temps des films en anglais. Tous les services que j’utilisais, c’était en anglais. Mais là, aujourd’hui, c’est le contraire. Maintenant, chez moi, tout est en français parce que je tiens à garder ma langue, je tiens à la protéger. »
Pour Yannick Pavard, l’utilisation du français au quotidien reste importante. « Je ne connais pas bien l’anglais, donc je recherche un peu plus les francophones. »

Louanne Battour est aide-enseignante à l’École Tantalus de Carmacks.
Louanne Battour parle français tous les jours à la maison et avec d’autres francophones du village depuis son arrivée en 2023. « Mon identité francophone est importante », partage-t-elle. « En arrivant à Carmacks, je travaillais dans le store du village. Je profitais de parler français aux touristes francophones. »
« Quand je vais avoir des enfants un jour, je voudrais que mes enfants aient ce français-là. Parce que c’est important pour moi, c’est ma vie », partage-t-elle.
Marie Bélanger a enseigné entre 2013 et 2016 à l’École de Ross River. Elle rapporte ne pas avoir beaucoup parlé français durant cette période, même si d’autres francophones vivaient également dans cette communauté. « On parlait en anglais la plupart du temps. Quand on était juste les trois francophones ensemble, on se parlait en français. Mais c’est tout. Quand quelqu’un d’autre entrait dans la pièce, par politesse, on se mettait à parler en anglais. »
Quant à Giulia Cecchi, originaire de Vancouver et enseignante de la langue han à l’École Robert-Service de Dawson depuis 2022, elle mentionne avoir plusieurs amis francophones avec qui elle partage différentes activités, comme le disque-golf.
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale

Giulia Cecchi enseigne la langue han à l’École Robert-Service de Dawson depuis 2022.
Langue française, langues autochtones
Selon Hugo Turpin, « on peut faire un parallèle entre l’enseignement des langues autochtones et le français parce que ces deux langues sont minoritaires. Ce sont un peu des trésors. »
Pour Giulia Cecchi, « le français et le han sont un peu différents, car le han est en voie d’extinction, contrairement au français. L’année passée, notre dernier aîné parlant le han est décédé. Cinq personnes seulement le parlent en Alaska. Par contre, il y a une grande communauté francophone dans le monde. »
« On peut néanmoins dire que les deux langues s’appuient sur une approche pédagogique similaire : l’approche neurolinguistique, qui met l’accent sur l’importance de l’immersion orale », explique l’enseignante.
Marie Bélanger a eu l’occasion d’enseigner le français lorsqu’elle travaillait à Ross River, mais elle l’a refusé, préférant que les élèves apprennent le kaska, la langue de la Première Nation de la région.
« Seulement une vingtaine de personnes parlent le kaska, alors je trouvais plus important que tous les enfants aient accès à des cours de kaska. Je préférais qu’ils apprennent leur propre langue plutôt que la mienne. »
- Nombre de fichiers 6
- Date de création 3 juillet, 2025
- Dernière mise à jour 30 juin, 2025