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  • Date de création 14 décembre, 2021
  • Dernière mise à jour 14 décembre, 2021

Violences sexuelles : parler, oui, mais dans de bonnes conditions

À l’occasion des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le sexe (ou le genre), du 25 novembre au 10 décembre, Alyssa Coghlin, thérapeute au sein du Centre de viol et d’agression sexuelle de l’Î.-P.-É., nous parle de la reconstruction des femmes victimes de violences sexuelles.

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Propos recueillis par Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

 

 

 

Alyssa Coghlin est thérapeute au Centre de viol et d’agression sexuelle de l’Î.-P.-É.  Aux yeux de la spécialiste, parler est un premier pas vers la reconstruction des survivantes.  Mais elle prévient, mettre en doute ou minimiser la parole des femmes victimes peut être dévastateur.  Elle nous en dit plus.

Quel est le premier pas vers la reconstruction pour les victimes de violences sexuelles?

Les survivantes doivent réapprendre à maîtriser leurs émotions et à se réapproprier leur corps, qui garde la mémoire des violences subies.  À cet égard, des activités artistiques comme l’écriture, la danse ou la peinture peuvent grandement les aider à extérioriser leur mal-être.

Parler est l’autre clé essentielle pour qu’elles puissent se reconstruire.  Mais pour déposer leur parole, partager leur vulnérabilité, les victimes ont besoin d’un environnement sécurisant, d’un climat d’empathie.  Il ne faut pas qu’elles se sentent jugées, elles qui éprouvent déjà si souvent une forme de culpabilité.  La qualité d’écoute est extrêmement importante, car c’est grâce à cela qu’on redonne le pouvoir à ces femmes.

Justement, la société a-t-elle suffisamment conscience de l’importance de cette qualité d’écoute?

Les thérapeutes, les bénévoles et les salariés dans les permanences téléphoniques d’urgence ou dans les centres d’accueil spécialisés sont formés à cette qualité d’écoute.  En revanche, quand les confidences se font ailleurs, lors d’échanges avec des proches ou encore dans un commissariat lors d’un dépôt de plainte, le témoignage peut se transformer en calvaire.

Il faut savoir que les survivantes réagissent très différemment à une agression sexuelle ou à un viol.  Certaines, en plein effondrement psychique, peuvent raconter leur histoire avec un grand détachement, ce qui peut être déconcertant.  D’autres sont prostrées, mutiques, il y a tous les cas de figure.

La parole des victimes est souvent contestée, mise en doute ou minimisée.  Face à une parole décousue, imprécise, l’interlocuteur non averti peut être désarmé, voire méfiant.  C’est atroce de ne pas être crue, ça fait très mal.  Être mal écoutée constitue un nouveau traumatisme, en particulier quand il s’agit d’un premier récit.  C’est pourquoi il est primordial que les proches et les policiers se montrent compréhensifs, qu’ils ne mettent pas en doute la véracité des faits rapportés.

Le pire pour les survivantes, c’est l’absence de poursuites judiciaires.  Le système leur envoie un message extrêmement négatif: on ne vous croit pas, votre histoire n’est pas valide.  Les femmes finissent par ne plus déposer plainte lorsqu’elles subissent un viol ou une agression sexuelle, elles n’ont plus confiance.

Quelles sont les autres pistes pour aider les survivantes à se reconstruire?

Participer à des groupes de paroles peut être une bonne chose, ça permet aux femmes de se confier librement.  En confrontant leur vécu à celui des autres, ces moments leur permettent de prendre du recul par rapport à leur propre histoire.  Elles se sentent moins isolées.  Elles ont l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes, ça leur redonne confiance.

Mais, là encore, il faut que ces cercles de soutien soient des espaces sécurisants, les récits des victimes doivent rester confidentiels, ne pas sortir de la pièce.  C’est difficile à trouver dans les petites communautés de l’Î.-P.-É où tout le monde se connaît.  C’est un défi.

 

 

 

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Photos

 

Alyssa Coghlin est thérapeute au Centre de viol et d’agression sexuelle de l’Île-du-Prince-Édouard. (Photo : Marine Ernoult)

 

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