Vins ontariens ciblés par des tarifs… ontariens!
Les Ontariens ont beau avoir moins le goût de consommer des vins des États-Unis, cela ne se traduira pas par plus de place sur les tablettes de la LCBO pour les vins des producteurs artisans de la province.
Jean-Marc Dufresne
IJL – Réseau.Presse – Agricom
Le contexte économique et politique actuel pourrait profiter aux vins d’appellation Vintners Quality Alliance (VQA), qui proviennent principalement de la région du Niagara. Cependant, les vins d’ici dans sans étiquette VQA, eux, demeurent exclus de la LCBO par des taxes et frais imposés ici même en Ontario.
Moins ontarien?
On distingue quatre grandes catégories de vins en Ontario: les vins d’appellation VQA, une étiquette créée pour répondre aux besoins des producteurs ontariens qui voulaient percer le marché européen qui exige une appellation contrôlée. On les trouve généralement dans le Niagara et le sud de l’Ontario.
Ensuite, les vins ontariens qui n’ont pas l’appellation VQA. On compte une trentaine de ces producteurs artisans regroupés au sein de l’association Ontario Artisan Wineries (OAW) dans l’Est ontarien, le comté de Prince Edward et la rive nord du lac Érié.
La troisième catégorie est constituée de vins hybrides affichant au moins 25% de contenu ontarien et dont la différence est d’origine internationale. Enfin, la quatrième catégorie est celle des vins importés.
« Le vin produit en Ontario dans les premières années reposait en grande partie sur des raisins nord-américains du cépage Labrusca, qui étaient utilisés pour produire des vins doux à haute production et de qualité assez médiocre », explique Craig MacMillan, président d’OAW et copropriétaire de Stonehouse Vineyard, à Alexandria.
« Les vignobles du Niagara ont alors commencé à planter des raisins Vitis Vinifera de climat plus chaud pour produire du vin de meilleure qualité, bien qu’ils soient moins résistants au froid et plus sujets aux maladies, ce qui a donné l’impulsion à la création du système basé sur l’appellation VQA. »
Loin de la coupe aux lèvres
Les membres d’OAW produisent moins de 2 000 caisses par an à partir de raisins 100% ontariens. Cependant, comme ils utilisent principalement des raisins de climat froid, ils ne peuvent pas obtenir la désignation VQA dans de nombreux cas. Même si certains raisins de climat froid sont approuvés, ils sont traités comme inférieurs, malgré l’obtention de prix et d’une reconnaissance internationale.
« En réalité, le modèle VQA, qui n’intéresse pas les membres de l’OAW pour diverses raisons, a créé un monopole VQA, ce qui est ironique, compte tenu de l’engagement de la province envers un “marché ouvert et compétitif” et du débat actuel sur les tarifs et le commerce interprovincial », dénonce Craig MacMillan.
Directrice générale de l’Ontario Wine Appellation Authority (OWAA), Laurie Macdonald nuance ces propos. « Dans l’ensemble, l’Ontario est un joueur mineur dans l’industrie vinicole mondiale. On adorerait que les membres d’OAW se joignent à nous, parce que c’est toute l’industrie qui en profitera. »
Elle souligne que de nombreux changements ont été apportés à la réglementation sur l’étiquette VQA au cours des dernières années. « Ça reste une appellation contrôlée par une législation provinciale, pas un système basé sur l’honneur. Les changements n’arrivent pas rapidement. Mais je sais que des efforts sont faits pour notamment aller vers des types de raisins plus résilients et nécessitant moins d’interventions », affirme-t-elle.
Discrimination
Selon le président d’OAW, « les récents changements visant à permettre la vente de vins dans les dépanneurs n’ont rien fait pour nous aider, car nous ne pouvons pas payer les frais de vente par ces canaux en raison des frais punitifs de la LCBO, qui impose une taxe sur le vin et une majoration (« Frais LCBO ») sur les ventes de vins non VQA 100% ontariens. Ça entraîne des charges cumulées de 49 à 55%, contre environ 20% pour les vins VQA. »
La plupart des petits vignobles doivent donc vendre leur production sur place, ce qui est un important frein au développement de leurs entreprises. L’organisme Ontario Craft Wineries, qui représente plus de cent vignobles VQA, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.
Pratique équitable: le vin est tiré
La stratégie Cultiver l’Ontario adoptée par le gouvernement provincial, de concert avec la nouvelle stratégie Marché concurrentiel et ouvert pour l’alcool, ainsi que l’ouverture annoncée par le président de la LCBO envers la concurrence, implique que tous les vins 100% ontariens doivent être traités équitablement, croit Craig MacMillan.
« On est traité comme des citoyens de deuxième classe », déplore Jan-Daniel Etter, propriétaire du vignoble Clos du Vully, à Navan près d’Ottawa. « On n’a pas accès aux marchés publics ou aux restos alors qu’on produit du vin de qualité et 100% ontarien. »
Un simple geste pour déboucher
Le premier ministre sortant, Doug Ford, souhaite réduire les barrières au commerce interprovincial, jugeant anormal qu’il soit difficile d’expédier des produits comme du vin entre provinces. Il souligne que ces restrictions freinent l’économie. Pourtant, l’OAW constate qu’il n’est pas nécessaire de sortir de la province pour trouver des barrières.
« Doug Ford devrait commencer par des barrières internes en Ontario qui punissent injustement les petits établissements vinicoles familiaux qui produisent et vendent du vin 100% ontarien, affirme Craig MacMillan. Un simple trait de plume ou une directive adressée à la LCBO permettrait de remédier à cette situation, puisqu’il s’agit d’une décision politique. »
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Légende photo 1 : Les petits producteurs de vin artisanal estiment être victime de discrimination en Ontario.
Légende photo 2 : Le propriétaire de Stonehouse Vineyard déplore des charges cumulées de 52% que la LCBO impose sur le vin non VQA.
Légende photo 3 : Jan-Daniel Etter estime que les petits producteurs qui ne sont pas VQA ne sont pas reconnus à leur juste valeur.
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- Date de création 19 février, 2025
- Dernière mise à jour 14 mars, 2025