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  • Dernière mise à jour 1 décembre, 2021

VIH: 40 ans d’avancées scientifiques

En prélude de la journée mondiale de lutte contre le sida, qui se déroule le 1er décembre, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a organisé la première édition de la «Semaine du VIH». Ce fut l'occasion pour les bénévoles associatifs et les médecins de sensibiliser aux enjeux du VIH lors de 5 conférences, du 24 au 30 novembre.

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Clément Lechat

IJL – Réseau.Presse – l-express.ca

 

 

 

37,7 millions de personnes vivaient avec le virus du VIH dans le monde en 2020, selon les derniers chiffres de l’ONUSIDA. 680 000 sont décédées l'année dernière.

Au Canada, quelque 70 000 personnes sont infectées. 15 000 à 20 000 resteraient à dépister.

Le virus sera-t-il éradiqué en 2030, comme le souhaite l'ONU? Rien n’est moins sûr. Même si les avancées scientifiques ont amélioré la qualité et l’espérance de vie des malades, aucun vaccin efficace n’a encore été trouvé, et la pandémie de Covid-19 bouscule les priorités mondiales.

«Les avancées de la lutte contre le sida, qui accusaient déjà un retard, sont confrontées aujourd’hui à des difficultés encore plus grandes alors que la crise de la COVID-19 continue de faire des ravages, perturbant entre autres les services de prévention et de traitement du VIH, la scolarisation et les programmes de prévention de la violence», a affirmé Winnie Byanyima, directrice générale ougandaise de l’ONUSIDA, dans son message à la presse à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida 2021.

Virus presque intransmissible

«En 40 ans, le VIH est passé d’une sentence de mort à une maladie chronique», affirme sans détour le docteur Huges Loemba, qui animait la conférence du 25 novembre.

«Toutes les personnes qui sont atteintes du VIH n’ont pas le sida. Ceux qui ont le sida sont très avancés dans la maladie, car leur nombre de cellules lymphocytes CD4 sont inférieurs à 200 par millimètre cube de sang», résume-t-il.

Plus le nombre de cellules est élevé, plus le système immunitaire résiste aux agressions extérieures.

Ainsi, en 2021, la grande majorité des cas canadiens de VIH n’évoluent plus vers la maladie du sida, à condition de recevoir un traitement antirétroviral adéquat.

«Ce sont des médicaments tous les jours pour toute la vie. Mais on peut vivre en général tout aussi longtemps qu’une personne qui n’a pas le VIH», explique Stéphanie Jones, infirmière praticienne au CFGT.

Après trois à six mois sous traitement, la quantité de VIH dans le sang est si faible qu’il est même possible d'atteindre une charge virale indétectable. Le VIH devient alors intransmissible.

C’est le principe I = I : indétectable égal intransmissible. Une notion encore peu connue du grand public.

Traitements moins toxiques et plus pratiques

Il a fallu attendre 1987, quatre ans après l’identification du virus, pour voir arriver une première monothérapie: l’AZT.

Le contraste est saisissant entre les traitements d'aujourd'hui et les tout premiers. S’ils ont représenté un espoir immense pour les malades, ils ont sauvé de nombreuses vies au prix d’une toxicité assez grave, et d’un inconfort de vie. Ils comprenaient des dizaines de comprimés à prendre en même temps, plusieurs fois par jour. Des malades mourraient à cause de surdoses.

«Certains patients sont encore en vie grâce à ces médicaments, malgré les effets indésirables», note cependant le docteur Loemba.

«Maintenant, on arrive à prendre un seul comprimé une fois par jour. Il y a trois médicaments dans un seul comprimé. On vient de loin!», rappelle-t-il.

Signe des avancées scientifiques, le traitement contre le VIH peut désormais s'administrer sous la forme de deux injections mensuelles à action prolongée. Le Cabenuva, qui associe deux médicaments, est à destination des porteurs dont la charge virale est indétectable, explique le Réseau canadien d'info-traitements sida sur son site internet.

Révolution de la trithérapie

C’est véritablement l’arrivée de la trithérapie en 1996 qui a marqué un tournant pour les porteurs du virus.

Cette année, à la Conférence internationale sur le sida de Vancouver, qui réunit 15000 spécialistes internationaux: «Tout le monde s’est mis d’accord», raconte le docteur Loemba, qui y a participé.

«En combinant différents médicaments, qui ciblaient différents stades de la réplication du virus, on arrivait à mieux contrôler la maladie, et on pouvait diminuer la charge virale».

L’enthousiasme était tel que le chercheur sino-américain David Ho affirme que ce traitement pourrait éliminer totalement la charge virale du VIH. Une théorie par la suite démentie. «On s’est rendu compte que le virus se cachait dans les ganglions, les réservoirs et les tissus internes», explique le docteur Loemba.

Si le confort de vie des patients s’est lui aussi amélioré, des effets secondaires persistent, comme la prise de poids. «Il y a des nouveaux médicaments qui sont très bien, mais on commence à constater qu’il y a une montée de cholestérol. On surveille le diabète», rapporte le docteur Pascal Djiadeu, biostatisticien et épidémiologiste.

Covid contre VIH?

Après 40 ans de progrès, la pandémie de coronavirus détournerait-elle l’attention scientifique et politique? Les avis divergent sur la question. Du côté des porteurs du VIH, l’incompréhension domine face à la rapidité avec laquelle le vaccin contre le coronavirus a été développé.

«Quand la Covid-19 est arrivée, vous, les scientifiques et virologues, vous vous êtes plus concentrés sur le covid pour trouver un vaccin. Mais avec le VIH, on doit encore attendre, attendre et attendre. Pourquoi ce retard du VIH par rapport au covid?», regrette une participante à la conférence du 25 novembre.

C’est avant tout une question d’investissements structurels, répond le docteur Loemba. La recherche de médicaments contre le VIH a été la priorité des investissements, au détriment des vaccins. «Il y a quelques compagnies courageuses qui ont fait des recherches, mais il n’y avait pas eu autant d’argent investi pour un vaccin», analyse-t-il.

À l’inverse, pour la covid-19 des sommes massives ont été injectées en un temps record. «Les grandes économies mondiales étaient toutes à plat. Alors, c’était une question de survie, au niveau économique, populationnel, social, financier», ajoute-t-il.

D’autre part, pendant la pandémie la collaboration des chercheurs du monde entier à été bénéfique à la recherche vaccinale. «On avait jamais vu ça», insiste le docteur. Une collaboration sur le VIH qui, elle, est cependant restée plus restreinte, car ce virus n’a pas impacté le monde entier avec la même intensité.

 «La pandémie a rebattu les cartes»

Les inquiétudes portent aussi sur le financement et l’impact des programmes nationaux de lutte contre le VIH.

En septembre, le Fonds Mondial contre la tuberculose, le paludisme et le VIH, notait dans son rapport annuel : «Un ralentissement important dans les services de dépistage et de prévention du VIH auprès des populations clés et vulnérables, qui étaient déjà frappées de manière disproportionnée par la maladie».

Par rapport à 2019, les programmes de prévention du VIH ont atteint 11% moins de personnes, et 12% moins de jeunes. «Le nombre de mères séropositives qui ont reçu un traitement pour prévenir la transmission du VIH à leur bébé a chuté de 4,5%. Le dépistage du VIH a chuté de 22%, ce qui a fait reculer la mise sous traitement antirétroviral dans la plupart des pays», ajoute le rapport.

Des craintes que partage le docteur Pascal Djiadeu. «Le financement a beaucoup augmenté au cours des 10 dernières années, avec le PEPFAR et le Fonds Mondial. Mais la Covid est venue tout compromettre. Nous craignons qu’il y ait un relâchement dans les financements», explique-t-il.

Espoirs d’un vaccin

Cependant, les recherches sur les vaccins contre le coronavirus pourraient-elles à terme être bénéfiques contre le VIH?

Longtemps espéré, le vaccin contre le sida se fait toujours attendre. «Il y a eu beaucoup d’essais vaccinaux qui ont échoués», rappelle le docteur Loemba. Encore récemment, l’essai Imbokodo menée depuis 2017 par Johnson & Johnson dans 5 pays d’Afrique subsaharienne s’est révélé infructueux et a été arrêté.

«Je me rappelle très bien qu’à chaque conférence dans les années passées, on disait qu'on pourrait avoir un vaccin dans 10 ans. Le mot 10 ans résonne encore dans ma tête. C’était un moyen pour les chercheurs de dire qu’il y avait un espoir», raconte-t-il.

Cependant, le développement des vaccins à ARN messager pourrait bien changer la donne. Selon le docteur, ils représentent une réelle opportunité née de la pandémie. Il s’agit d'une piste explorée depuis août par le laboratoire Moderna, qui s'est lancé dans la course au vaccin en démarrant un essai clinique de phase 1.

Le vaccin Pfizer-BioNTech contre la CoViD-19. Photo: Lisa Ferdinando, ministère américain de la Défense

«Je pense que cette fois-ci ça va être la bonne. Je ne pensais pas que de mon vivant on pourrait peut-être avoir un vaccin contre le VIH», s’enthousiasme le docteur Loemba.

Pourquoi un tel optimisme? «Nous venons d’ouvrir une boîte de pandore avec la stratégie ARN messager. Les scientifiques vont avoir plein d’idées», explique-t-il. «La stratégie utilisée avant, c’était juste des anticorps pour aller s’attacher au niveau de l’enveloppe du virus et cibler ses protéines. Avec l’ARN messager, on peut cibler d’autres structures du virus.»

Pour une meilleure prévention

Malgré les avancées scientifiques : «La maladie n’a pas disparue», martèle le docteur Loemba». «Il y a un relâchement dans certaines couches de la population, surtout chez les jeunes. Avant, les gens avaient peur, c’était une sentence de mort. La peur faisait que les gens adhéraient aux mesures de prévention», observe-t-il.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, en 2019, 2 122 personnes ont reçu un diagnostic d’infection par le VIH au Canada. Ce qui représente une hausse de 4 % au cours des 5 dernières années, commente le Réseau canadien d'info-traitements sida sur son site internet.

Pour atteindre les objectifs de la cible des trois 90, c’est-à-dire 90% des personnes vivant avec le VIH diagnostiquées, 90% amorçant un traitement et 90% présentant des niveaux indétectables du virus, le CFGT a mis en place un programme dédié.

Le programme VIH/SIDA propose depuis 2004 un accompagnement toute l’année en trois volets : gestion de cas, soutien et sensibilisation.

L’association Action positive VIH-Sida agit elle aussi sur le terrain de la prévention, et accompagne les personnes vivant avec le VIH. Seule association s’adressant spécifiquement aux francophones séropositifs, elle a distribué des trousses de dépistage lors de la foire des services communautaires du Collège Boréal, le 26 novembre.

Pour se faire dépister gratuitement, les francophones peuvent contacter le centre de santé du CFGT. De nombreuses cliniques de santé sexuelle existent aussi à Toronto, comme la clinique Hassle dans le quartier LGBTQ.

 

 

 

 

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Photos

 

Titre : VIH monde

Légende : Le CFGT a organisé une Semaine du VIH, du 24 au 30 novembre

Crédit : courtoisie

 

Titre : VIH I=I

Légende : Le symbole «indétectable = intransmissible» à propos du VIH.

Crédit : domaine public

 

Titre : VIH Hugues Loemba

Légende : Le docteur Hugues Loemba.

Crédit : courtoisie

 

Titre : VIH Pascal Djadeu

Légende : Le Dr Pascal Djiadeu.

Crédit : courtoisie

 

Titre : VIH Winnie Byanyima

Légende : Winnie Byanyima, directrice générale de l’ONUSIDA.

Crédit : ONUSIDA

 

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