«Vente aux enchères d'esclaves»: le ministre Stephen Lecce s’excuse

ÉMILIE PELLETIER

Initiative de journalisme local — Le Droit

Le ministre de l’Éducation de l’Ontario Stephen Lecce est dans de beaux draps pour avoir participé à une soi-disant «vente aux enchères d’esclaves» lorsqu’il était membre d’une fraternité universitaire, en 2006.

Un reportage du média Press Progress a révélé que Stephen Lecce a participé, lorsqu’il était étudiant à l’Université de Western Ontario, il y a 15 ans, à un événement de la fraternité Sigma Chi où l’on y faisait la «vente aux enchères d’esclaves».

Fraternité

Chaque année, les chapitres de la fraternité Sigma Chi de l’Amérique du Nord organisent un «événement philanthropique» qui dure une semaine et qui comprend des activités comme des partys, des compétitions et des «sketches humoristiques», indique Press Progress.

Dans le cadre de cet événement, Stephen Lecce a fait partie, en 2006, des «esclaves» qui étaient «vendus aux enchères», ce qui signifiait qu’il devait «être disponible de 10h à 18h, ou à une autre heure négociée avec le “propriétaire”».

Stephen Lecce, qui servait jusqu’à la dissolution de la Chambre de ministre de l’Éducation au sein du gouvernement Ford, s’est excusé pour sa participation dans cet événement, quelques heures après la publication du reportage.

«Inapproprié»

«L’événement de 2006 était inapproprié et ne reflète en aucun cas qui je suis en tant que personne, c’est pourquoi je m’excuse sans réserve. Je continuerai de défendre avec passion les intérêts de tous les Ontariens, sans distinction pour la religion, l’héritage, l’orientation ou la race», a écrit Stephen Lecce dans une déclaration envoyée aux médias. Celui-ci a obtenu son diplôme en 2008.

Il n’a pas nié les allégations rapportées par Press Progress. 

La porte-parole principale de la campagne électorale du Parti progressiste-conservateur (PPC), Ivana Yelich, a fait savoir au Droit qu'hormis cette courte déclaration, Stephen Lecce ne s’adressera pas aux médias sur la question. 

  1. Lecce est un ancien assistant du premier ministre Stephen Harper et lorsqu’il a été élu, en 2018, est devenu l’un des plus jeunes membres du cabinet ministériel de Doug Ford.

Stephen Lecce est candidat à la réélection pour le PPC dans sa circonscription de King-Vaughan.

Démission demandée

Trois candidats noirs du NPD exigent que Stephen Lecce se retire en tant que candidat du PPC aux élections.

Jill Andrew (Toronto-St. Paul’s), Faisal Hassan (York-Sud-Weston) et Laura Mae Lindo (Kitchener-Centre), tous des députés sortants en course à la réélection, ont rappelé que «la traite transatlantique des esclaves est l’un des chapitres les plus horribles de l’histoire humaine», dans un communiqué envoyé mercredi.

«Plus de 12 millions d’Africains réduits à l’esclavage ont été arrachés à leurs foyers et transportés à travers l’Atlantique vers les Amériques entre le XVIe et le XIXe siècle. Des millions de Noirs dans les Amériques sur plusieurs générations sont nés, ont vécu et sont morts piégés dans le système barbare de l’esclavage. L’héritage de l’esclavage, du colonialisme et de la suprématie blanche perdure dans nos institutions et dans le traumatisme générationnel auquel les personnes d’ascendance africaine continuent de faire face chaque jour.»

Ils jugent indécent que Stephen Lecce ait participé à des événements qui se moquent de cette histoire douloureuse.

«Il a également choisi de dissimuler [sa participation à ces événements] pendant des années en tant que fonctionnaire, en tant que ministre chargé de l’éducation, des opportunités et du bien-être des étudiants noirs, et en tant que personne chargée de superviser les enquêtes de la province sur le racisme anti-noir dans les écoles. Toutes ces actions sont répugnantes et constituent un racisme anti-noir manifeste.»

Steven Del Duca cède la parole

Le chef du Parti libéral de l’Ontario juge que la participation de M. Lecce à ces événements représente des «circonstances troublantes».

  1. Del Duca, en campagne mercredi dans le Grand Toronto, a indiqué aux médias qu’il n’est toutefois pas la bonne personne pour juger de la qualité des excuses de Stephen Lecce.

«Je ne pense pas qu’une personne comme moi, compte tenu de ma position, compte tenu de mon privilège, devrait commenter quelque chose comme ça. Je pense que ce sont les personnes qui sont directement touchées par ce comportement inacceptable et profondément troublant qui devraient faire partie de la conversation. Je comprends qu’il s’est excusé, mais je pense qu’il vaut mieux laisser les Ontariens racisés, les Ontariens vulnérables, qui sont dans une position où ils doivent faire face à ce genre de comportement trop souvent, de répondre à la question de savoir si ses excuses sont suffisantes ou non.»

Le chef du Parti vert de l’Ontario, Mike Schreiner, s’est dit «dégoûté» des récentes révélations.

«Lecce doit des excuses sincères à la communauté noire de l’Ontario. L’esclavage n’est pas quelque chose dont on se moque.»

Mike Schreiner affirme que cet événement «est un autre rappel brutal de l’ampleur du racisme en Ontario et de la raison pour laquelle nous devons nous engager à prendre des mesures concrètes pour y remédier, en particulier dans nos écoles».

Syndicat d’enseignement inquiet

La Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEÉO) demande d’ailleurs à Doug Ford de commenter la controverse.

«Les éducateurs, les familles et les conseils scolaires ne peuvent pas faire confiance à un responsable pédagogique qui démontre des comportements racistes», a fustigé le syndicat d’enseignement.

La FEÉO affirme que cet incident soulève des inquiétudes face à la capacité de Stephen Lecce de comprendre les fondements du racisme anti-noir, et que cela pourrait avoir un impact sur sa capacité à servir les Ontariens en tant que ministre de l’Éducation.

Doug Ford n’a pas fait face aux médias depuis dimanche.

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  • Date de création 11 mai, 2022
  • Dernière mise à jour 11 mai, 2022
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