Une première qui fait hausser les sourcils à l’Université d’Ottawa
Alors que l’administration de l’Université d’Ottawa célébrait l’ouverture d’un Shoppers Drug Mart sur le campus, certains s’interrogent sur les choix de l’établissement.
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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit
Les administrateurs de l’Université d’Ottawa (Ud’O) ont inauguré jeudi en grande pompe la nouvelle pharmacie disponible sur son campus, opérée par Shoppers Drug Mart (Pharmaprix, au Québec). Il s’agit de la première clinique de soins pharmaceutiques détenue par l’entreprise pancanadienne sur un campus universitaire.
La pharmacie, qui a déjà ouvert ses portes en février, se situe au deuxième étage du complexe Minto, au sud du campus, dans des locaux adjacents au Centre de santé et de mieux-être étudiant, ouvert en 2022 par l’université.
L’Ud’O a signé l’an dernier une entente de partenariat avec Shoppers Drug Mart pour plusieurs années, entérinée par l’annonce en décembre d’un don de près de deux millions et demi de dollars par l’entreprise à l’université.
Plusieurs dignitaires étaient présents pour la cérémonie d’inauguration de ce jeudi, dont le président-directeur général de la chaîne canadienne de pharmacies privées, Jeff Leger, la députée ontarienne d’Ottawa-Vanier Lucille Collard et le recteur de l’Université Jacques Frémont.
Lors des discours, ces derniers ont mis en valeur le modèle «innovant» de ce nouveau centre pharmaceutique, dans lequel la pharmacienne sera en mesure de prodiguer des soins primaires et faire des prescriptions pour une dizaine d’affections mineures courantes, comme la loi le permet en Ontario pour tous les pharmaciens depuis janvier 2023.
«Je crois fermement au fait que si l’on souhaite obtenir des résultats différents, il faut faire les choses différemment», a expliqué Lucille Collard durant la cérémonie.
«Je suis particulièrement heureuse de voir ce modèle aujourd’hui à l’Université d’Ottawa et j’espère qu’il va être répliqué sur d’autres campus dans la province.»
- Lucille Collard, députée provinciale d’Ottawa-Vanier
Questionnée par Le Droit, la députée libérale précise sa pensée.
«Je ne veux pas plus de privatisation du système de santé, ce n’est pas ça mon point. Il nous faut plus de pharmacies oui, mais surtout plus d’innovation, des cliniques sectorielles dans toutes les communautés pour que les gens puissent s’y rendre au lieu d’aller à l’hôpital, dans un système qui est déjà débordé.»
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, raconte l’origine du projet.
«Ça fait quelques années que dans nos campagnes de financement, nous parlions avec Shoppers, comme avec beaucoup de compagnies. Et puis l’idée a émergé, on a travaillé dessus, alors qu’en parallèle, on a ouvert le programme Pharma D [Un programme en français de doctorat de premier cycle en pharmacie, inauguré à l’automne 2023]. Et donc les astres étaient bien alignés.»
Le partenariat entre l’école postsecondaire et l’entreprise canadienne prévoit également l’établissement de bourses de stage clinique pour les étudiants de la Faculté des sciences de la santé et de la Faculté de médecine (programme de pharmacie), ainsi qu’un soutien financier à la construction d’un mini-laboratoire de simulation en pharmacie qui sera installé à la Faculté de médecine.
Sur le campus, la présence de l’enseigne de pharmacie se fait déjà bien ressentir. Le même jour que l’inauguration, au cœur du centre étudiant de l’université, un atelier sur la santé menstruelle avait lieu. Il a été organisé «avec le soutien en partie de la Fondation Pharmaprix pour la santé des femmes».
À environ quatre minutes à pied du Complexe Minto, 300 mètres plus haut, Pharmacie Campus Pharmacy, l’enseigne indépendante qui opère sur le campus de l’université ottavienne depuis plus de 35 ans, est inquiète pour son avenir.
«Nous n’avons jamais été consultés par l’Université durant leur période de planification. Personne ne nous a demandé de partenariat ni ne nous a parlé de quoi que ce soit», relate Salil Manji, pharmacienne depuis cinq ans à cette adresse.
Son oncle Muna Manji est propriétaire depuis 1994 de l’enseigne indépendante qui dessert en priorité les étudiants et le personnel de l’université. La pharmacie a dix employés, dont trois pharmaciens.
L’enseigne indépendante explique ne pas avoir été sollicitée pour participer à des études de marché, ou d’autres études sur les besoins de la communauté universitaire par l’institution.
Pour Salil Manji, la demande de la communauté n’a jamais été écrasante pour ses services. «Nous desservons bien l’ensemble du campus et depuis longtemps».
L’équipe de la pharmacie a découvert la nouvelle «comme tout le monde» à travers les annonces et les articles en ligne.
La pharmacienne n’a pas mâché ses mots quant au don de Shoppers à l’Université,
«On a l’impression qu’il s’agit d’une sorte de pot-de-vin, qu’une grande entreprise peut venir acheter sa place, sans avoir à faire grand-chose, simplement parce qu’elle dispose des fonds nécessaires.»
«C’est très injuste pour les petites entreprises comme la nôtre qui en subissent vraiment les conséquences. Et nous allons le ressentir, car la clientèle qu’ils vont servir, c’est en grande partie notre clientèle. [...] Les étudiants sont une population très réceptive. Donc si le docteur leur dit d’aller à la porte d’à côté pour leurs prescriptions, il y a peu de chances que les patients disent non.»
«Tous les services qu’ils promeuvent, nous les offrons déjà et plus.»
- Muna Manji, propriétaire de la pharmacie du campus de l'Ud'O
Questionné sur l’impact qu’aura la nouvelle pharmacie Shoppers sur l’enseigne indépendante, le recteur de l’Université d’Ottawa n’y voit aucun inconvénient. «[L’autre pharmacie sur le campus] est une pharmacie privée qui s’occupe de ses affaires, et je présume que ça va. Il n’y a pas de lien entre les deux.»
Réaction d’un syndicat
Pour un syndicat de la communauté universitaire, l’ouverture de cette nouvelle enseigne privée sur le campus est symbolique des priorités de l’Ud’O.
«L’Université va profiter énormément de cette nouvelle relation, et en parallèle, elle coupe l’accès aux services sociaux essentiels à sa communauté, comme on peut le voir avec la fermeture prochaine de la Garderie Bernadette», commente Sebastian Rostron, membre du comité exécutif du syndicat canadien de la fonction publique SCFP-CUPE 2626.
Pour Jacques Frémont, les deux situations ne sont pas comparables.
«Les locaux de la pharmacie ouverte aujourd’hui sont tout de même petits. Le cahier des charges pour une garderie est énorme en Ontario, et avec raison. On travaille toujours sur ce dossier-là et on espère qu’on va être capable de trouver un bon lieu pour la garderie».
Cependant, aux dires de la Coalition Bernadette, un groupe qui se bat pour sauvegarder la garderie de la communauté universitaire, aucune discussion entre les syndicats et l'administration de l'Ud'O sur le sujet n'a eu lieu depuis plus de trois ans.
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Photos:
LD_PharmaCampus | L'entrée de la pharmacie qui sert la communauté de l'Université d'Ottawa depuis plus de 35 ans, Pharmacie Campus Pharmacy. (Clémence Labasse/Le Droit)
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- Date de création 20 mars, 2025
- Dernière mise à jour 20 mars, 2025