Une nouvelle maladie touche les huîtres

La Voix acadienne - Les premières huîtres de l’Île-du-Prince-Édouard sont atteintes de dermo. Cette infection, très contagieuse et potentiellement mortelle, est due à un parasite. Les autorités mènent une enquête pour en connaître l’origine exacte et contrôlent désormais strictement les déplacements des mollusques. Le changement climatique et les conditions de production pourraient rendre les huîtres plus vulnérables, dit un chercheur. 

 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne 

Début juillet, l’Agence canadienne d’inspection des Aliments (ACIA) a confirmé la présence des premiers cas de dermo-infection dans des échantillons d’huîtres de la baie d’Egmont, dans l’ouest de l’île. 

La maladie, aussi connue sous le nom de perkinsose, est apparue «il y a plus d’une centaine d’années chez l’huître canadienne» et touche aussi bien les variétés sauvages que d’élevage, rapporte le chercheur en aquaculture à l’Université Memorial de Terre-Neuve, Cyr Couturier. 

Elle est due à un parasite qui se transmet «très facilement d’un individu à l’autre par l’eau», selon le scientifique. Le parasite s’installe et se développe dans la glande digestive.

«L’huître malade mange moins, car elle n’est plus capable d’absorber son alimentation. Elle s’affaiblit et éventuellement finit par mourir», explique Cyr Couturier.

Entre 50 à 75% des mollusques infestés peuvent mourir tandis que les autres peuvent souffrir d’un retard de croissance. Il n’existe actuellement aucun traitement.

Aucun risque pour la santé humaine 

Dans un communiqué de presse, l’ACIA précise néanmoins que «la maladie ne présente aucun risque pour la santé humaine ni pour la salubrité des aliments».

Dans un courriel de réponse à La Voix acadienne, l’agence fédérale explique également qu’une enquête est en cours sur l’origine de l’infection à l’Île-du-Prince-Édouard.

Les premiers cas de dermo ont par ailleurs été confirmés dans des échantillons d’huîtres de la baie des Chaleurs, au Québec.

Cyr Couturier ajoute que des cas d’infections ont été établis dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve. 

«Des transferts de naissains [jeunes huîtres] contaminés entre les provinces et le manque de contrôles des gouvernements ont probablement causé l’apparition de dermo dans ces différentes places», avance-t-il. 

Afin d’éviter la propagation de l’infection, l’ACIA assure dans son courriel de réponse appliquer «des mesures de contrôle des mouvements des huîtres.»

«Je serais inquiet si j’avais dermo sur mon site, mais je ne pense pas que ça va se répandre dans la province. Sauf s’il y a des mouvements illégaux d’huîtres en dehors de la baie d’Egmont», observe Cyr Couturier. 

Pour lui, les ostréiculteurs devraient séparer les individus sains de ceux infectés et éviter de faire venir des naissains d’autres bassins. 

L’ACIA, le ministère fédéral Pêches et Océans Canada (MPO) et le gouvernement provincial devraient, quant à eux, renforcer leur surveillance et procéder à des tests avant tout transfert, estime-t-il. 

Apprendre à vivre avec dermo 

Après la découverte de MSX en juillet 2024, comment expliquer qu’une nouvelle maladie s’attaque aux huîtres insulaires? 

D’après Cyr Couturier, les mollusques, «plus stressés», à cause du changement climatique et des conditions d’élevage plus intensives, «sont plus susceptibles d’être contaminés par des parasites.»

Le chercheur évoque l’augmentation de la température de l’eau, le changement de la salinité, la baisse du phytoplancton (la nourriture principale des huîtres), qui affaiblissent les populations de mollusque. 

«Il peut y avoir aussi beaucoup trop d’animaux dans une baie et pas assez de bouffe pour tout le monde. Les huîtres qui ne mangent pas bien sont plus faibles», poursuit-il.

Cyr Couturier reste néan-moins confiant dans l’avenir de l’industrie ostréicole : «La croissance ne sera pas aussi forte qu’avant, le nombre d’huîtres commercialisé sera moins important, mais on réussira à trouver des souches génétiquement résistantes d’ici dix ans.»

Dans sa réponse écrite, l’ACIA reconnaît également que «l’industrie telle que nous la connaissons fera l’objet de changements en raison des nouveaux cas de MSX et de perkinsose.» 

        

PHOTOS :  

1-  Le chercheur Cyr Couturier reste confiant dans l’avenir de l’industrie ostréicole. Selon lui, d’ici une dizaine d’années, les chercheurs trouveront des souches génétiquement résistantes à dermo et MSX. (Photo : Gracieuseté)

 

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  • Date de création 14 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 14 juillet, 2025
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