Une nouvelle carte pour ne pas se planter

La Voix acadienne - Le ministère fédéral Ressources naturelles Canada vient d’éditer une nouvelle version de sa carte des zones de rusticité des plantes. À Île-du-Prince-Édouard, la plupart des régions voient leur cote rehaussée d’une demi-zone par rapport à la période antérieure (1961-1990), un témoignage du réchauffement climatique. De nouveaux végétaux peuvent ainsi pousser dans la province. 

 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne 

Quelles plantes faire pousser dans son jardin ou sur sa terrasse? Quelles variétés sont les mieux adaptées à notre climat insulaire? 

Pour aider les horticulteurs et les jardiniers amateurs de l’île à répondre à ces questions, le ministère fédéral Ressources naturelles Canada a mis à jour ses cartes des zones de rusticité des plantes pour représenter la période 1991-2020. Une première en dix ans. 

À la lueur des changements climatiques survenus au cours de la dernière décennie, «beaucoup de choses ont changé au niveau de la climatologie, on dispose de plus d’informations», explique Dan McKenney, chercheur scientifique au Centre de foresterie des Grands Lacs (Ressources naturelles Canada) et responsable de la révision des cartes.

Le professeur de biologie à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Christian Lacroix, estime que cette mise à jour était «nécessaire» : «Le climat est plus doux, les températures se sont réchauffées, le pattern des précipitations a changé.»

Comparativement aux versions antérieures, la nouvelle carte révèle ainsi «une nette tendance au réchauffement sur environ 80 % du pays», rapporte John Pedlar, scientifique sénior au Centre de foresterie des Grands Lacs. 

Zones 5B et 6A à l’île

«On observe un écart d’une demi-zone ou plus dans de nombreuses régions et de deux zones complètes dans d’autres», indique John Pedlar.

Les scientifiques ont recourt à sept facteurs pour déterminer les indices de rusticité, comme les températures, les précipitations, la durée de la période sans gel et l’épaisseur de neige. Ces variables sont intégrées dans une échelle allant de 0 à 9. Les suffixes «a» et «b» désignent les demi-zones.

«Dans les années 1960, des scientifiques d’Agriculture Canada ont mis en place des essais de jardinage sur 108 sites à travers le pays, où ils ont évalué la survie de 174 espèces de plantes. Ils ont ensuite élaboré un modèle statistique qui établit un lien entre la capacité de survie des plantes et les variables climatiques», raconte John Pedlar.

La zone 9 couvre les parties les plus chaudes de l’île de Vancouver, où peut s’épanouir un large éventail de plantes, y compris certains palmiers et variétés de Citrus, tandis que la zone 0 couvre les régions les plus froides du nord du pays, où seuls les végétaux les plus rustiques peuvent pousser. 

Une plante classée rustique en zone 5 ne peut théoriquement résister aux rigueurs de l’hiver des zones 4, 3 et 2. À l’inverse, une espèce nordique peut vivre sans trop de problèmes dans le Sud, dans la mesure évidemment où la chaleur n’est pas un obstacle à sa croissance.

L’Île-du-Prince-Édouard se situait auparavant dans les zones 5A et 5B, selon l’emplacement. Désormais, la province est presque entièrement dans les zones 5B et 6A. 

Risque d’espèces invasives 

«De nouvelles espèces végétales, qui n’auraient pas survécu autrefois, peuvent maintenant être cultivées à ces endroits», observe John Pedlar.

Il évoque l’érable japonais, le gainier du Canada, connu pour sa floraison printanière rose, de nouvelles variétés de forsythias ou encore l’hibiscus et le kniphofia aux épis floraux orange vif en forme de fusée. Côté fruit, d’après l’expert, les pommes Granny Smith, les pêches et les cerises devraient être plus faciles à cultiver.

«Mais il faut faire preuve d’humilité et de prudence, chaque année est différente. Les gelées tardives, les sécheresses et les variations brusques de températures représentent toujours un risque pour la survie de nouvelles plantes», prévient Dan McKenney.  

De nombreux autres facteurs sont susceptibles d’influencer la rusticité d’une plante en fonction des spécificités du terrain : le couvert de neige, le couloir de vents, les obstacles naturels ou artificiels, l’ensoleillement, l’humidité ambiante, un îlot de chaleur urbain, etc. 

Christian Lacroix appelle pour sa part à la prudence quant à l’introduction de nouvelles espèces horticoles : «On doit se méfier, elles peuvent devenir invasives, car notre climat est plus propice. On doit plutôt encourager l’utilisation de variétés indigènes de la région.»

En Ontario, Dan McKenney et John Pedlar cherchent maintenant à produire une carte des zones de chaleur pour délimiter les régions sujettes aux vagues de chaleur, qui influent aussi sur les plantes.  

 

        

PHOTOS :  

1- Le scientifique de Ressources naturelles Canada, John Pedlar, travaille sur le terrain. (Photo : Gracieuseté)

2- À l’Île-du-Prince-Édouard, la plupart des régions voient leur cote rehaussée d’une demi-zone par rapport à la période antérieure (1961-1990).

3- Le biologiste Christian Lacroix appelle à se méfier de l’introduction de nouvelles plantes horticoles, qui peuvent devenir invasives. (Photo : Gracieuseté)

4- Le scientifique de Ressources naturelles Canada, Dan McKenney, explique que la carte canadienne des zones de rusticité des plantes existe depuis les années 1960.  (Photo : Gracieuseté)

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  • Date de création 27 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 27 juillet, 2025
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