Une belle leçon d’ouverture au Collège Louis-Riel

Il y a des histoires qui forcent l’admiration et le respect, c’est le cas pour celle de Zakia Kadi et Laura Marquié Ainouche. Les deux femmes se sont associées pour offrir au Collège Louis-Riel une fête à l’occasion de l’Aïd El-Fitr, une porte d’entrée pour favoriser la tolérance et le respect.

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Ophélie Doireau

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Chaque année, les musulmans célèbrent l’Aïd El-Fitr à la fin du mois sacré du Ramadan. Pour cette occasion, Zakia Kadi et la directrice adjointe du Collège Louis-Riel (CLR), Laura Marquié Ainouche, ont collaboré pour mettre sur pied un évènement dans l’établissement de la Division scolaire franco-manitobaine. Zakia Kadi :
« Je suis reconnaissante envers madame Laura. C’est elle qui a pensé à organiser cette fête et à m’inviter. Je me suis impliquée pour faire de mon mieux.

« La collaboration avec Laura était une expérience magnifique et enrichissante. Le succès de cet évènement prouve le besoin de plus de collaboration de la sorte. Son intention était tellement pure de réussir cet évènement pour les élèves musulmans du Collège Louis-Riel. »

Laura Marquié Ainouche, directrice adjointe du CLR : « Au Collège Louis-Riel, on a une forte population musulmane au niveau des élèves et du personnel. Le rôle de l’école, c’est de créer une société inclusive et de représenter sa diversité sous toutes ses formes.

« C’est important pour les élèves de favoriser leur sentiment d’appartenance donc en valorisant la religion musulmane à travers cette fête, c’était une manière de reconnaître les élèves, leur culture et leur croyance. »

Zakia Kadi est une femme musulmane qui s’implique pour sa communauté et qui souhaite agir contre les
discriminations.

Une société qui les accepte

« Le fait d’organiser cette fête dans un établissement scolaire canadien a un but très pertinent. Les élèves qui fréquentent l’établissement sont des adolescents, c’est à leur âge qu’ils subissent des changements physiques et psychiques. Les élèves musulmans appartiennent à une religion minoritaire et le fait de célébrer cette fête religieuse va leur permettre de renforcer leur sentiment d’appartenance identitaire et communautaire.

« Ils vont par la suite se sentir aimés, protégés et acceptés par d’autres communautés qui sont différentes de culture et de religion. Il y aura donc à l’avenir des jeunes Canadiens qui se sentent forts et stables dans une société qui les accepte.

« Le fait que les élèves musulmans se sentent acceptés va les pousser à découvrir et à accepter les autres aussi dans un esprit de respect. La diversité c’est bien, il faut la respecter. »

Laura Marquié Ainouche est juive, pour elle l’organisation d’une telle célébration est d’autant plus importante.

« Rappelons-le Zakia et moi sommes de confession religieuse minoritaire. Notre calendrier est un calendrier judéo-chrétien occidental, il y a des jours fériés qui n’ont pas nécessairement d’importance pour nous. Alors le fait de valoriser une autre culture, une autre religion, c’est montrer qu’il existe d’autres croyances et éduquer à d’autres croyances toujours dans la bienveillance et dans le
partage. »

Maman de deux petites filles de six et presque dix ans, le geste de Zakia Kadi est aussi une façon d’enseigner à ses enfants le respect envers autrui. « Je me dis que mes filles pourront grandir dans une belle société comme j’ai fait un effort de bâtir une société prospère pour mes filles.

« C’est très important pour moi d’élever mes filles dans une société de diversité et de respect de l’autre. Quand elles voient leur maman respecter les juifs, les chrétiens, les athées et toutes les personnes, c’est leur donner un modèle.

« C’est important parce que des personnes ont des stéréotypes sur les musulmans et je ne veux pas que mes filles subissent ces stéréotypes et même si elles les subissent, elles vont les dédire parce qu’elles vont voir que leur papa et leur maman ne sont pas comme
ça. »

Laura Marquié Ainouche est elle aussi une mère engagée pour l’avenir de sa fille. « C’est une belle rencontre de deux mamans. Une maman juive et une maman musulmane, on est là pour vivre ensemble dans la même direction et favoriser l’inclusion, la solidarité. On veut que nos enfants puissent grandir dans un monde de tolérance, d’acceptation de la différence et dans le partage. Comprendre l’Autre c’est vraiment nécessaire.

« Qu’on soit musulman ou non, participer à ces célébrations c’est leur montrer qu’on les appuie, qu’on les reconnaît et à l’heure où notre société est polarisée c’est important de se rappeler qu’on est avant tout des êtres humains. »

Zakia Kadi a déjà pu observer les résultats positifs de cette soirée au Collège Louis-Riel.

« Après la fête, un Canadien est venu nous voir, mon mari et moi, en nous disant qu’il n’avait jamais pensé que les musulmans avaient de l’art. C’était un choc pour nous, mais après ce premier sentiment, on était heureux de pouvoir corriger ce
préjugé.

« Peu importe la religion, la culture, au final on est tous des êtres humains, on est pareil avec les mêmes sentiments. Si on réussit à respecter l’Autre sans le juger, on pourra enfin vivre en paix. »

Qu’est-ce que l’Aïd El-Fitr?

L’Aïd El-Fitr a une symbolique toute particulière. « C’est une fête islamique qui couronne la fin du mois sacré, le mois le plus important dans la vie des musulmans. Ils doivent aménager leur temps entre vie terrestre et vie divine. Cette fête incarne la solidarité, la fraternité entre les musulmans.

« Pendant le mois sacré du Ramadan, les musulmans doivent jeûner c’est-à-dire ne pas manger, ne pas boire, ne pas avoir de rapports sexuels à partir du lever du soleil jusqu’au coucher du soleil. Le but n’est pas seulement de priver son corps des besoins terrestres, mais d’élever son âme afin d’atteindre la piété.

« À la fin du mois, ils sont comme récompensés d’une discipline spirituelle rigoureuse et d’un culte d’un mois. »

D’année en année, ce mois sacré change de date. Zakia Kadi l’explique. « Le Ramadan est en relation avec le calendrier hégirien qui est un calendrier lunaire. Chaque mois commence après la nouvelle lune. Par exemple, pour l’Aïd El-Fitr on ne connaît pas la date d’avance. Le dernier jour du Ramadan, on observe la lune et si on la voit, ça veut dire que c’est le nouveau mois et donc c’est le jour de l’Aïd El-Fitr. C’est une tradition très ancienne. »

Plusieurs célébrations rythment la vie des musulmans, si l’Aïd El-Fitr en est une, elle n’est pas à confondre avec l’Aïd El-Kébir comme le précise Zaki Kadi. « Aïd El-Kébir c’est la fête du sacrifice pour rendre hommage à Abraham. Dieu avait demandé à Abraham de sacrifier son fils pour tester sa foi et sa loyauté, Abraham s’apprêtait à tuer son fils et Dieu a dit qu’il avait réussi son test donc c’est un mouton qui est apparu à la place de son fils. »

 

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Photos : 

photo : Marta Guerrero. Laura Marquié Ainouche (à gauche) et Zakia Kadi (à droite).

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  • Date de création 13 mai, 2022
  • Dernière mise à jour 13 mai, 2022
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