Un conservatisme albertain qui ne plaît pas à tous les conservateurs

Un conservatisme albertain qui ne plaît pas à tous les conservateurs

Le style de gouvernance préconisé par Jason Kenney en tant que chef du Parti conservateur uni et premier ministre ne semble pas s’harmoniser avec les valeurs conservatrices de tout l’électorat de la droite albertaine. La cote de popularité de M. Kenney est en chute dans les sondages, une indication qu’il perdrait des partisans.

Alyson Roussel 

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Des valeurs conservatrices divergentes

En tant que chef du Parti conservateur uni, Jason Kenney n’a plus le même taux d’appui qu’à son élection. En juin 2019, il devenait premier ministre de l’Alberta avec un taux de popularité de 61 % dans les sondages. Un an et demi après le début de son mandat, un sondage Angus Reid daté du 1er décembre le place à 40 %. Qu’est-ce qui a causé cette perte de support des conservateurs albertains envers leur chef de parti ?

L’ancien député de Drumheller-Strettler qui a siégé pour le Wildrose Party de 2012 à 2017 et pour les conservateurs unis de 2017 à 2019, Rick Strankman, a quitté le parti avant les élections de 2019 pour cause de divergences de valeurs.

Pour le politicien du sud de l’Alberta, c’est lorsque le gouvernement est allé de l’avant avec ce qui est devenu plus tard l’augmentation des limites de production de pétrole qu’il a changé de perspective envers M. Kenney.

« Au caucus, j’avais demandé qu’on inclue une disposition de réexamen », dit-il. Les limites de production pour le pétrole ont été déterminées en janvier 2019 et pris fin cette année en décembre. Celles-ci établissaient une corrélation entre la production et l’exportation du pétrole pour protéger la valeur du produit et pour empêcher que celui-ci soit vendu à bas prix.

Lorsque l’idée a été présentée, « il n’y avait pas de discussion de nos opinions, d’expliquer M. Strankman. C’était une indication que les visées politiques ne concordaient pas avec ma personne. »

L’ancien député conservateur décrit le premier ministre Kenney comme un « leader centralisateur ». Il pense également qu’il y a un manque de discussion au sein du Parti conservateur uni (PCU).

« Beaucoup de membres élus du PCU sont maintenant plus courtois qu’ils ne devraient l’être envers leur leader », croit-il.

Un appui avec un bémol

L’ancienne candidate du Parti progressiste-conservateur du Canada lors des élections de 1997, Suzanne de Courville Nicol, est en faveur des valeurs familiales et des libertés de croyances, ainsi que des niveaux d’imposition peu élevés qui favorisent la croissance économique mis de l’avant par le gouvernement au pouvoir.

Toutefois, Mme de Courville Nicol, dont la langue maternelle est le français, voit un manque de reconnaissance pour les francophones dans les politiques conservatrices.

« Il s’est donné le devoir de devenir bilingue, alors il devrait mieux comprendre », souligne la Franco-Albertaine en parlant des défis des francophones.

Elle remarque également un manque de communication en français entre la communauté francophone et le premier ministre.

« Lorsque le premier ministre Kenney adresse la parole en français, c’est seulement au Québec qu’il parle. Et nous, francophones en Alberta, on n’existe pas ? », questionne-t-elle.

Une perte de membres

L’Alberta vit son propre moment de séparatisme avec le parti indépendantiste Wexit de l’Alberta qui constitue une alternative pour les conservateurs qui n’appuient pas les décisions des conservateurs unis. M. Strankman est lui-même devenu bénévole pour le Wexit. Bien qu’il ne pense pas se présenter aux élections sous la bannière du parti séparatiste, il admire le « patriotisme albertain ».

Mme de Courville Nicol trouve intéressant que l’impact du mouvement séparatiste albertain sur le PCU recrée celui que le Parti réformiste du Canada, avec Preston Manning et Jason Kenney, avait eu à l’époque sur le Parti progressiste conservateur du Canada.

« Je ne sais pas, est-ce du karma ? », note-t-elle.

Un souhait pour le futur

Pour l’ancienne candidate au fédéral, la considération des francophones sur le territoire albertain est une priorité. Elle aimerait que le gouvernement de l’Alberta adopte une loi sur les services en français et établisse un ministère des Affaires francophones.

Pour l’ancien député de Drumheller-Strettler, c’est une question de diversification économique.

« Lorsque le gouvernement dit qu’il travaille sur la création d’emplois, je ne le vois pas. Quelles nouvelles mesures a-t-il créées ? », se questionne l’homme qui éprouve des réticences envers le projet de pipeline Keystone XL, sachant que l’industrie pétrolière ne reviendra pas à ce qu’elle a déjà été. Il mentionne aussi que le projet d’oléoduc est encore une fois menacé depuis les élections présidentielles américaines.

« Si le projet ne fonctionne pas, cela aura des conséquences terribles », souligne M. Strankman.

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Bas de vignette

L’ancienne candidate du Parti progressiste-conservateur du Canada lors des élections de 1997, Suzanne de Courville Nicol. (Photo de courtoisie)

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  • Date de création 21 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 21 décembre, 2020
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