Travailleurs recherchés

Depuis plus de 5 ans, la pénurie de main-d’œuvre fait partie du quotidien des employeurs de la région. Que ce soit dans le domaine de la santé, dans le secteur industriel ou du commerce au détail, les responsables des ressources humaines doivent constamment se renouveler en ingéniosité pour parvenir à combler des postes vacants. Nous avons interrogé des employeurs francophones de la région de Simcoe-Muskoka afin de connaître leur réalité en main d’oeuvre.

Hubert Théberge
– IJL Réseau.Presse
– Le Goût de vivre

Des postes vacants depuis des mois au sein des organismes

Alors que l’un des effets du manque de main-d’œuvre régulièrement évoqué par les entrepreneurs est la hausse du coût des logements, chez certains organismes de services publics, la pénurie peut occasionner des coupures partielles ou complètes de services offerts à la population. Le Centre de santé communautaire Chigamik basé à Midland offre une multitude de services en santé physique et mentale aux divers groupes de personnes de la région. Selon Mme Suzanne Marchand, directrice générale de l’organisme, présentement, la situation de l’embauche est particulièrement compliquée en raison du financement du Centre : « CHIGAMIK est une organisation à but non lucratif financée par le ministère de la Santé et nous n’avons pas reçu d’augmentation de financement depuis plusieurs années. En outre, les salaires offerts à notre personnel sont bien inférieurs à ceux des hôpitaux locaux ».

Le gel du financement rend l’embauche de certains spécialistes particulièrement compliqués et ne permet pas à l’équipe du Centre d’offrir tous les services souhaités à la population : « nous avons un poste de physiothérapeute qui est maintenant vacant depuis plus d’un an, car d’autres cabinets privés locaux recherchent les mêmes talents et compétences et peuvent payer beaucoup plus » précise Mme Marchand.

Du côté de l’organisme La Clé offrant une grande variété de services à la population francophone de la région, la situation est similaire. En plus du fait de ne pas pouvoir offrir des salaires comparables au secteur privé, l’organisme doit dénicher des employés francophones dans une région majoritairement anglophone. Madame Annick Brown, directrice des services à la famille pour La Clé, ajoute que la situation s’est légèrement améliorée depuis 5 ans, mais que la pénurie est particulièrement sévère dans le secteur de la petite enfance. « Il y a une amélioration pour le secteur de Barrie, mais il est encore très difficile d’embaucher dans nos régions où il est presque obligatoire d’avoir accès à une voiture, ce qui n’est pas évident pour tous », mentionne Mme Brown.

Pistes de solutions

Autant du côté de Chigamik que de la Clé, les responsables des ressources humaines sont en mode solution. Pour Suzanne Marchand l’amélioration de la situation passe par la communication : « de notre côté, il s’agit de s’assurer que les membres de la communauté qui cherchent un emploi dans le domaine de la santé connaissent l’impact qu’ils peuvent avoir sur leur milieu lorsqu’ils sont engagés […] alors qu’ils aident les plus vulnérables et les plus marginalisés. Nous avons également besoin du soutien des résidents de la région pour nous assurer que leurs voix sont entendues et que les membres de la communauté (francophone par exemple) puissent contribuer à faire connaître la magnifique communauté dans laquelle nous vivons ».

Ce ne sont pas les pistes de solutions qui manquent du côté de La Clé où la directrice générale, Mme Tina-Anne Thibideau, dresse cinq pistes de solutions pour freiner la problématique de la pénurie de main-d’œuvre. Pour la directrice, une stratégie complète devrait comprendre l’augmentation de l’immigration francophone, le développement de logements abordables, une majoration du financement public pour la formation et la rétention de main-d’œuvre, l’amélioration du transport régional pour faciliter le déplacement des employés dans les milieux ruraux et la création des subventions spécifiques pour l’embauche et la rétention de personnel par le gouvernement. Annick Brown partage l’opinion de sa collègue de travail au sujet du transport régional : « il n’y a pas d’autobus qui va à Lafontaine, alors même si un/une candidat-e se trouve un logement à Penetanguishene ou Midland, ils ne peuvent pas se rendre à Lafontaine. Il faudrait que le comté puisse avoir un transport en commun plus élargi ».

Réalité différente chez certains entrepreneurs privés

Éric Chicoine est propriétaire d’une franchise « Weed-man » proposant divers services d’entretien de pelouse. L’embauche d’employés n’a pas été un problème pour M. Chicoine en 2025 : « Je n’ai pas eu de problème de recherche de main-d’œuvre cette année. Nous avons reçu beaucoup de C.V. Par contre l’an dernier, j’ai eu beaucoup de misère à trouver tout mon monde ».

Les voyants sont également au vert du côté de Janice Murton qui opère une compagnie se spécialisant dans le nettoyage de fenêtres de bâtiments. « Si ta compagnie va bien, l’embauche n’est jamais difficile. Les bonnes personnes viennent postuler chez nous. Le plus facile pour nous c’est que nous connaissons beaucoup de personnes dans la région c’est donc aisé de trouver les employés nécessaires.

Préoccupations municipales

Lorsque contactée au sujet de la pénurie de main-d’œuvre dans la région, madame Jacqueline Brown, responsable des communications pour la municipalité de Tiny, signale que le canton n’est pas épargné par la crise : « Tiny, comme d’autres municipalités, peine à recevoir un grand nombre de candidats qualifiés pour ses postes plus spécialisés ainsi que pour les postes à temps partiel, saisonniers et contractuels […] ».

À savoir si l’équipe de la municipalité a posé des actions concrètes pour aider les employeurs à combler leurs postes vacants, Mme Brown révèle que son équipe a mis à la disposition de la population plusieurs outils numériques pour que le contact se fasse plus facilement entre les employeurs et employés. « Il y a notre page web dédiée à l’emploi à l’adresse www.tiny.ca/employment. Également, les abonnés peuvent recevoir des messages directement sur leur téléphone ou leur courriel par l’intermédiaire de Tiny Connect lorsque des offres d’emploi sont disponibles. De plus nous offrons l’affichage sur les médias sociaux de Tiny (y compris sur LinkedIn) ainsi que des affichages sur des sites d’emploi spécifiques à l’industrie ».

Plus concrètement Jacqueline Brown ajoute que le conseil municipal a soutenu les récentes initiatives visant à réaliser une étude de marché et à modifier les avantages sociaux afin de s’assurer que le canton de Tiny reste un lieu de travail compétitif avec un programme de rémunération complet. D’ailleurs il s’est engagé à construire un nouveau centre administratif centralisé afin de rassembler la plupart des employés du canton sous un même toit.

Alors que le taux de chômage canadien a récemment atteint son niveau le plus bas en près de 10 ans, le manque de main-d’œuvre spécialisé pourrait perdurer encore plusieurs années dans la région de Simcoe-Muskoka. Les employeurs locaux peuvent donc s’attendre à devoir continuer à se réinventer pour combler leurs postes vacants. Peut-être que l’une des pistes de solutions d’avenir pour les employeurs serait d’offrir des résidences liées à des emplois comme le faisaient certaines compagnies à une autre époque.

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Photo : Une éducatrice en service de garde lors d’une activité avec des enfants (Crédit : Gracieuseté de la Clé)

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  • Date de création 7 août, 2025
  • Dernière mise à jour 7 août, 2025
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