Transférer l’O-Train à Metrolinx serait «une grave erreur»

Le chef progressiste-conservateur Doug Ford a promis de transférer le dossier du train léger d’Ottawa à Metrolinx. Des élus torontois, confrontés à cette agence ontarienne depuis des années, préviennent que ce geste serait «une grave erreur».

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

L’idée de confier cette tâche à Metrolinx est «tout simplement ahurissante», selon le conseiller municipal torontois Mike Colle.

«Pourquoi choisiraient-ils de les placer sous une société qui a prouvé qu’elle dépensait de l’argent comme un matelot ivre, sans aucun sens des responsabilités, sans aucune transparence, et avec une incompétence totale», a-t-il lancé, en entrevue avec Le Droit.

Les utilisateurs de l’O-Train se souviennent trop bien des déboires qui ont mené au rapport accablant de la Commission d’enquête sur le réseau de train léger sur rail d’Ottawa, en 2022.

Le coût pour cette première phase avait dépassé les 2 milliards de dollars et avait été le théâtre de déraillements et de bris d’équipement.

La station Corso Italia sur la ligne 2 du O-Train. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

Le commissaire WIlliam Hourigan, chargé de faire la lumière sur les nombreux problèmes de la mise sur pied de la première étape du train léger, y pointait du doigt la Ville d’Ottawa et le consortium privé responsables du dossier pour avoir «perdu de vue l’intérêt public» lors de la construction du plus grand projet d’infrastructure de l’histoire de la capitale fédérale.

À l’été 2023, le train léger avait été interrompu pendant trois semaines après qu’un problème avec l’assemblage d’un train eut été découvert lors d’une inspection de routine.

Par ailleurs, l’ouverture des lignes 2 et 4 du train léger, en service depuis janvier, a accusé un retard sur l’échéancier initial de plus de deux ans.

Promesse de campagne

En campagne électorale, Doug Ford promet maintenant que le dossier du train léger de la capitale fédérale sera transféré à la société d’État Metrolinx, si son parti est réélu.

Ainsi, les coûts liés à l’expansion et à l’entretien du service de transport en commun seraient sous la tutelle de cette agence provinciale, et la Ville d’Ottawa demeurerait responsable des frais d’opération.

La cheffe libérale Bonnie Crombie a elle aussi promis de transférer le dossier au trésor provincial si elle est élue, mais pas sous la tutelle de Metrolinx.

Le transfert envisagé par les libéraux et les progressistes-conservateurs «change absolument la donne», a lancé le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, qui était présent à l’annonce du progressiste-conservateur Ford, mardi.

Le maire d'Ottawa Mark Sutcliffe en compagnie du chef du Parti progressiste-conservateur Doug Ford (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)

«Ça nous coûte présentement des centaines de millions de dollars. Cet engagement aura un impact immense sur notre situation financière. Ça permettra de libérer des ressources que nous pourrons réinvestir dans le transport en commun et d’autres priorités», a soutenu le maire.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario s’est dit de son côté en faveur d’ un partage des dépenses liées aux transports en commun de 50/50, et ce, pour toutes les municipalités de la province.

Rire jaune

À la mention de l’agence Metrolinx, en entrevue, le conseiller municipal de Toronto Josh Matlow éclate de rire, mais on comprend rapidement qu’il rit jaune.

«Metrolinx est censé être une agence de transport provinciale indépendante qui construit et exploite les transports pour l’Ontario. En réalité, elle est loin d'être indépendante», explique l’élu.

«Bien qu’elle dispose de son propre conseil d’administration, elle reçoit, en réalité, des directives du ministre des Transports, et ces directives sont souvent davantage axées sur des intérêts politiques que sur l’intérêt public», affirme Josh Matlow.

Dans son quartier de Toronto-St-Paul, la gestion du projet de train léger Eglinton Crosstown est un véritable échec.

Les travaux de construction de la ligne de 25 stations s’étalant sur 19 kilomètres ont commencé en 2011 et devaient être terminés en 2020. On ignore toujours la date de mise en service.

Le projet devait coûter 9,1 milliards de dollars, mais ce montant a atteint les 12,8 milliards de dollars en 2022.

Si vous pensez que le train léger d’Ottawa a fait face à assez de dépassements de coûts et de retards, ne vous tournez pas vers Metrolinx, urge-t-il.

«Traiter avec Metrolinx sur le terrain ici à Toronto peut être très frustrant», prévient le conseiller municipal.

À Toronto, Metrolinx travaille sur le projet de train léger d'Eglinton depuis 2011. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)

Le conseiller municipal du quartier voisin d’Eglinton-Lawrence, Mike Colle, affirme que les dirigeants de Metrolinx «ne sont pas responsables, ils font tout à huis clos et ce n’est qu’une société écran».

À Ottawa, l’intégration de l’O-Train à l’agence «créerait de nouvelles possibilités de réduire les coûts et d’améliorer les services grâce à de plus grandes économies d’échelle et à une expertise dans la gestion de grands projets», estime toutefois le Parti progressiste-conservateur.

Entreprises coincées

La Zone d’amélioration commerciale d’Eglinton a indiqué dans un récent rapport que «des centaines de petites entreprises locales se sont retrouvées coincées au beau milieu d’un gigantesque projet d’infrastructure publique et les perturbations qu’elles ont subies sont sans précédent, généralement non documentées et disproportionnées».

En 2020, les conseillers Matlow et Colle ont demandé - sans succès - au gouvernement Ford d’indemniser les entreprises locales qui ont perdu de l’argent à cause de la construction du train léger, estimant que 140 entreprises ont été obligées de fermer leurs portes.

Que dirait Mike Colle au maire Sutcliffe à propos de Metrolinx? «Je lui dirais que c’est une grave erreur, qu’il doit parler aux gens de Toronto», répond-il.

Un tramway circule sur une rue de Toronto. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)

Avec l’appui du syndicat représentant les 12 000 travailleurs de la Commission des Transports de Toronto (CCT), les conseillers Matlow et Colle ont demandé à deux reprises la tenue d’une enquête publique.

Ils n’ont toujours pas eu de réponse, selon Josh Matlow.

Démantèlement

Le directeur de l’Ontario de la Fédération canadienne des contribuables, Jay Goldberg, souhaite le démantèlement de Metrolinx.

«Je pense que Metrolinx devrait être dissoute. Elle devrait soit être remplacée par une autre entité, soit la responsabilité [des projets de transports en commun] devrait revenir aux municipalités, mais avec le financement qui va avec», affirme-t-il.

Les libéraux estiment, comme Jay Goldberg, que Metrolinx a besoin d’une révision complète.

«Je suis préoccupé par le fait que les bureaucrates de Metrolinx de Doug Ford, qui opèrent sans aucune obligation de transparence, n’ont pas encore réalisé le projet de transport en commun Eglinton Crosstown à Toronto», a indiqué au Droit le député libéral sortant et candidat dans la circonscription d’Orléans, Stephen Blais, plus tôt cette semaine.

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  • L’idée de confier cette tâche à Metrolinx est «tout simplement ahurissante», selon le conseiller municipal torontois Mike Colle. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
  • La station Corso Italia sur la ligne 2 du O-Train. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)
  • Le maire d'Ottawa Mark Sutcliffe en compagnie du chef du Parti progressiste-conservateur Doug Ford (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
  • À Toronto, Metrolinx travaille sur le projet de train léger d'Eglinton depuis 2011. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)
  • Un tramway circule sur une rue de Toronto. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)
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  • Date de création 7 février, 2025
  • Dernière mise à jour 7 février, 2025
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