IJL - Ouest
  • Version
  • Télécharger 227
  • Taille du fichier 7.72 MB
  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 19 novembre, 2021
  • Dernière mise à jour 10 décembre, 2021

Témoignage de première ligne

Josée Lavoie fait partie de ces infirmières qui ont vécu la pandémie de très près. Infirmière en soins intensifs en février 2020, elle a fait le choix de quitter ce service en mars 2021 pour préserver sa santé mentale.

____________

Ophélie Doireau

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Au Manitoba, le syndicat des infirmières et des infirmiers estime à plus de 2 200 le nombre de postes vacants. Darlene Jackson, présidente du syndicat, confirme que « même si la pandémie a eu un impact conséquent sur des départs d’infirmières et d’infirmiers, ce n’est pas la seule raison. Depuis plus de cinq ans et demi, il y a des départs, ce qui correspond à la date du début de la restructuration du système de santé que M. Pallister a mis en œuvre. La pandémie a précipité des départs à la retraite, plusieurs infirmières et infirmiers ne voyaient pas comment rester en poste dans ces circonstances. »

Josée Lavoie fait partie de ces infirmières et infirmiers qui ont fait le choix de regarder ailleurs pour un emploi. « J’ai quitté mon emploi à temps plein comme infirmière en soins intensifs. Je suis maintenant infirmière de bord pour les avions ambulances. Je reste disponible de manière occasionnelle en soins intensifs. Je prends des quarts de travail environ deux fois par mois. »

L’épuisement des vagues

« J’étais très fatiguée de la pandémie, ça a pris une grande partie de moi et de mon énergie. Je ne cherchais pas forcément à partir, je regardais des offres d’emplois et il y a une opportunité qui s’est présentée. Je l’ai saisie. C’était juste au bon moment. »

Darlene Jackson abonde dans le même sens. « Je peux dire en toute confiance que les infirmières et les infirmiers sont épuisés. La 3e vague de COVID-19 a été une couche supplémentaire pour le personnel soignant.

« Les attentes envers les infirmières et les infirmiers étaient bien plus élevés que ce qu’on leur avait dit. »

D’ailleurs Josée Lavoie déplore les conditions dans lesquelles elle a dû travailler. « Au Manitoba, la première vague ne nous a pas réellement affectés. Au plus haut de la première vague, on avait peut-être trois patients en soins intensifs.

« C’est surtout la deuxième vague qui nous a durement frappés, au pire de la pandémie on avait jusqu’à 16 lits de plus sur nos 20 lits habituels. Une infirmière s’occupait jusqu’à trois patients en même temps. Tout le monde était trop occupé. Des infirmières de différents départements et de différents hôpitaux venaient en renfort. Elles n’avaient aucune expérience en soins intensifs.

« Je pense que le système a beaucoup appris pour être préparé pour la troisième vague. C’est triste à dire mais il y a une sorte de routine qui s’était établie. »

Préserver sa santé mentale

Sur une semaine classique, Josée Lavoie pouvait travailler jusqu’à 60 h par semaine. « Je dois dire que de mon côté, je n’ai pas travaillé tant d’heures de plus parce que je n’avais pas la capacité d’accepter des heures de plus. J’étais tellement épuisée.

« Il n’y a jamais personne qui va te demander : Pourquoi tu n’as pas travaillé plus? C’est plus implicite que ça, on te fait un peu sentir coupable. Tu sais qu’il y a un besoin. Mais pour ma santé mentale ce n’était pas possible. »

Et sa santé mentale, Josée Lavoie a tout fait pour la préserver. « Ce qui était certainement le plus dur pendant la pandémie c’était l’isolement. Même si à certains points j’aurais pu voir du monde, je savais que je pouvais les mettre à risque. Pendant au moins six mois, je n’ai pas vu ma famille. Je me souviens qu’à l’Action de grâce on ne s’est pas vu. Et à Noël, j’étais cas contact alors j’ai passé les Fêtes seule. C’était très difficile. »

En février 2021, Statistique Canada publiait les résultats d’une enquête menée auprès de 18 000 travailleurs de la santé à travers le Canada. Sept travailleurs sur dix avaient signalé une détérioration de leur santé mentale en raison de la pandémie parmi eux, 37 % des infirmières et infirmiers déclaraient avoir une santé mentale défaillante.

Darlene Jackson argumente. « Les personnes sont entraînées à être confrontées à la mort dans leur formation. Mais l’un des défis de la pandémie a vraiment été de voir autant de morts chaque jour. »

Après quelques mois dans son nouveau poste, Josée Lavoie commence à recouvrer sa santé mentale. « Je me sens mieux, je suis un peu plus éloignée des nouvelles. Je ne me sens plus dans l’obligation de suivre à chaque jour les nouvelles sur la COVID-19. Pourtant, je me sens toujours un peu coupable parce que mes collègues travaillent encore tellement fort. Et moi, je n’aide plus de la même façon.

« J’ai aussi un sentiment de frustration parce que des personnes font le choix de ne pas se faire vacciner. Mais je ne regrette pas mon choix de quitter l’environnement hospitalier, j’en avais besoin. »

-30-

Photo 1 :  

BV : Josée Lavoie. Crédit photo : Marta Guerrero

Photo 2 :  

BV : Darlene Jackson. Crédit photo : Gracieuseté Darlene Jackson

Attached Files

FichierAction
Lavoie, Josée-7.JPGTélécharger
Jackson, Darlene.jpegTélécharger
CADRE IJL OUEST Josée Lavoie.docxTélécharger
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article