Ted Arnott: la présidence d’un parlement, «plus qu’un emploi»
Ce n’est pas qu’à Ottawa que la porte tournante au bureau du président de la Chambre des communes a fait réagir en 2023. Le président de l’Assemblée législative de l’Ontario, Ted Arnott, estime que d’être choisi pour ce rôle, «c’est plus que d’obtenir un emploi et d’essayer de le conserver».
Par Émilie Gougeon-Pelletier, IJL - Réseau.Presse - Le Droit
Au cours de la dernière année, les péripéties se sont succédé au bureau du président du Parlement canadien.
Quand le président Anthony Rota, en poste depuis 2019, a perdu la confiance des députés dans la foulée d’un hommage qu’il a rendu à un vétéran ukrainien ayant combattu aux côtés des nazis, les parlementaires se sont mis à la recherche de son remplaçant.
C’est finalement le député de Hull-Aylmer Greg Fergus qui a été choisi pour ce rôle de modérateur des débats, mais après avoir promis de ramener le «respect» au Parlement canadien, il a été accusé de manquer de respect envers cette même institution.
Le comité parlementaire qui s’est penché sur l’hommage qu’a rendu Greg Fergus au chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, John Fraser, lors d’un congrès politique, a recommandé qu’il s’excuse, mais pas qu’il démissionne.
Le Parti conservateur et le Bloc québécois, eux, ont réclamé sa démission, soutenant que le président Fergus, en poste depuis seulement octobre, avait perdu leur confiance en participant à cet événement partisan.
Regrettable
Ces incidents survenus à Ottawa sont «regrettables», juge le président de l’Assemblée législative de l’Ontario, Ted Arnott, puisque «quand on siège sur cette chaise, on a un devoir de non-partisanerie», souligne-t-il.
Pour être efficace dans ce poste, il faut que le président puisse compter sur la confiance de l’assemblée, sans quoi la situation peut devenir intenable, estime M. Arnott.
«Être président, c’est plus que d’obtenir un emploi et d’essayer de le garder, il s’agit de l’institution et de s’assurer qu’elle puisse fonctionner. Et si, comme moi, on vous confie la responsabilité de président, il faut prendre cela très au sérieux. Nous ne sommes qu’un seul individu dans une chaîne d’événements.»
— Ted Arnott
Approche non partisane
Ted Arnott, président de la Chambre des députés ontariens depuis 2018, aspire à «consciemment et délibérément maintenir une approche non partisane à l’égard de tout».
Député progressiste-conservateur de Wellington-Halton Hills depuis 1990, il affirme que «de temps en temps», on lui demande de participer à des événements qui pourraient être considérés comme «partisans».
«Et je dis non», dit-il.
«Je pense que j’ai une obligation, pas seulement envers les membres, mais envers l’institution dans son ensemble, d’adopter cette approche», note-t-il.
Lorsqu’un député est nommé à la présidence, il ne peut plus exprimer son opinion sur les projets de loi dont est saisi le parlement.
«Je ne peux ni féliciter, ni critiquer le gouvernement. Je ne peux ni féliciter, ni critiquer l’opposition. J’ai toujours mes propres opinions sur la façon dont les choses devraient être faites, mais je les exprime en privé à des personnes de confiance, y compris mon épouse et mon équipe.»
— Ted Arnott
Certains électeurs expriment parfois au président Arnott leur mécontentement face à cela, raconte-t-il.
«Mais nous essayons de faire en sorte que la voix de chacun soit entendue. Nous transmettons les courriels et les préoccupations exprimées aux ministres concernés, dans l’espoir qu’ils soient lus à l’autre bout du fil. Et je peux, en tant que député, aller au bâton pour certains dossiers, je continue à être un porte-parole pour ma communauté. Beaucoup de travail se fait en arrière-scène.»
Présidents colorés
Et ce n’est pas parce que l’on devient président que l’on doit automatiquement devenir ennuyeux, note-t-il.
Il cite notamment Chris Stockwell, qui aurait pu, selon lui, être un humoriste, tellement il était comique lorsqu’il s’asseyait dans sa chaise de président, de 1996 à 1999.
L'Assemblée législative de l'Ontario à Queen's Park. (Archives Le Droit, Émilie Pelletier /Archives Le Droit, Émilie Pelletier )
«Nous avons entendu des présidents très colorés. Le sens de l’humour de Chris Stockwell était quelque chose à voir, et ça se manifestait dans la Chambre, c’était toujours très amusant, et il était également très conscient de cette limite qu’il ne pouvait pas franchir», se souvient le président actuel.
C’est son ami Gary Carr qui lui vient en tête lorsqu’on lui demande de nommer des exemples de présidents ontariens ayant démontré une capacité à prendre des décisions «justes» dans des contextes «difficiles».
Celui-ci était un député conservateur ayant siégé comme président de 1999 à 2003.
En 2003, la ministre des Finances du gouvernement conservateur de Ernie Eves avait semé la controverse après avoir présenté son budget, non pas à l’Assemblée législative de l’Ontario, mais bien à des partisans dans une entreprise privée appartenant à un donateur conservateur.
Faisant suite à des plaintes formulées par l’Opposition, Gary Carr avait questionné cette décision dans un discours où il avait conclu que cet incident équivalait à un cas «prima facie d’outrage à la Chambre».
Bref, «il avait été élu comme un député conservateur, dans un gouvernement conservateur, et il a tout de même démontré qu’il faisait ce qu’il pensait être juste et que la partisanerie n’entrait pas en ligne de compte», explique Ted Arnott.
Quelques années plus tôt, ce même président Gary Carr avait menacé d’expulser le premier ministre conservateur de l’époque, Mike Harris, de la Chambre pour son comportement envers le chef de l’Opposition officielle, Dalton McGuinty. «La seule chose qui pue ici, c’est vous», avait lancé M. Harris en s’adressant à son opposant libéral.
Débats animés
Ted Arnott n’a pas été épargné par les débats animés au cours de la dernière année.
Le scandale de la ceinture de verdure a souvent fait du bruit lors des périodes de questions à Queen’s Park, tant par les échanges houleux que par les cognements de poings sur les pupitres des députés.
Par ailleurs, en l’espace d’une semaine au mois d’octobre, la députée Sarah Jama, élue lors d’une élection partielle à Hamilton-Centre en mars dernier, a été expulsée du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario et censurée par l’Assemblée législative de l’Ontario.
Celle-ci était critiquée pour avoir dénoncé la violation des droits de la personne dans la bande de Gaza, mais pas les gestes du Hamas en Israël.
La motion de censure, déposée par le gouvernement Ford et adoptée à 63 contre 23, autorise le président de la Chambre à ne pas accorder la parole à Sarah Jama jusqu’à ce qu’elle se rétracte, qu’elle supprime ses déclarations sur les réseaux sociaux et qu’elle présente des excuses à l’Assemblée législative de l’Ontario.
Ted Arnott devra décider, lors de la prochaine session parlementaire, ce qu’il compte faire à ce sujet.
«Si elle veut nous contacter, nous serions heureux de lui parler de sa situation et de lui faire part de nos réflexions sur ce qu’elle pourrait envisager de faire. Mais la motion de censure est très précise, et dit que la majorité de la Chambre pense qu’elle ne devrait pas être reconnue pour parler. Je sens que j’ai l’obligation de respecter cela.»
Les députés devraient être de retour à Queen’s Park à compter du 20 février 2024.
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- Date de création 22 décembre, 2023
- Dernière mise à jour 22 décembre, 2023