Tarifs américains: quel impact sur les agriculteurs et éleveurs?
Le sursis annoncé de 30 jours donne un répit aux agriculteurs et éleveurs, en attendant de connaître l’impact réel des tarifs douaniers de 25% imposés aux importations du Canada et du Mexique. D’autant qu’avec la réplique canadienne sur certaines importations américaines, les coûts d’opérations à la ferme risquent d’augmenter au point d’effacer toute marge de viabilité. Lentement, un portrait se dessine.
Jean-Marc Dufresne
IJL – Réseau.Presse – Agricom
Ces mesures auront un impact notamment sur l’équipement agricole. « Nous avons vérifié la liste des importations américaines qui seront touchées par une taxe de 25% au Canada et l’équipement agricole est sur la liste », révèle Kyle Larkin, directeur général des Producteurs de grains du Canada. « C’est sans compter les producteurs qui nous disent avoir déjà constaté une baisse des prix à l’élévateur pour le blé, l’orge et autres. Ajoutez à cela l’enquête chinoise anti-dumping sur le canola, les agriculteurs sont touchés de toutes parts! »
Un impact difficile à mesurer
Rappelons que les mesures américaines visent à forcer les entreprises et les consommateurs américains à acheter des produits fabriqués aux États-Unis. L’imposition de droits douaniers élevés découragerait l’achat de marchandises importées. Le président Trump veut ainsi forcer la main aux entreprises étrangères qui veulent faire affaires avec les États-Unis, en les incitant à s’installer au sud de notre frontière ou faire face à des tarifs élevés.
Selon Financement agricole Canada (FAC), il est difficile de prévoir avec exactitude l’incidence des tarifs sur l’économie canadienne. En effet, on ignore si les importateurs américains absorberont les droits de douane ou s’ils en refileront la facture aux consommateurs américains.
Krishen Rangasamy, économiste principal à la FAC, indique que « des prix plus élevés peuvent amener les consommateurs américains à se tourner vers des produits locaux, dont l’étendue dépend de facteurs difficiles à quantifier, par exemple, la tolérance des consommateurs à des prix plus élevés, la disponibilité de produits locaux et les préférences des consommateurs. »
Pour sa part, le secteur canadien des fruits et légumes est étroitement intégré avec le marché américain, avec des exportations annuelles de 4,4 milliards de dollars. « Les producteurs en serre sont particulièrement vulnérables, puisque jusqu’à 80% de leurs fruits et légumes sont destinés aux consommateurs américains », souligne Massimo Bergamini, directeur général des Producteurs de fruits et légumes du Canada (PFLC). « Les tarifs douaniers ne mettent pas seulement en péril la survie des producteurs canadiens, mais menacent également l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire nord-américaine. »
Va et vient des bovins
Le Canada exporte 17% de sa production totale de bovins; de ce nombre, 99% est destiné aux États-Unis. Cependant, il faut savoir qu’un animal peut traverser plus d’une fois la frontière.
« Par exemple, un veau peut naître en Alberta, être envoyé dans le Montana pour y paître, être renvoyé en Alberta pour y être engraissé dans un parc d’engraissement, puis être réexpédié aux États-Unis pour y être abattu. Cette fréquence complique le calcul des impacts potentiels des tarifs », estime Graeme Crosbie, économiste principal à la FAC.
Hausse du prix des intrants, baisse des revenus sur la vente de grains et d’animaux… Les temps qui viennent s’annoncent difficiles pour les agriculteurs, qui pourraient même voir les protections des marchés du lait et des œufs remis en question.
La Fédération des agriculteurs de l’Ontario rappelle que le milieu agricole canadien s’approvisionne en produits alimentaires pour le bétail, de produits vétérinaires, de machineries et de facteurs de production agricole, comme des semences, des engrais et des produits phytosanitaires en grandes quantités des États-Unis.
« Les tarifs et les contre-tarifs douaniers entraîneront des répercussions pour les agriculteurs et les consommateurs des deux côtés de la frontière », indique le directeur de l’OFA Paul Maurice. « Si les coûts de production agricole augmentent, les consommateurs paieront plus cher leur alimentation. Les deux pays tirent d’innombrables avantages de leur longue histoire en tant que partenaires commerciaux fiables dans tous les secteurs de l’économie, et il est important pour le Canada et les États-Unis de maintenir une économie intégrée pour assurer la fluidité des échanges des deux côtés de la frontière. »
Pour Kyle Larkins, le message est clair: « Nous avons trop longtemps été dépendants du marché américain. Il est temps pour nous de diversifier nos marchés pour ne plus être à la merci d’un seul partenaire d’affaires. »
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Légende photo 1 : Agriculteurs et éleveurs canadiens sont inquiets de l'impact des mesures tarifaires américaines.
Légende photo 2 : Kyle Larkin constate que les agriculteurs sentent déjà l'effet des mesures tarifaires américaines.
Légende photo 3 : Massimo Bergamini estime que 80% de la production canadienne en serre est destinée au marché américain.
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- Date de création 6 février, 2025
- Dernière mise à jour 6 février, 2025