Station satellite en ancien territoire viking

Les Levés géodésiques de Ressources naturelles Canada (RNCan) ont installé une station du système mondial de navigation par satellite (GNSS) à L’Anse aux Meadows l’été dernier. Anne Farineau, scientifique et membre de son équipe d’entretien physique de l’infrastructure, détaille l’installation ainsi que l’importance de cette branche méconnue des sciences.

Jessica Tucker
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Anne Farineau fête bientôt 3 ans chez l’équipe des Levés géodésiques. Un contrat en avril 2022 lui a permis de découvrir cette facette de RNCan, ce qui a évolué en poste permanent avec la croissance rapide de sa passion pour la géodésie.

Science méconnue, la géodésie consiste à mesurer la surface de la Terre pour identifier, entre autres, sa forme et ses dimensions. Aujourd’hui, cela se fait grâce à l’installation de stations GNSS, qui collectent des données satellites de façon continue et y fournissent des informations ultra-précises au sujet de l’endroit.

Avec près de 70 stations en fonction, le réseau GNSS tire des informations de plusieurs constellations de satellites, y compris du GPS américain et de Galileo de l’Union européenne. Les données recueillies contribuent à des domaines tels que la surveillance de l’élévation du niveau de la mer, la gestion de catastrophes naturelles, la pose de lignes électriques et l’agriculture de précision.

À cause du vaste territoire et de la sparte population du Canada, il reste encore des vides importants à combler. RNCan, en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada, a reçu du financement en 2021 pour un projet qui vise à remplacer et renforcer cette infrastructure. 

On a embauché Anne au sein des Levés géodésiques précisément pour ce projet. Elle fait de la reconnaissance à distance ainsi que sur le terrain.

«C’est moi qui engage les entreprises et ouvriers, qui fais les négociations des accords avec les organisations avec lesquelles on sera colocataires».

Ces colocataires peuvent être un ministère provincial, fédéral, ou parfois des entreprises, telles que Telus, une entreprise nationale de télécommunication canadienne. En riant, Anne indique que les consignes des installations de Telus «cochent souvent les mêmes boîtes» que les stations GNSS: des endroits plutôt vides, qui donnent une vue ininterrompue sur le ciel.

sous-titre: Pourquoi L’Anse aux Meadows?

Avant l’installation à L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve-et-Labrador, on comptait des stations GNSS à Nain et à St. John’s. La région entre ces deux stations représentait un des trous que l’équipe des Levés géodésiques souhaitait boucher. L’équipe avait étudié des possibilités en Labrador-Ouest et au Québec avant de cibler le lieu historique national.

Site du patrimoine mondial de l’UNESCO situé à l'extrémité de la péninsule Great Northern de Terre-Neuve, L’Anse aux Meadows est un ancien campement viking géré par Parcs Canada. En ce qui concerne un projet d’une telle envergure, comme l’installation d’une station GNSS, Anne révèle que la collaboration avec un ministère du gouvernement fédéral a considérablement simplifié le processus.

« Parcs Canada nous a tellement soutenus », rapporte la scientifique. L’équipe avait bloqué toute une semaine pour offrir un coup de main au besoin. «On nous a dit “Demandez n'importe quoi, on est là pour vous”».

Lors de l’installation, une antenne est ancrée dans un lieu précis, qui doit obligatoirement fournir une vue dégagée du ciel et des satellites qui le surplombent. L’antenne doit également être mise à niveau avec précision avant de couler du béton autour de sa base, son câble ensuite couru jusqu’au récepteur dans un bâtiment voisin. 

C’est Anne et la scientifique Rachel van Herpt qui ont complété l’installation sur place. 7 pieds de hauteur et fait en aluminium, la taille du monument ainsi que l’exactitude de son positionnement rendent le processus parfois compliqué. Rachel comptait heureusement déjà presque 8 années de travail sur le terrain.

C’est elle qui a dirigé l’installation, et ce, pour la première fois. «J’étais très, très fière de Rachel», exprime Anne. Cela constitue également la première installation d’une station GNSS par une équipe exclusivement féminine. La cheffe de section et directrice intérimaire du projet, Sandra Bolanos, est aussi une femme. Anne, quant à elle, remarque que, même si elle est très fière d’avoir fait partie de cette équipe, ça fait «un peu bizarre qu'on soit les premières en 2025».

sous-titre: Un imprévu important

La scientifique désigne le processus d’installation de la station à L’Anse aux Meadows d’un peu exceptionnel, en raison de la nature accélérée de sa réalisation. Elle indique qu’on doit déployer énormément d’efforts en coulisse en avance d’une installation, ce qui peut durer parfois deux années. En revanche, on a terminé la station GNSS sur la péninsule Great Northern en six mois.

La rapidité du processus n’a cependant pas exempté la paire de scientifiques de défis à relever, car leur équipement s’est porté disparu à mi-chemin de son trajet entre Ottawa et le lieu de l’installation.

«Nous avons bien planifié», insiste Farineau, qui explique que les équipements sont transportés en camionnage. Envoyés en avance, ils allaient traverser les provinces maritimes afin d’atteindre le village portuaire de Channel-Port-aux-Basques à l’extrémité sud-ouest de l’île de Terre-Neuve, pour ensuite remonter sa côte ouest. Mais à la suite d’un ouragan dans la région, des équipements sont restés coincés à Corner Brook. Sans le savoir, les scientifiques ont débarqué à L’Anse aux Meadows, à 7 heures de route de leur matériel. Après plusieurs appels paniqués, c’est une scientifique de l’équipe du bureau du Service canadien de forêts qui a enfin repéré le matériel des Levés géodésiques.

«Elle a vraiment sauvé notre projet», a fait savoir Anne. «C’est la première fois que nous avons perdu notre équipement». Une location de véhicule de dernière minute a permis de réunir l’équipe avec son matériel.

En dépit de cet imprévu, l’installation du monument s’est déroulée sans problème.

sous-titre: Et la suite?

Le volet installation du projet commencé en 2021 prend sa fin en mars 2026. À sa conclusion, 16 nouvelles stations GNSS auraient vu le jour. La scientifique explique que son travail les trois dernières années était du côté «humain»: elle gérait les relations entre RNCan et divers organismes et individus. La prochaine étape, dit-elle, est d’analyser les données reçues. À ce point, le travail «scientifique» lui manque. Elle a hâte pour la suite. 

C’est la première fois depuis qu’elle est devenue employée de la fonction publique qu’elle éprouve un désir de rester longtemps dans son département. Auparavant géographe à Calgary au niveau fédéral, elle met ce désir en contexte en parlant de la différence entre son ancien travail et celui des Levés géodésiques. Selon elle, les géographes peuvent tout faire, et, pendant une certaine période, elle a profité de ce mode de vie. Elle ne voulait pas choisir un seul chemin avant d’être venue aux Levés géodésiques.

«Ce n’est pas seulement le contenu de mon travail, mais l'équipe» précise-t-elle. On fait des efforts pour assurer que les personnes embauchées ne possèdent pas simplement les qualifications, mais également le caractère nécessaire pour le travail. Anne explique que c’est quelque chose de spécial.

La scientifique souligne également la nature obscure de cette science importante. «J'ai travaillé dans la géographie au niveau fédéral. Même moi, formé dans ce métier, je ne savais pas ce que c’était la géodésie». 

À présent, au Canada, une trentaine d’universités entre Terre-Neuve-et-Labrador et la Colombie-Britannique proposent des études en géodésie. Cependant, Anne qualifie le manque de scientifiques dans le domaine d’une «crise mondiale». Elle encourage les jeunes à cultiver un intérêt pour la géodésie, car le monde en aura toujours besoin de scientifiques formés dans ce domaine. La planète en mouvement perpétuel, l’analyse de ses plaques tectoniques, de sa surface et de son orientation en espace, représente également une science perpétuelle.

«Nous avons besoin de personnes passionnées de sciences», dit Anne, «La détermination vous emmène loin et j'en suis la preuve».

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photo: Monument-KLAT.JPG

photo: Ressources naturelles Canada, courtoisie

caption: Les stations GNSS portent une dénomination à quatre caractères, souvent basés sur sa position physique. Eg, St. John’s = STJO. La station à L’Anse aux Meadows est dénommée uniquement de KLAT, après le Dr Calvin Klatt, Chef géodésien du Canada de 2015 jusqu’à sa retraite en 2024.

 

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photo: Ressources naturelles Canada, courtoisie.

caption: Anne Farineau (gauche) et Rachel van Herpt (centre) avec le monument récemment installé à L’Anse aux Meadows.

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  • Date de création 24 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 21 mars, 2025
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