Solutions différées tout comme l'entretien

Dix ans après avoir reçu une recommandation formelle qu’elle gère mieux son infrastructure, l’Université Memorial (MUN) n’a que «partiellement implémentée» une solution, selon la vérificatrice générale de Terre-Neuve-et-Labrador, Denise Hanrahan. Certains étudiants expriment ne pas être surpris par les détails de son rapport publié le 21 janvier.

Jessica Tucker
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur - ATL

Le Bureau du Vérificateur général a recommandé dans son rapport de 2014 que l’Université Memorial «veille à ce que des audits et des inspections de l'infrastructure soient effectués afin de déterminer les besoins en matière d’entretien et à ce que les travaux d’entretien essentiels soient réalisés de manière opportune» [traduction libre].

Dans la décennie qui a suivi, le coût de l'entretien différé est monté jusqu’à 481 millions $, dont 93 millions $ de statut «critique». Les neuf recommandations proposées dans le nouveau rapport de Denise Hanrahan visent à établir une politique qui tienne compte de la surveillance et des besoins réels d'espace à l’Université.

Ashlinn Pennell, Représentante des sciences humaines et sociales du syndicat des étudiants de l’université (MUNSU), qualifie l’état de l’infrastructure du campus de St. John’s—le plus ancien des campus gérés par MUN—de «problème grave». Tous les six campus universitaires regroupés sous le parapluie de MUN apparaissent dans le rapport, mais le campus de St. John’s est ciblé comme cas d’étude par la vérificatrice générale.

Le rapport identifie les dix plus anciens bâtiments du campus de St. John’s. Six possèdent un indice d'État des infrastructures supérieur à 31%, constituant un classement de «critique.»

«Si tu te balades sur le campus, c’est évident», dit Ashlinn Pennell.

Fonds mal-appropriés, comités mal-gérés

Si MUN est chargée d’un demi-milliard de dollars en entretien différé, la vérificatrice générale estime que les fonds recueillis pour financer les travaux sont négligeables et mal-dépensés. 7,8 millions $ proviennent chaque année des frais d'entretien du campus (Campus Renewal Fee), soit 50$ par cours payés par les étudiants de l'Université.

Les frais d’entretien sont consacrés au financement de l’entretien critique. Cependant le rapport de la vérificatrice identifie plusieurs instances où ces fonds ont été alloués à des projets en dehors de cette catégorie, tels que l’aménagement paysager (51 000$) et l’achat de nouveaux ordinateurs (321 000$).

«C’est la responsabilité de MUN d’assurer la meilleure utilisation possible des fonds publics», exprime madame Hanrahan. Selon elle, l’Université a échoué.

En plus des dépenses douteuses des frais d’entretien du campus, elle souligne dans son rapport un manque aigu de surveillance organisationnelle parmi les douze comités d’infrastructure de MUN. Elle cite le comité de gestion des risques de l'entreprise (Enterprise Risk Management Committee), qui ne s’est pas réuni de novembre 2019 à janvier 2024, malgré une stipulation qu’il se réunit au minimum chaque trimestre.

La superficie de l’Université a toutefois augmenté de 34% entre 2012 et 2023, et ce, avec un taux d’inscription qui a diminué de 1,4% pendant la même période. Après avoir analysé 35 contrats de location, la vérificatrice «n’a trouvé aucune documentation» qui confirmait que l’Université avait étudié d’autres options en matière d'espace avant de les conclure. Elle rapporte que l’Université n’était pas consciente de l’espace qu’elle louait.

Finances en état d’urgence

Le rapport de la vérificatrice rappelle le lancement de la campagne FundMUN septembre dernier, qui reproche la réduction de 52% depuis 2013 du budget universitaire.

Nicolas Keough, Directeur d’affaires externes et de communications de MUNSU est déçu par les résultats du rapport.

«Avant mardi je pensais que le problème avec l'infrastructure était entièrement la faute du gouvernement provincial», dit-il, «maintenant je sais que c'est une culpabilité partagée». Lui et madame Pennell estiment que même si MUN avait bien dépensé les 7,8 millions $ des frais d'entretien du campus, les coûts de l’entretien critique sont si élevés que du financement supplémentaire serait encore nécessaire. Le rapport de la vérificatrice tire la même conclusion.

Selon MUNSU, la situation la plus urgente au campus de St. John’s se trouve dans les anciennes résidences. La présence connue de rongeurs, d’amiante et de moisissure dans les bâtiments résidentiels nuit à la santé des étudiants.

« C’est déjà un problème, le subir pendant quelques heures chaque jour. Mais vivre dans un tel état...», déplore monsieur Keough. «...cela les rend malades», conclut madame Pennell.

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photo: Jessica Tucker

caption: Tuyaux conduisant de l’amiante d’un côté, des fluides inconnus—«munnel juice»—qui coulent du plafond; c’est la réalité lorsque vous vous acheminez aux résidences universitaires par moyen des tunnels souterrains de MUN.

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  • Date de création 10 février, 2025
  • Dernière mise à jour 10 février, 2025
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