Salles d’isolement dans les écoles: une pratique courante, mais en dehors de la loi
Le Défenseur des enfants et des jeunes, Kelly Lamrock, dénonce le fait qu’aucune loi n’encadre l’utilisation de salles d’isolement pour certains élèves dans les écoles, alors que cette pratique peut être traumatisante pour des jeunes et leurs familles.
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Alexandre Boudreau
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl
Le Défenseur des enfants et des jeunes, Kelly Lamrock, dénonce le fait qu’aucune loi n’encadre l’utilisation de salles d’isolement pour certains élèves dans les écoles, alors que cette pratique peut être traumatisante pour des jeunes et leurs familles.
Kelly Lamrock a reçu des plaintes de parents dont des enfants ont été enfermés dans des «salles d’isolement», qui sont parfois utilisées avec des enfants dont le comportement pose un risque pour eux-mêmes ou pour autrui.
Dans certains cas, ils peuvent être très jeunes, de la maternelle à la deuxième année, par exemple. Ces enfants peuvent être mis dans des salles d’isolement pour des périodes qui dépassent parfois une heure, pour leur donner la chance de se calmer s’ils se sentent «dépassés ou déstabilisés» en salle de classe.
Ces salles d’isolement sont parfois de petites pièces sans fenêtres, des salles de classes vides ou des salles de ressources.
Certains croient que c’est nécessaire, d’autres affirment que l’expérience peut être traumatisante pour les élèves et qu’il existe «peu de preuves» qui démontrent que cette pratique est efficace.
Kelly Lamrock affirme que l’utilisation de ces salles est apparue en raison d’autres problèmes, comme le manque de ressources d’aide pour les élèves en difficulté et le manque de psychologues scolaires dans le système.
Par conséquent, il ne blâme pas les enseignants pour leur recours aux salles d’isolement.
«Nous avons laissé les enseignants sur la ligne de front dans une situation impossible», a-t-il affirmé.
Une pratique en dehors de la loi
Selon le défenseur, la détention d’une personne par l’État est normalement gouvernée par une loi, comme lorsqu’une personne est détenue en vertu de la Loi sur la santé mentale, par exemple.
Mais la détention d’élèves est une pratique répandue dans le système scolaire, même si aucune loi n’a été écrite pour permettre cette pratique ou pour y apporter des limites.
«Il est frappant de constater que la contention et la détention d’écoliers ont été autorisées à évoluer de manière organique, sans aucune considération ou surveillance législative», indique-t-il.
Selon lui, la pratique est «relativement nouvelle» et est apparue dans les vingt dernières années, notamment en raison d’un manque de ressources dans le système, comme des psychologues scolaires.
Il a formulé plusieurs recommandations au gouvernement, et veut entre autres que le gouvernement remplisse les postes vacants de psychologues scolaires. Il veut notamment provoquer un débat sur cette pratique controversée en demandant au gouvernement de créer une loi pour encadrer son utilisation.
Il se peut aussi qu’on décide d’interdire l’utilisation de salles d’isolement à travers ce processus, selon lui.
Mais il affirme qu’il serait mal avisé d’interdire cette pratique sans avoir des alternatives en place.
Pour l’instant, on ignore à quelle fréquence les écoles utilisent les salles d’isolement.
Les districts n’en documentent pas l’utilisation de l’isolement, ni à quelle fréquence ils y ont recours, selon Kelly Lamrock. La plupart de ses informations proviennent de plaintes de parents.
Un obstacle à l’inclusion
Ben McNamara, directeur de l’éducation et des politiques chez Inclusion NB, a discuté avec des parents d’enfants qui ont été placés en isolement. Il aimerait que les écoles aient toutes les ressources nécessaires pour que les enseignants n’aient plus besoin d’y avoir recours.
Il affirme que le droit à une éducation inclusive est un «droit humain», et que ce droit a été violé pour certains élèves en raison de leur isolement. Il affirme que pour certains élèves, l’isolement a rendu l’école encore plus insoutenable, et pèse lourd sur leur santé mentale.
«On veut s’assurer que ça n’arrive plus dans le futur.»
Megan Mitton, députée du Parti vert, affirme qu’il y a un manque de ressources pour l’inclusion des élèves. Elle aimerait que le gouvernement aille au fond du dossier et détermine si l’isolement des élèves est nécessaire.
«Je veux qu’on étudie la loi, je veux que des experts évaluent cela pour qu’on arrive à notre but, soit des environnements d’apprentissage sécuritaires pour les élèves et nos écoles, et pour s’assurer que leurs droits humains soient respectés.»
La ministre veut en savoir plus
La ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Claire Johnson, veut se pencher sur le dossier.
«Il va falloir qu’on se penche à savoir comment elles sont utilisées, et avoir plus de détails sur la situation afin de voir comment mieux gérer les situations et de voir s’il y a, oui ou non, une violation des droits (des élèves)», a-t-elle affirmé.
Selon la ministre, le manque de données sur le recours à l’isolement des élèves est «le point central» du problème en ce moment. Mais elle n’est pas non plus prête à obliger la collecte de données sur cette pratique.
«C’est certainement quelque chose que nous allons encourager, de collecter ces données sans ajouter trop de pression aux écoles. […] Je ne suis pas prête à dire que cela devrait être obligatoire à ce point-ci, j’aimerais savoir comment le faire de façon collaborative», a-t-elle affirmé, en gardant la porte ouverte à obliger la collecte de données à l’avenir s’il le faut.
La ministre n’a pas non plus été en mesure d’expliquer pourquoi cette pratique n’est pas déjà encadrée par une loi.
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Photo : Le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés, Kelly Lamrock. - Archives
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- Date de création 12 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 12 décembre, 2024