Revenus agricoles en baisse pour une 2e année consécutive en Ontario

Pour une deuxième année consécutive, le revenu net des agriculteurs ontariens était à la baisse en 2024 par rapport à l’année précédente. Selon les plus récentes données de Statistiques Canada, si la baisse était de 4,9% en 2022-2023, la chute est plus dramatique pour l’exercice financier 2023-2024, qui accuse une baisse de 19,3%. Comment expliquer la situation?

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

Patrick Endola, analyste principal et auteur de l’étude pour Statistiques Canada estime que la baisse qui frôle 20% n’est pourtant pas sujet à une grande inquiétude: « On doit se rappeler que durant la pandémie, les opérations ont tourné au ralenti. Puis, la reprise a été très forte en 2021. Sans parler d’une correction du marché, disons que la production retourne à des valeurs normales. »

Sécheresse

On a tendance à l’oublier, mais l’année 2021 a été marquée par une importante sécheresse dans plusieurs pays du monde.  « Les grains et les oléagineuses étaient hors de prix et plusieurs éleveurs se sont défait d’une partie de leur cheptel. Il y a eu moins de demandes pour les céréales, entraînant une baisse de prix, et comme il y avait aussi moins de bovins, leur prix s’est mis à augmenter. »

Selon lui, il faut voir les données de 2024 dans l’optique plus grande des cinq ou six dernières années. Par ailleurs, on parle ici de revenu net, soit le revenu après dépenses (achat d’intrants, dépréciation, etc.)

L’organisme fédéral ne fait pas de prévision, il se contente de dresser un portrait factuel d’une situation donnée; c’est  plutôt Agriculture et Agroalimentaire Canada qui établit ce genre de portrait. « Ainsi, on sait que les changements climatiques modifient déjà le paysage de l’agriculture. La production déclarée est supérieure à la moyenne des 10 dernières années », dit-il, possiblement en raison des printemps hâtifs et des automnes tardifs.

L’offre et la demande

« Il faut aussi garder en tête qu'il s’agit de données collectées avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et l’imposition de ses barrières tarifaires », explique Josée Lacroix, chef de la division de l’Agriculture à Statistique Canada. « Et c’était aussi avant l’abolition de la taxe carbone dans plusieurs provinces, dont l’Ontario. Il sera donc intéressant de voir l’impact de ces changements sur les statistiques de 2025 », dit-elle.

M. Endola et Mme Lacroix s’entendent pour dire que la surproduction de céréales est liée à la chute des prix, situation aussi observée pour d’autres intrants comme les engrais. Le prix des animaux de boucherie reste élevé pour l’instant. « Les dépenses augmentent plus rapidement que les recettes, mais à 3,6% d’écart, on est encore en bas de la moyenne nationale », explique Mme Lacroix.

Ainsi, on note une augmentation de 12% du coût d’achat de bétail et volaille, et d’autres types de frais, comme ceux liés aux soins vétérinaires. « Mais les frais de crédit prennent la part du roi avec une hausse de 29,4% », souligne-t-elle.

L'Ontario n'est pas à l'abri

La baisse nationale de 25,9% du revenu agricole net réalisé est minimisée par certains comme étant une correction de marché suite aux perturbations de la COVID-19. Mais selon Yves Millette, PDG de Farm Business Consultants (FBC), cette interprétation ne tient pas la route.

« Il y a eu une baisse ininterrompue d'une année à l'autre après la COVID. Ce n'est pas quelque chose qui devrait être rationalisé si rapidement. » Selon lui, la suggestion que cette baisse n'est pas préoccupante simplifie à l'excès les véritables pressions auxquelles font face les agriculteurs canadiens.

M. Millette souligne que ce n'est pas seulement une question de prix qui se redresse après la COVID: les coûts d'exploitation continuent d'augmenter — particulièrement pour les intrants, l'équipement et les emprunts — exerçant une pression sur les marges dans tous les secteurs. Les tarifs douaniers ne font qu'aggraver le problème.

« Quand les tarifs augmentent, les coûts des intrants et de l'équipement augmentent aussi », explique-t-il. « Ils ne nuisent pas seulement aux exportations. Ils rendent les opérations quotidiennes plus coûteuses. » C’est une préoccupation croissante en 2025, particulièrement avec l'incertitude qui accompagne la présidence de Trump: l'incertitude est mauvaise pour les affaires — et Trump en apporte beaucoup.

L’Ontario mal protégé?

M. Millette ajoute que les gains menés par l'élevage en Ontario en 2024 sont remarquables, mais ils ne racontent pas toute l'histoire. Alors que la Saskatchewan (où 40% de la production est exportée) et le Manitoba (17%) sont très exposés à la volatilité des exportations, le PDG craint que l'Ontario ne soit pas protégé éternellement.

« Si vous dépendez des exportations, et que les tarifs rendent vos produits plus chers, vous êtes automatiquement moins compétitif. L'Ontario a moins d'exposition, ce qui aide — mais cela ne signifie pas qu'il est à l'abri. »

Il s'attend à ce que l'économie de producteurs relativement équilibrée de l'Ontario continue pour l'instant, mais des signes de contraction sont encore probables alors que les pressions nationales et mondiales s'intensifient. Même avec la suppression de la taxe carbone offrant un certain allègement des coûts à court terme, ce n'est pas suffisant pour contrebalancer la hausse des dépenses et l'imprévisibilité du marché.

« L'assouplissement de la taxe carbone est bon pour l'Ontario », note M. Millette, « mais quand vous regardez votre avenir financier, ce n'est pas le moment de faire de gros investissements. Les gens se retiennent — et pour de bonnes raisons. »

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Légende photo 1 : Signe des temps, les revenus agricoles sont en baisse en Ontario

Légende photo 2 : Tableau

Légende photo 3 : Yves Millette ne partage ps l'optimisme des analystes de Statistiques Canada sur l'avenir à court terme en agroalimentaire en Ontario.

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  • Date de création 4 juin, 2025
  • Dernière mise à jour 19 juin, 2025
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