Relance économique: l’exploration de l’uranium face à l’opposition du public
Le gouvernement Houston a lancé un appel de proposition pour permettre à des entreprises d’explorer l’uranium dans trois zones ciblées, dans le but de relancer l’économie provinciale.
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Farida Agogno
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse - Atl
Depuis le 26 mars, le gouvernement a abrogé la loi interdisant l’exploration et l’exploitation de l’uranium. L’objectif est de favoriser la recherche scientifique sur les gisements d’uranium et de stimuler l’industrie minière, en créant de nouvelles possibilités économiques pour la province.
Trois zones au total ont été ciblées pour avoir des concentrations élevées d’uranium, notamment Millet Brook dans le comté de Hants, East Dalhousie dans le comté d'Annapolis et Louisville dans le comté de Pictou.
Comme mentionné tantôt, plutôt que d’utiliser le processus habituel de délivrance de permis, le gouvernement a lancé un appel de projets. Les entreprises ou particuliers intéressés doivent soumettre des propositions détaillées.
Sans permis, elles peuvent faire le prélèvement manuel d’échantillon, des études aériennes sous la notification du ministère des Ressources naturelles. Par contre, toute activité qui perturbe le sol, comme le forage, nécessite un permis et des réparations causées par les travaux.
Face à cette décision, deux municipalités, West Hants et Pictou, ont voté pour demander au gouvernement de ralentir ses projets d’exploration de l’uranium, invoquant des préoccupations environnementales et le besoin de mieux informer la population.
En réponse, le premier ministre Tim Houston a envoyé des lettres détaillées aux dirigeants municipaux, soulignant que la province a investi des centaines de millions de dollars dans leurs régions depuis 2021. Il a également insisté sur le fait que le développement des ressources naturelles, comme l’uranium, est essentiel pour continuer à financer les municipalités.
La Dre Laurette Geldenhuys dit que l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, ainsi que de nombreux citoyens sont contre cette décision. Elle rappelle qu’il y a quelques années, les Néoécossais ont travaillé très dur pour obtenir l’interdiction de l’exploration de l’uranium pour de bonnes raisons. «Aujourd’hui, ils ont l’impression de devoir tout recommencer», dit-elle.
Elle explique que l’exploration et l’exploitation de l’uranium libèrent des particules radioactives qui se dispersent dans la poussière, contaminent l'eau et les chaines alimentaires, telles que les fruits, les légumes, les poissons et les mammifères.
La Dre Geldenhuys avance également que ces particules émettent du radon, un gaz radioactif qui est la deuxième cause de cancer du poumon au Canada, après le tabac.
Le radon est aussi lié à des maladies pulmonaires, comme l'emphysème, des troubles rénaux, des malformations osseuses, à l’infertilité et à des malformations congénitales. Ces effets, selon elle, touchent disproportionnellement les femmes et les enfants.
Plus encore, la Dre Geldenhuys indique que la Nouvelle-Écosse est particulièrement vulnérable à ces effets négatifs. Prenant le cas de la Saskatchewan, où l'exploitation se fait dans les zones reculées, elle souligne que la Nouvelle-Écosse est densément peuplée et plus petite.
Environ 40 % des habitants dépendent des eaux de puits. De plus, la province reçoit trois fois plus de précipitations et est sujette d’ouragans, ce qui, selon elle, augmente les risques de dispersions radioactives.
«Je suis totalement en désaccord avec le gouvernement quand il affirme que l'exploitation peut être faite de manière responsable, qu’elle est nécessaire pour l’économie ou pour l’emploi», poursuit-elle.
Elle soutient que l’uranium est principalement utilisé pour l’énergie nucléaire et les armes, très peu pour la médecine. Elle est d’avis que le nucléaire est trop lent, trop couteux et trop risqué pour répondre à la crise climatique. Et, les emplois dans les énergies renouvelables sont plus nombreux et plus durables.
«Notre organisation a écrit deux fois au premier ministre pour demander une rencontre, affirme-t-elle. Nous avons reçu une réponse générique du ministre des Ressources naturelles, qui n’abordait aucune de nos préoccupations», pointe-t-elle.
«Nous demandons au gouvernement de consulter des experts indépendants, et non l’industrie, dont l’objectif est le profit à court terme, alors que les déchets radioactifs resteront dangereux pendant des dizaines de milliers d’années», renchérit-elle.
Elle encourage les Néoécossais à s’informer sur le sujet et en lisant des fiches d’information disponible sur le site de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.
Pour elle, il est aussi important de parler aux élus locaux, de signer des pétitions et de participer aux mobilisations contre cette décision gouvernementale.
Le Courrier a contacté le ministère des Ressources naturelles et le ministère de l’Énergie, puis le groupe Citoyens contre l’exploration de l’uranium en Nouvelle-Écosse sans retour avant la publication de cet article.
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- Date de création 2 août, 2025
- Dernière mise à jour 2 août, 2025