Recueillements et rassemblements étudiants

Terre-Neuve-et-Labrador connaît un penchant presque religieux parmi les étudiants pour l’activisme depuis longtemps. Alors que les étudiants de l'Université Memorial (MUN) s’installent dans une nouvelle année scolaire, il y en a beaucoup qui continuent à se rassembler cet automne dans l’espoir d’apporter des changements qui les touchent directement.

John Babb

IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur - ATL

Qu’on demande de l’action de la part de l’administration universitaire et des gouvernements pour des investissements dans l’éducation ou dans l’environnement, l’activisme des étudiants est enraciné dans la culture de MUN, et ce, depuis longtemps. Au centre des mouvements au fil du temps: une croyance dans un meilleur avenir. La dernière manifestation du groupe Fridays for Future (FFF) à St. John's et le nouveau mouvement Fund MUN en témoignent.

Une rentrée mouvementée

Un mois après le début de la rentrée scolaire, de nombreuses manifestations ont déjà eu lieu au campus de St. John's pour de multiples raisons.

Frustrés contre l’état actuel de l’action climatique, un troupeau d’étudiants de MUN, dont le groupe FFF, et d'autres résidents de la capitale se sont rassemblés le 20 septembre dernier pour exiger des politiques plus vertes, tant de la part de l'Université que des gouvernements provinciaux et fédéral.

En marchant de la tour de l’horloge jusqu’au Confederation Building, le groupe a grandi à une cinquantaine de personnes. Également présents se trouvaient des représentants de l’organisme à but non lucratif visant des politiques vertes, Neighbours United, et le groupe Youth Climate Corps, qui lutte pour des emplois verts pour les jeunes. «En termes d’activisme environnemental, les étudiants jouent un parti intégral, car c’est notre futur qui va être affecté par le changement climatique», affirme Sophie Shoemaker, coprésident.e bilingue du groupe FFF à St. John’s.

Les membres de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants à MUN se sont également organisés le 2 octobre dernier (la date d’impression de cette édition du Gaboteur) pour contester les frais de scolarité. Il y a trois ans, les frais de scolarité ont redoublé pour les nouveaux étudiants. Depuis, les syndicats associés avec MUN, dont le syndicat étudiant, MUNSU, réclame non seulement une réduction des frais, mais également plus d’investissement gouvernemental pour rendre l’éducation plus accessible.

Ayant récemment lancé un nouveau mouvement— Fund MUN— pour promouvoir plus de financement pour l’Université, les syndicats de MUN note sur son site Web que les investissements publics pour l’Université (sauf l’école de médecine) ont diminué de 46% depuis 2013.

Un héritage étudiant

Le militantisme étudiant est aussi ancien que l'institution universitaire elle-même, mais les cinquante dernières années ont connu un mouvement de contre-culture étudiante notable dans les pays occidentaux. Terre-Neuve-et-Labrador n’y a pas échappé. «Les étudiants jouent un rôle énorme dans l’activisme», dit Sophie Shoemaker. «Les étudiants étaient au centre des centaines de mouvements, et étaient présents pour les manifestations qui ont été extrêmement influentes, par exemple les manifestations des droits civils dans les années 1960.»

Période où on conteste les sensibilités sociales et les institutions politiques, à cette époque, les étudiants affluaient partout vers les rues. Pour les Américains, l’activisme étudiant des années 1960 était indispensable pour bouleverser les perceptions publiques de la guerre au Vietnam et la justice raciale aux États-Unis. À Paris, les manifestations aux campus qui commençaient en mai 1968 ont contesté les attitudes sociales conservatrices au courant en France à cette époque, avant d’envelopper d'autres causes sociales comme le statut des ouvriers. Sur le vieux Rocher, c’est surtout en 1972 que les étudiants commencent à manifester contre son administration. Selon le site Web de MUNSU, cette année-là les étudiants occupaient le bâtiment Arts and Administration à cause des polémiques liées aux cotisations syndicales.

Au fil du temps, les manifestations ont attaqué plusieurs enjeux qui touchent les étudiants à l'Université et au-delà, comme les frais de scolarité, la sécurité des étudiants et les pratiques de travail et l’environnement. Ces manifestations se sont parfois déroulées en solidarité avec d’autres mouvements étudiants au Canada.

L’activisme mondiale, l’activisme numérique

Dans le monde numérique d’aujourd’hui, l’activisme étudiant dans la province a pris une orientation plus mondialisée. Grâce à l’émergence d’Internet et la transmission rapide de l’information, les étudiants et le public en général peuvent rester au courant des défis politiques ailleurs dans le monde, partager des messages de manière plus rapide et organiser des rassemblements sur les réseaux sociaux visant un public plus large.

Si les étudiants se rassemblent religieusement cet automne, la plus grande manifestation étudiante organisée ces dernières années, soit l'édition 2019 du mouvement Fridays for Future, a attiré autant d'attention que Greta Thunberg elle-même a republié une photo de la manifestation de St. John’s sur son compte X (anciennement Twitter).

Comme affirme Sophie Shoemaker: «Les jeunes sont capables d’imaginer un monde meilleur, et de se défendre.» Et par chaque mouvement étudiant, ces congrégations activistes démontrent que le nombre fait la force.

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Photo: GeoDept

Photo: John Babb

Caption: Le département de géographie de MUN s’est montré en solidarité avec les rassembleurs de la manifestation Fridays for Future le 20 septembre dernier.

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  • Date de création 7 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 3 octobre, 2024
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