Recevoir des services de santé en français pour les nouveaux arrivants, un défi important

Recevoir des soins de santé pour les francophones à Ottawa vient avec son lot de défis, mais pour les nouveaux arrivants d’expression française dans la province, les difficultés peuvent être encore plus nombreuses.

Chantallya Louis, IJL - Réseau.Presse - Le Droit

«Pour moi, un pays comme le Canada, si j’ai un souci de santé, si j’ai besoin de spécialistes quelconques, tout peut se faire en un claquement de doigts. Mais ce n’est pas le cas», admet Marie-Florence Aboke.

Lorsqu’elle est tombée enceinte en 2017, un an après son arrivée au Canada, c’est alors qu’elle découvre l’importance de parler anglais dans un pays qu’on lui disait bilingue.

Les discussions avec son médecin se faisaient à l’aide de Google Translate et de son mari qui parlait mieux anglais, «mais il ne comprenait pas tout», raconte-t-elle, se rappelant que c’était une situation compliquée et qui lui paraissait longue.

De son côté, Therese Santos est arrivée au Canada en 2010 de la République démocratique du Congo, il lui manquait plusieurs informations concernant le système de santé dans la province.

Par exemple, pendant plusieurs années, elle ne savait pas comment s’enregistrer auprès du ministère de la Santé pour avoir un médecin de famille.

De même pour Marie-Perpetue Kouakou qui est arrivée de la Côte d’Ivoire en 2018, mais qui n’a toujours pas trouvé de médecin de famille francophone pour ses enfants.

Plusieurs questions se posent pour ces femmes.

«Quand on est malade, est-ce qu’il faut aller directement chez un spécialiste ou bien passer par les médecins généralistes», s’est souvent demandé Marie-Perpeture Kouake.

«Je suis déjà allé aux urgences pour un bobo et j’ai été frustré parce que j’ai passé beaucoup d’heures à attendre et je ne savais pas que je ne devrais pas être là», se souvient-elle. «Le système est différent de mon pays d’origine», avance Marie-Perpetue Kouakou.

D’autres rencontrent aussi des difficultés culturelles. «Par rapport à la culture d’un individu, les choses peuvent être comprises ou non», explique pour sa part Vivianne Mensah, originaire de la Côte d’Ivoire.

Elle est venue au Canada il y a de cela 5 ans pour apporter une aide à son fils qui a reçu un diagnostic d’une maladie mentale.

L’approche face à une maladie mentale peut être aussi perçue différemment entre les communautés immigrantes et les communautés canadiennes. Pour Vivianne Mensah, il est donc important d’assurer une sensibilisation face à la santé mentale au sein des communautés.

Santé pour tous

Remarquant qu’elle n’est pas la seule face à ces nombreux défis, Marie-Florence Aboke décide de mettre sur pied l’organisme Affya pour tous, en avril 2021.

«Affya veut dire santé dans la langue swahilie», lance la présidente fondatrice Marie-Florence Aboke en entrevue avec Le Droit.

L’organisme regroupe une douzaine de membres canadiens d’origine africaine, dont la plupart ont une formation dans le domaine de la santé dans leur pays d’origine, soit médecins, infirmiers, ou autres.

Les membres décortiquent ainsi le système de santé ontarien, avec leur connaissance dans le domaine de la santé, afin de mieux l’expliquer aux nouveaux arrivants à travers des cours en ligne.

«L’objectif de l’organisme est de rendre accessible le système de santé ontarien aux immigrants africains ou caribéens francophones [dans la région d’Ottawa] pour qu’ils puissent comprendre aisément le système et facilement y naviguer», explique la fondatrice.

Affya offre ainsi une série de 12 cours gratuits aux nouveaux arrivants tout au long de l’année, soit sur l’assurance maladie, les urgences, la vaccination, les maladies chroniques et encore, l’aspect légal dans le système de santé.

Mieux s’outiller avant de s’adresser au médecin

Un des objectifs de ce programme, c’est de mieux outiller les patients avant de s’adresser aux personnels de la santé.

«[Par exemple], ils vont nous apprendre comment on doit présenter notre état de santé à un médecin pour que le médecin soit mieux orienté», explique Vivianne Mensah.

Par ailleurs, en ce qui a trait à la maladie mentale, Affya pour tous offre des cours à ce sujet et offrir une meilleure compréhension des traitements de la maladie mentale au Canada. «Quand vous suivez [c]es cours d’Affya pour tous, vous avez une meilleure ouverture, une meilleure écoute», ajoute-t-elle.

En plus d’offrir ces cours pour les résidents d’Ottawa, Affya pour tous offre les offres aussi dans la grande région de Toronto, à Sudbury et à Hamilton.

Dans les prochains mois, Affya pour tous annoncera aussi des forums pour «permettre [aux] familles de pouvoir s’exprimer sur les services rendus par rapport à ce programme», explique Marie-Florence Aboke.

Photos :

Marie-Florence Aboke_Cr. Simon Séguin-Bertrand Le Droit : Pionnière de l’organisme Affya, Marie-Florence Aboke a rencontré plusieurs obstacles, principalement liés à la langue, naviguant dans le système de santé ontarien. (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

Photo Une_Santé immigration franco_Cr. 123rf : L’organisme Affya pour tous veut faciliter l’accès des services de santé en français pour les nouveaux arrivants. (123rf)

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  • Date de création 13 septembre, 2024
  • Dernière mise à jour 13 septembre, 2024
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