Qui devrait développer la Grande enclave argileuse du Nord-Est ontarien ?

Qui devrait développer la Grande enclave argileuse du Nord-Est ontarien ?

La Grande enclave argileuse est cette vaste région qui s’étend de Matheson à Hearst, dans le nord-est de l’Ontario, où le sol est riche, très riche. Ce sont 14 millions d’acres cultivables surtout recouverts de forêts. « C’est la dernière région agricole d’importance à développer au monde », clame l’agent de développement au ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, Barry Potter. Mais qui va développer cette région, des agriculteurs ou des groupes d’investisseurs qui spéculent sur l’augmentation de la valeur de ces terres cultivables ?

Marc Dumont — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Il y a trois types d’investisseurs. Certains achètent des terres sans avoir l’intention de les exploiter. Ils attendent que leur valeur monte pour les revendre. D’autres achètent des terres, les déboisent et les rendent cultivables pour les louer à des fermiers en attendant de les revendre. Enfin, des fermiers viennent cultiver de grandes propriétés, mais sans l’intention de venir s’installer dans la Grande enclave argileuse. Interrogé sur ses activités, un représentant d’investisseurs a répondu que « ce sont des choses que le public n’a pas à savoir ».

Pour le producteur bovin de Val Gagné, Jason Desrochers, « à la vitesse qu’on pave les terres agricoles dans le sud, c’est important que le développement des terres arrive. Mais je ne suis pas certain que ça se fait de la bonne manière ! » Il note une méfiance des fermiers envers des investisseurs et des compagnies internationales. Les fermiers veulent que les terres soient exploitées par ceux qui vont contribuer à la collectivité, mais ce qui intéresse les investisseurs est un retour sur leur investissement par l’augmentation de la valeur de l’acre.

« Ça prendrait le mélange des deux », affirme Jason. Les investisseurs devraient acheter des terres de la couronne pour les rendre cultivables. Une fois la terre agricole « mise en ordre », un fermier pourrait l’acheter, s’y installer et ainsi contribuer à la communauté. Ce n’est pas ce qui se passe. « Trop d’investisseurs ne donnent rien à la communauté », déplore Jason.

« Il faudra que ce soit des fermiers du sud qui achètent ces terres neuves. Par exemple à 4 000 $ l’acre, ce n’est pas cher pour un fermier du sud qui a vendu ses terres entre 15 000 $ à 20 000 $ l’acre. Pour nous, 4 000 $ l’acre, c’est trop cher », continue Jason.

Il propose qu’une réglementation exige que les investisseurs aient un plan de développement des terres de la couronne. Elles seraient accordées progressivement selon leur succès à installer des fermiers dans le nord.

Il donne l’exemple des mennonites. Leur arrivée dans sa région a tout changé. « Depuis l’arrivée de la cinquantaine de ces petits fermiers, il s’est même créé ici des emplois manufacturiers et de services », explique-t-il.

« Il y a plusieurs règlements à revisiter, affirme le président de l’Association des municipalités du nord-est de l’Ontario, Danny Whalen. Des investisseurs achètent beaucoup de terrains agricoles sans jamais avoir l’intention de cultiver ou de déménager dans le nord. Ils attendent que la valeur augmente. D’autres gens ont acheté des fermes et démoli les maisons pour payer moins de taxes. Nous avons les mêmes préoccupations que ceux qui s’inquiètent qu’il y ait de l’accaparement des terres dans la Grande Enclave argileuse par des investisseurs du sud de la province. »

Le député de Témiskaming-Cochrane, John Vanthof, partage cette opinion et ajoute que « certaines lois retardent le développement des terres de la couronne pour les fermiers locaux. Puis c’est à la population du Nord de déterminer comment devrait se faire le développement de leur région. »

C’est vers 2006 que le gouvernement a indiqué son intention d’ouvrir toute la Grande enclave argileuse à l’agriculture. « Selon le Recensement de l’agriculture 2016, les terres préparées pour l’ensemencement dans le nord de l’Ontario ont augmenté de 34% comparativement à 13% à l’échelle provinciale, affirme le porte-parole du MAAARO. Depuis juin 2018, l’Ontario a fourni 8,8 millions de dollars pour 11 projets de drainage dans le Nord sur 15,000 acres ».

Il y a déjà eu une tentative d’installer l’agriculture dans la Grande enclave argileuse au siècle dernier. L’échec avait été retentissant, si bien qu’aujourd’hui il y a beaucoup de terres abandonnées dans cette région. Les méthodes de culture à l’époque n’ont pas tenu compte du froid.

Aujourd’hui, le ministère de l'Agriculture, de l 'Alimentation et des Affaires Rurales est d’avis que l’industrie du bœuf serait rentable dans le Nord. Cet animal n’a pas peur du froid. Les experts en agriculture de la région savent aussi que la culture du blé, de l’avoine et de l’orge y réussissent mieux que dans le sud à cause des printemps frais. Ce sont des conditions similaires à celles qui prévalent dans l’Ouest canadien, grand producteur de céréales.

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Bas de vignettes

Champs de soya. Cette culture est relativement récente dans le Nord de l'Ontario. (Photo : Marc Dumont)

L'Ontario ne produit pas assez de bœuf pour les besoins de sa population. (Photo : Marc Dumont)

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  • Date de création 22 février, 2021
  • Dernière mise à jour 22 février, 2021
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