Pourquoi Ford fait-il régner l’omerta ?

Émilie Pelletier

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Initiative de journalisme local 

Queen’s Park

 

TORONTO — Doug Ford est absent de la place publique depuis un mois. Pourquoi un tel silence ?

«Il se pourrait qu’il profite tout simplement des vacances», avance le professeur agrégé au département de sciences politiques de l’Université McMaster, Peter Graefe. 

« C’est un travail ingrat, celui de premier ministre, et je ne sais pas à quel point il aime ce travail. Je pense qu’il aime être le chef, mais devoir faire tout ce travail minutieux, je ne sais pas si c’est ce qui l’intéresse le plus. »

Ce motif fait partie d’une «variété de raisons» qui pourraient expliquer l’absence du premier ministre ontarien, qui dure depuis l’arrivée du mois d’août. 

Le professeur Graefe remarque néanmoins que le premier ministre albertain Jason Kenney se fait lui aussi plutôt discret depuis le déclenchement des élections fédérales. 

«Il faut penser qu’il y a eu une certaine discussion au sein du parti conservateur que ce serait mieux pour M. O’Toole si les premiers ministres provinciaux les plus controversés se font un peu plus discrets.»

Le politologue rappelle qu’en 2019, Doug Ford n’avait pas apprécié de se faire «tasser» par Andrew Scheer, qui avait refusé l’appui du premier ministre ontarien en raison de ses faibles résultats dans les sondages. 

Cette fois-ci, la distance du conservateur ontarien envers ses comparses fédéraux joue davantage en sa faveur, croit Peter Graefe, puisque M. Ford a répété à plusieurs reprises qu’il ne ferait pas campagne aux côtés de M. O’Toole depuis sa nomination. «Il veut garder ses promesses.»

La pandémie

Le professeur à l’Université McMaster juge toutefois que Doug Ford fait un «choix risqué» en gardant ses distances des médias pendant aussi longtemps.

«On est au début d’une quatrième vague, les gens ont l’impression d’avoir un gouvernement démissionnaire, qui refuse d’être présent, de répondre aux questions, d’agir, d’une manière ou d’une autre.»

Une autre raison importante pourrait expliquer son silence : «on pourrait penser qu’il ne veut pas se faire entacher par toute la bisbille autour de la pandémie».

«Son gouvernement prend toute la question de la vaccination obligatoire et du passeport vaccinal avec une approche de laisser-faire, donc ça pourrait lui nuire à court terme s’il était présent pour justifier sa décision.»

Plutôt que d’imposer ses propres politiques de vaccination, le gouvernement ontarien a mandaté les établissements de travail de mettre en place leurs propres mesures vaccinales. Au minimum, les lieux de travail doivent demander aux employés qui refusent la vaccination d’assister à des formations sur l’immunisation contre la COVID-19.

C’est à ces établissements que revient la décision d’exiger la vaccination de leurs employés ou non. 

Le gouvernement provincial en a décidé ainsi. 

Il ne faut pas oublier qu’une bonne partie du bassin électoral de Doug Ford n’est pas en faveur de la vaccination obligatoire ou de l’imposition d’un passeport vaccinal par la province.

Bien que le premier magistrat de l’Ontario ait été clair à ce sujet, réitérant à plusieurs reprises son opposition face à ces mesures, le milieu scolaire, le milieu de la santé et les médecins hygiénistes des différents bureaux de santé de la province le demandent depuis longtemps et insistent de plus en plus.

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  • Date de création 27 août, 2021
  • Dernière mise à jour 27 août, 2021
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