Plus d’élèves que d’espaces dans les écoles francophones du Sud-Est

Depuis quelques années, la population francophone augmente fortement dans les écoles néobrunswickoises, sans pour autant que de nouveaux projets se concrétisent afin d’offrir plus d’espace aux élèves. Dans la région de Moncton et du Sud-Est du Nouveau-Brunswick notamment, le Conseil d’éducation (CED) du District scolaire francophone Sud (DSFS) déplore de plus en plus le manque d’investissements du gouvernement provincial en infrastructures scolaires.
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Steve Legault

IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien

Déjà en décembre 2020, le DSFS déplorait que le budget d’immobilisations 2021-2022 du gouvernement provincial reporte «plusieurs projets essentiels au District scolaire francophone Sud», notamment de nouvelles constructions et la rénovation d’immeubles existants.

«En forte croissance, le DSFS compte maintenant plus de 50 % de la population étudiante francophone de la province. Depuis quelques années, le gouvernement de Blaine Higgs ne fait que reporter les investissements, alors que les besoins existants ne font que s’intensifier et d’autres viennent s’ajouter à la liste en raison de cette croissance», avait déploré dans un communiqué Paul Demers, président du CED du DSFS.

Depuis, le DSFS continue de faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir plus de ressources en infrastructure. «Les démarches sont toujours les mêmes : c’est d’essayer de faire comprendre au gouvernement qu’il faut être équitable et qu’on a besoin d’espace», raconte en entrevue Paul Demers.

Le projet de la nouvelle école francophone dans la région de Moncton, qui devrait pallier le manque d’espace dans les écoles L’Odyssée et Le Sommet, donne un peu d’espoir au CÉD. Le travail ne s’arrêtera toutefois pas là, d’après le président du CED : «On est contents de la nouvelle école à Moncton, mais il va falloir continuer les démarches pour s’assurer qu’on ait l’espace nécessaire. On nous annonce en plus qu’on aura peut-être plus de nouveaux arrivants sous peu, avec l’ouverture des frontières.»

Des rénovations plus que nécessaires

En juin 2017, le gouvernement néobrunswickois a annoncé que des travaux de rénovation auraient lieu à l’école secondaire Louis-J.-Robichaud (LJR), dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, dans le cadre d’un «Projet de modernisation mi-vie». Cela devait permettre un meilleur aménagement des locaux dans ce bâtiment érigé en 1969.

Puis, en 2018, l’élection d’un gouvernement progressiste-conservateur est venue chambouler les plans. «Tout allait par phases, mais 2018 arrive et, avec le changement de gouvernement, le projet n’est plus prioritaire», confiait Gilles Cormier, membre du CED pour le sous-district 4, au Moniteur Acadien à l’automne 2020.

Il racontait ensuite que le DSFS avait envoyé ses six priorités en infrastructures à l’été 2020, pour voir le ministère changer l’ordre de ces priorités. Les rénovations à l’école Louis-J-Robichaud étaient hautes dans ces priorités au CED.

«L’école n’a pas eu de réparations depuis sa construction, en 1969. En 2014, j’ai fait une visite et en entrant dans les toilettes, je me suis dit : voyons, la tuile ici était cassée lorsque j’étais étudiant ici et elle l’est encore!» ajoutait Gilles Cormier.

Le président du CÉD, Paul Demers, n’est guère plus impressionné par l’état de l’école : «On avait nos réunions du CÉD à LJR et c’est vrai que les vestiaires, ce n’est pas croyable. Je peux voir que les jeunes n’aiment pas ça, ce n’est pas agréable.»

D’après ce dernier, la construction ou la rénovation d’écoles francophones peut ramener les jeunes qui ont quitté pour se tourner vers une école anglophone – bien que l’état des écoles ne soit pas l’unique raison de leur départ, convient Paul Demers.

«Lorsqu’on bâtit des écoles dans la région de Moncton, tranquillement des ayants droit reviennent, des élèves francophones qui fréquentaient l’école anglophone reviennent. C’est certain qu’on est heureux de voir ça et qu’on voit que des écoles de qualité, ça aide à faire revenir la population francophone.»

Prendre les grands moyens

Le président du CED ne s’en cache pas : si la situation ne se redresse pas et que le nouveau conseil ne trouve pas de terrain d’entente avec le gouvernement provincial, et plus précisément le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, il ne se gênera pas pour invoquer l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Cet article stipule notamment que les citoyens canadiens «dont la première langue apprise et encore comprise est celle de la minorité francophone ou anglophone de la province où ils résident» ont le droit de faire instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans cette langue.

«Si le gouvernement ne veut pas comprendre, il faudra peut-être utiliser les moyens que la Loi nous donne et se tourner vers l’article 23. Le ministre a déjà été averti, il a reçu une lettre en bonne et due forme comme quoi on n’allait pas se gêner pour se rendre là», affirme Paul Demers, qui n’exclut pas la voie juridique.

Il est important de rappeler qu’une situation semblable a été vécue en Colombie-Britannique il y a un an, alors que la Cour suprême du Canada a tranché en faveur du Conseil scolaire francophone de Colombie-Britannique (CSFCB) et de la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique (FPFCB), stipulant que la province sous-finançait systématiquement le réseau d’éducation francophone.

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Photos :

0712 IJL MA_Espace écoles Sud-Est_Gilles Cormier_Cr. Courtoisie CED DSFS : Gilles Cormier, membre du CED pour le sous-district 4 jusqu’en août. (Crédit : Courtoisie CED DSFS)

0712 IJL MA_Espace écoles Sud-Est_Paul Demers_Cr. Courtoisie CED DSFS : Paul Demers, président du CED du DSFS et représentant du sous-district 2. (Crédit : Courtoisie CED DSFS)

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  • Date de création 15 juillet, 2021
  • Dernière mise à jour 12 juillet, 2021
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