Plan pour la rentrée scolaire à l’Î.-P.-É. : des questions et un revirement

Le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard a dévoilé le lundi 23 août son plan pour la rentrée scolaire. Fin des cohortes et de la distanciation physique, port du masque recommandé, un retour à la normale s’amorce dans les salles de classe. Mais des parents et des enseignants, ainsi que certains politiciens, se sont inquiétés de mesures encore floues et trop peu strictes, poussant à un volte-face en fin de semaine.

_______________________

Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

 

 

 

Le gouvernement de l’Î.-P.-É. affiche la sérénité. Familles et élèves, enseignants et directions peuvent se préparer à une rentrée scolaire «presque normale» selon le plan diffusé le lundi 23 août par le ministère de l’Éducation et de l’Apprentissage continu. «Nous avons comme objectif de permettre aux élèves de retourner à l’école, dans des conditions aussi normales que possible, pour une pleine année d’apprentissage en classe», déclare la médecin hygiéniste en chef de l’Î.-P.-É., Heather Morrison, dans un communiqué de presse.  «C’est une bonne chose pour nos jeunes», abonde Gilles Arsenault, directeur général de la Commission scolaire de langue française (CSLF).

Selon le protocole sanitaire retenu, qui correspond à un risque faible de propagation de la COVID-19, les classes continueront à se tenir en personne, le système de cohortes disparait et la distance physique n’est plus requise. La province invite les établissements à limiter les grands rassemblements à l’intérieur et à maintenir au maximum les mesures générales d’hygiène, lavage fréquent des mains et nettoyage accru des lieux.

Crainte du variant Delta

La question du port du masque a, elle, provoqué quelques remous dans la semaine. Le plan du gouvernement prévoit qu’il ne soit plus obligatoire, simplement «recommandé» dans les écoles et les autobus, et «fortement recommandé» pour le personnel et les élèves qui ne sont pas entièrement vaccinés. S’agissant de la vaccination, là aussi, elle ne sera pas obligatoire, mais des cliniques éphémères seront créées dans les établissements scolaires.

À moins d’une semaine de la rentrée scolaire, le document a suscité certaines interrogations. D’autant plus que le variant Delta, davantage transmissible et contagieux, provoque des craintes. Aux États-Unis, le nombre de cas de COVID-19 chez les moins de 18 ans s’est envolé pendant l’été. Aux yeux de Peter Bevan-Baker, chef du Parti vert de l’île et leader de l’opposition officielle, les mesures prises pourraient ne pas suffire, sachant que seuls 57 % des 12-19 ans ont reçu deux doses (en date du 21 août) et que les moins de 12 ans ne sont pas encore éligibles à la vaccination. «Nos enfants sont particulièrement vulnérables en ce moment, le variant est au seuil de notre porte et nous n’avons jamais été aussi ouverts que par le passé», s’inquiète-t-il.

Selon lui, le protocole mis en place est «incomplet et flou». «Ce document ne fournit aucune ligne directrice claire, n’impose aucune mesure stricte, il ne fait que recommander de manière vague», regrette-t-il. Il prend l’exemple du protocole différencié avec deux niveaux d’alerte (risque faible, risque élevé) à adapter en fonction de la circulation épidémique : «On ne connait pas les critères qui permettraient de déclencher le niveau d’alerte plus élevé avec l’adoption de mesures accrues». Il évoque par ailleurs des manques importants à propos de la santé mentale des enfants.

Le député préconise un retour des mesures sanitaires en vigueur l’an dernier, comme le système de cohorte. Un avis que partage la PEI Home and School Federation. L’organisme demande ainsi au gouvernement que le port du masque soit obligatoire à l’intérieur pour les élèves de la 7e à la 12e année.

Revirement quatre jours plus tard

Du côté de la CSLF, Gilles Arsenault reconnaît qu’il reste «quelques questionnements» quant au port du masque. «Est-ce que c’est encouragé ou obligatoire? On doit encore clarifier ce point avec le ministère pour avoir une décision commune à nos six écoles», explique-t-il. Mais le directeur se montre confiant. Il insiste sur le bon taux de vaccination et le faible nombre de malades dans la province.

Pourtant, un revirement s’est opéré en fin de semaine. Le vendredi 27 août, un communiqué annonce qu’«à la suite des commentaires des acteurs du milieu éducatif», le port du masque sera nécessaire pour le personnel, les élèves et les visiteurs quand ils se déplaceront à l’intérieur des établissements scolaires. Tous les élèves devront en porter un à bord des autobus.

Et, pour les enfants de la maternelle à la sixième année (au-delà, les enfants sont éligibles à la vaccination), le masque sera requis en classe lorsque la distance physique est impossible. Le communiqué laisse entendre que ces décisions ont été prises par la CSLF et la Public School Branch, en consultation avec la Santé publique. «On souhaite protéger les plus vulnérables, non vaccinés, justifie Gilles Arsenault dans une entrevue réalisée suite aux nouvelles consignes. On veut couvrir tous les angles.»

Améliorer la ventilation

Ces conditions sanitaires devraient rester en vigueur au moins jusqu’en octobre prochain. Elles seront alors adaptées en fonction de la circulation épidémique, notamment celle liée au variant Delta, et des taux de vaccination. Des mesures de santé publique plus strictes, comme le retour de la distanciation physique et des cohortes, pourraient entrer en vigueur si le risque de transmission est plus élevé.

En date du 26 août, 79,6 % de la population admissible de l’île est entièrement vaccinée et seulement six cas actifs sont à dénombrer. «Les premiers retours des parents sont positifs et on sera là pour rassurer les plus inquiets qui auront toujours la possibilité d’opter pour l’école à la maison», partage Gilles Arsenault.

Mais Peter Bevan-Baker reproche également l’absence de mesures fortes pour l’aération des classes. Le plan conseille aux établissements de garantir le bon fonctionnement des systèmes de ventilation. «Mais il n’y a aucune consigne au sujet des écoles dont les systèmes sont inefficaces», déplore le leader de l’opposition officielle. Il y a quelques mois, les autorités avaient identifié dix écoles avec des ventilations défaillantes. «Depuis on ne sait rien sur d’éventuelles améliorations, aucune mise à jour n’a été faite», poursuit-il.

Dans le réseau scolaire francophone, Gilles Arsenault assure que la ventilation des six écoles répond aux critères de qualité du gouvernement : «Ça ne m’inquiète pas, nous sommes bien lotis, nos bâtiments sont récents». Concernant l’École Évangéline, construite dans les années 1960, un perfectionnement du sytème est prévu dans les plans de rénovation.

 

 

 

 

-30-

 

 

 

Photos

 

Gilles Arsenault, directeur général de la Commission scolaire de langue française, se montre confiant vis-à-vis du plan. (Photo : Gracieuseté)

 

Peter Bevan-Baker, chef du Parti vert de l’î.-P.-É. et leader de l’opposition officielle, n’est pas satisfait du nouveau plan pour la rentrée des classes. (Photo : Laurent Rigaux)

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 3 septembre, 2021
  • Dernière mise à jour 3 septembre, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article