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  • Date de création 12 novembre, 2021
  • Dernière mise à jour 12 novembre, 2021

Plaidoyer pour repenser le système carcéral

Si des organismes comme Future Hope tendent la main aux anciens détenus pour les aider dans leur réinsertion, il n’en reste que les prisons connaissent à l’interne leur lots de problèmes comme l’insalubrité, la violence et d’autres encore. Des enjeux souvent exposés dans les médias qui doivent être pris au sérieux.

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Ophélie DOIREAU

IJL - Réseau.Presse - La Liberté

Daniel Beaudette a côtoyé les prisons de près pendant presque 30 ans. « Pendant 25 ans, j’ai travaillé comme psychologue avec Service correctionnel Canada, qui est un organisme fédéral. J’ai collaboré dans des prisons en Nouvelle-Écosse et au Manitoba.

« J’ai aussi passé 13 ans au service de libération conditionnelle. Mes tâches étaient essentiellement d’évaluer le risque de danger si les prisons accordaient une libération conditionnelle. »

Si depuis les années 2000, Daniel Beaudette ne travaille plus dans les prisons, il a cependant assez d’expérience pour souligner les enjeux présents. « Les prisons fédérales sont pour les personnes qui purgent des peines de plus de deux ans et plus. Toutes les peines de moins de deux ans, c’est de compétence provinciale.

« Pour donner une idée d’un ordre de grandeur, le Fédéral s’occupe d’environ 12 500 prisonniers, et les Provinces de 39 000 détenus.

« En prison, les détenus ont encore le sentiment d’être des humains. Ce sont des personnes qui ont certainement manqué des chances dans la société. Il y a une humanité. Mais le système fait que c’est très difficile de voir cette humanité. »

Et pour cause, Daniel Beaudette prend l’exemple d’une prison fédérale construite en 1877 qu’il connaît bien : Stony Mountain au Manitoba. « Dans les 18 derniers mois, il y a eu au moins 15 détenus qui sont morts dans cette prison. En 2021, il y en a eu sept. »

D’ailleurs, le 14 mai 2021, le Winnipeg Free Press publiait le résultat d’une longue enquête sur les conditions de vie à Stony Mountain. Des sources anonymes attestaient alors au Winnipeg Free Press : « Ces décès déclarés publiquement ne sont que la partie émergée de l’iceberg en matière de violence. Un gardien pense même que l’administration de la prison n’est pas transparente avec les hauts responsables du Service correctionnel du Canada. »

Ce à quoi Daniel Beaudette répond. « En 2016, le gouvernement de Brian Pallister, a décidé que ce n’était pas obligatoire d’avoir des enquêtes sur chaque mort dans les prisons. C’est Heather Stefanson qui était alors ministre de la Justice qui a proposé cette loi. Depuis c’est à la discrétion du médecin légiste de savoir si une enquête doit être menée ou non.

En effet, la Loi 16 qui visait à modifier la Loi sur les enquêtes médico-légales a reçu la sanction royale en juin 2017. « C’est donc difficile de déterminer ce qui se passe dans les prisons », déplore Daniel Beaudette.

Conditions de vie

Un problème de transparence auquel s’ajoutent une surpopulation et de médiocres conditions de vie. Sur son site de sécurité moyenne, la prison de Stony Mountain peut accueillir 484 détenus et 217 sur son site de sécurité minimale. Pourtant ce chiffre est largement dépassé.

« En janvier, il y avait plus de 750 détenus. Comment offrir des conditions décentes? On compte 2 300 $ par année pour nourrir un prisonnier, soit environ 6 $ par jour. Il faut leur donner une alimentation correcte. Et pour 6 $, ce n’est pas possible. D’ailleurs, les détenus s’en plaignent fréquemment. »

Daniel Beaudette apporte un autre point sur la surpopulation carcérale. « 40 % de la population sont en prison pour des crimes non violents comme les plus légers liés à la drogue. Et ils sont obligés de se mélanger avec des crimes violents. »

Dans une recherche menée en 2020 par le ministère de la Justice sur la récidive, il était clairement établi qu’une personne dont le parcours judiciaire comprend la police, les tribunaux et les services correctionnels est particulièrement exposée au risque de récidive. Pour Daniel Beaudette, le système doit être repensé. « La prison, ce n’est pas la place pour tout le monde. Des personnes qui passent par la prison auront un casier judiciaire ce qui conduira à avoir des difficultés à trouver un emploi. 40 % des personnes qui ont été en prison y retourneront.

« On aurait raison de repenser le système. Il y a eu beaucoup d’enquêtes sur les conditions qui démontrent l’injustice sociale et il y a très peu de choses faites pour améliorer les conditions.

« Il y a d’autres mécanismes en place que l’incarcération pour que des personnes puissent se réinsérer dans la société comme la justice réparatrice, avoir des lieux de réhabilitation. Je pense qu’on sur-incarcère. »

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Photo :

Légende : Daniel Beaudette. Photo – Marta Guerrero

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