Pénurie d’enseignants: les écoles du N.-B. tentent de s’éloigner du trou noir
À l’instar des dernières années, la rentrée scolaire 2024 a commencé sur un fond d’inquiétudes par rapport à la pénurie de personnel. Des intervenants du milieu de l’éducation souhaitent que le manque de main-d’œuvre dans les écoles du Nouveau-Brunswick soit davantage mis à l’avant-plan.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl
Lors de la plus récente réunion du conseil d’éducation du District scolaire du Nord-Ouest, en octobre, des membres du CÉD déploraient le fait que la pénurie d’enseignants, qui risque de s’accentuer dans les 5 à 10 prochaines années, ait été éclipsée par des enjeux comme la pénurie de personnel en santé, notamment pendant la récente campagne électorale provinciale.
La présidente de l’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), Stéphanie Babineau, a reconnu que le secteur de l’éducation a été laissé un peu de côté, même si certains enjeux ont été soulevés par la nouvelle première ministre, Susan Holt, lors de la campagne.
«Même si la campagne a été un peu plus silencieuse, surtout en ce qui a trait à l’éducation, on a bon espoir que nous pourrons établir une bonne collaboration afin de mener ce dossier à bon port. Il devient de plus en plus urgent avec chaque jour qui passe.»
Selon Stéphanie Babineau, ce départ massif à la retraite d’un bon nombre d’enseignants est une tendance qui est commune dans l’ensemble des communautés de la province. Elle estime que dans le secteur francophone, l’alerte a été donnée il y a plusieurs années.
«Parfois, je me dis que c’est devenu une urgence lorsque le secteur anglophone a également commencé à vivre cette pénurie.»
La présidente de l’AEFNB croit que le secteur francophone doit composer avec des professionnels de l’éducation qui choisissent d’enseigner en immersion ou qui optent carrément pour un établissement anglophone. D’autres partent ailleurs au Canada ou dans le monde.
«La main-d’œuvre francophone qualifiée se fait rare depuis longtemps. On encourage les districts et le ministère à trouver des moyens d’aller chercher cette main-d’œuvre et l’encourager à rester ici.»
«Les candidats sont tellement attrayants pour les employeurs qu’il faut essayer de les retenir, en plus d’aller en chercher d’autres ailleurs qu’au Nouveau-Brunswick.»
Pour Mme Babineau, les priorités des jeunes enseignants ont changé et c’est au système d’éducation de s’adapter à cette évolution. Bref, les futurs enseignants ont plus que jamais le gros bout du bâton.
«Ils ont l’embarras du choix. Avant, on n’avait pas vraiment besoin de faire des efforts de recrutement, surtout dans une région comme le Sud-Est, car les candidats venaient à eux. La réalité actuelle n’est plus la même du tout. C’est vraiment le “Wild West”.»
Ressentie au quotidien
Du côté des districts scolaires, la pénurie de personnel se fait sentir au quotidien.
Jean-Luc Thériault, directeur des relations stratégiques au District scolaire francophone Sud, explique que la pénurie se fait particulièrement ressentir dans les postes en suppléance, avec des besoins marqués dans les régions de Miramichi, de Fredericton et de Saint-Jean.
«Le recrutement de francophones dans des postes dans les régions à prédominance anglophone, reste particulièrement complexe, affectant non seulement les postes de personnes enseignantes, mais aussi de personnes conductrices d’autobus et d’assistantes en éducation.»
Dans le secteur de l’enseignement, il existe, dans le DSFS, au moins 500 occasions de suppléance, dont 125 sont pourvues par des personnes retraitées. Parmi ces personnes retraitées, une trentaine occupent des suppléances à long terme.
«Le recrutement demeure un défi constant en raison de son caractère imprévisible, car nous devons embaucher des personnes enseignantes en cours d’année», a ajouté M. Thériault.
Pour Brigitte Couturier, responsable des communications et relations stratégiques au District scolaire francophone du Nord-Est, les postes en enseignement qui étaient vacants un peu avant la rentrée ont tous été pourvus.
On anticipe toutefois des défis après la période des Fêtes et lors de la prochaine année scolaire.
«Si nous nous en sommes bien tirés jusqu’à maintenant, malgré le nombre grandissant d’employés qui prennent leur retraite, c’est plutôt la banque de suppléants qui s’appauvrit d’année en année et qui est maintenant davantage constituée de suppléants non certifiés, surtout pour des affectations à long terme dans certaines régions du territoire que nous desservons.»
«Selon nos prévisions et l’analyse de nos données en matière de vieillissement de notre main-d’œuvre, la situation devrait se détériorer à moyen et à long terme, d’autant plus que nous pourrions avoir besoin d’un plus grand nombre d’enseignants si jamais notre district scolaire en venait à accueillir plus de familles de nouveaux arrivants.»
Dans le District scolaire francophone du Nord-Ouest, le coordonnateur des relations stratégiques, Alain Sirois, explique que le district doit composer avec un taux d’absentéisme élevé qui génère parfois des difficultés de remplacement.
Selon lui, les secteurs les plus touchés sont l’enseignement, les services d’assistance en éducation et le transport scolaire. Le principal défi du DSFNO demeure le recrutement de personnel qualifié pour répondre à ses besoins spécifiques.
«Nous avons présentement 13 enseignants à temps plein qui ne détiennent pas de brevet en enseignement, dont six sont actuellement en formation au baccalauréat en Éducation. Nous avons également un poste vacant de réparateur d’entretien en plomberie depuis environ un an.»
Des pistes de solutions?
Dans chaque district scolaire et au sein du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, on tente continuellement de développer des stratégies.
Dans le DSFNE, Brigitte Couturier explique que plusieurs initiatives ont vu le jour au fil des mois dont une entente de partenariat entre le CCNB et le district scolaire visant le recrutement et le placement d’étudiants et d’étudiantes du programme Gestion de bureau pour faire de la suppléance dans les écoles et dans les bureaux du district ; des rencontres avec des associations de retraités et des associations multiculturelles afin de présenter les opportunités d’emploi au DSFNE ; une participation à des salons carrières organisés par les universités, le CCNB et même dans les écoles secondaires ; et un encadrement des stagiaires en éducation et dans d’autres domaines afin de leur montrer les avantages de choisir le DSFNE pour débuter leur carrière à la fin de leurs études.
Du côté du District scolaire francophone Sud, on a mis sur pied le Programme d’orientation, de formation et d’accompagnement destiné aux nouveaux enseignants.
Jean-Luc Thériault explique que ce programme offre un accompagnement adapté aux besoins et à la diversité des enseignants novices. Ils ont notamment la chance de compter sur l’expertise des personnes retraitées qui s’impliquent de plus en plus pour leur offrir un accompagnement personnalisé et pour combler les besoins en personnel dans les écoles du district.
L’approche du DSFS comprend aussi l’embauche de stagiaires et de personnes en contrat C. Un partenariat avec l’Université de Moncton, qui offre un baccalauréat en éducation primaire en ligne, permet aussi au district d’embaucher des personnes qui possèdent un premier baccalauréat dans une matière enseignable et qui démontrent des aptitudes en enseignement.
Selon le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, ce programme permet aux suppléants titulaires d’un premier baccalauréat d’obtenir un certificat d’enseignement provisoire tout en poursuivant leurs études en éducation à temps partiel sur une durée de quatre ans. Une soixantaine d’enseignants francophones sont actuellement inscrits à ce programme en ligne.
Finalement, le DSFS collabore avec une firme de consultation en immigration spécialisée offrant des services de préparation d’accueil et d’intégration des personnes issues de l’immigration.
L’agent de communication pour le MÉDPE, Sean McConnell, indique que le ministère fait preuve de plus de souplesse dans l’évaluation des dossiers des candidats formés à l’étranger, en reconnaissant certaines expériences professionnelles comme partie intégrante des exigences de stage.
Un nouveau site web a d’ailleurs été créé pour présenter les postes disponibles dans le secteur de l’éducation, les informations destinées aux candidats étrangers, les parcours de carrière et les exigences.
Dans le cas du DSFNO, les stratégies déployées gravitent autour de la création de postes de suppléants «flottants» avec garantie d’heures ; d’une approche précoce auprès des étudiants dès leur première année d’études postsecondaires ; d’une présence accrue sur les médias sociaux, notamment LinkedIn ; d’une participation active aux foires d’emploi ; et du développement d’un programme de stages en collaboration avec les institutions d’enseignement.
Pour sa part, la présidente de l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick précise qu’un comité de fonctionnaires a été créé au cours de l’été afin de s’attaquer à la question du recrutement et de la rétention de la main-d’œuvre dans 13 différentes professions, dont celle d’enseignant.
«On est heureux de voir ça, mais on hâte de voir les fruits de ce travail-là, soit le développement d’une stratégie de recrutement et de rétention appropriée pour aller chercher ce personnel enseignant qui est tellement important.»
Un changement de gouvernement bénéfique?
Stéphanie Babineau croit qu’un changement de ton bénéfique s’est produit au cours des dernières semaines, principalement à la suite des élections provinciales. Elle juge que les leaders politiques parlent davantage du secteur de l’éducation comme d’une profession qui doit être valorisée. Selon elle, un meilleur climat de respect s’est installé.
«J’ose croire que cette bouffée d’air frais va aider à attirer des gens vers la profession d’enseignant.»
L’AEFNB, revendique toutefois une récolte de données plus efficace lorsque l’on traite du dossier de la pénurie de main-d’œuvre.
«On entend des gens dire que la situation est pas mal comme d’habitude, mais, en même temps, on est en novembre et des districts affichent encore des postes à pourvoir pour l’année en cours. On n’a pas encore colligé les statistiques qui nous montrent combien de salles de classe ont une personne enseignante à la retraite, ou un étudiant qui est en stage. Ces statistiques sont essentielles si on veut évaluer l’ampleur du défi du recrutement et de la rétention.»
Au sein du District scolaire francophone du Nord-Est, on considère que la venue d’un nouveau gouvernement n’aura pas beaucoup d’impact sur l’équipe. Cependant, dans une lettre adressée récemment à la nouvelle ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, la présidente du conseil d’éducation du DSFNE, Ghislaine Foulem, avait bon espoir que la ministre Claire Johnson s’attarde aux préoccupations du CED, notamment en matière de pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Le District scolaire francophone Sud sollicite, pour sa part, un soutien financier accru pour améliorer le recrutement et la fidélisation du personnel.
«Ce soutien est essentiel pour stabiliser nos effectifs, attirer des personnes enseignantes qualifiées et fidéliser ces dernières le plus longtemps possible à notre district», a mentionné Jean-Luc Thériault.
Selon lui, un financement supplémentaire permettrait également au district de renforcer ses programmes d’intégration et d’accompagnement, particulièrement dans les régions où le français est minoritaire. De plus, la création de programmes d’insertion socioprofessionnelle adaptés serait cruciale pour assurer une intégration réussie des nouvelles embauches, qu’elles soient personnes enseignantes, conductrices d’autobus, assistantes en éducation, etc.
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- Date de création 13 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 13 novembre, 2024