Ottawa célèbre son histoire, d’hier et de demain

Une cinquantaine d’exposants se sont rassemblés, plus tôt cette semaine, à l’hôtel de ville d’Ottawa pour célébrer le patrimoine de la région dans la plus grande convivialité.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

«Il n’a jamais été aussi important de nous rappeler des leçons de notre passé, de notre fierté présente, et de préparer notre futur pour les générations à venir», a clamé sous les applaudissements de la foule Daniel Richer, dit Laflêche, maître crieur d’Ottawa-Gatineau depuis plus de 40 ans.

Le thème de la journée était Les défenseurs du patrimoine: créer un héritage grâce à la préservation et l’innovation.

Autour de la place Jean Pigott, des institutions bien établies dans la région, comme le musée Bytown ou le Diefenbunker, côtoyaient sur les tables d’exposition des petites associations de quartier et des nouveaux arrivants dans la grande famille des organismes patrimoniaux.

Il y en avait pour tous les goûts: de la Société historique des brigades de pompier de Bytown à l’Association canadiennes des loyalistes de l’Empire-Uni (UELAC) en passant par le centre culturel somalien Khayrhaye.

«Il est essentiel pour nous d’avoir des organisations qui représentent l’ensemble des expériences de l’histoire d’Ottawa et de la région.»

- Ruby Edet, directrice générale de Connexion patrimoine de la capitale

«Parmi nos membres, il y a bien sûr des organismes bien implantés, qui sont garants de notre patrimoine, souligne la dirigeante. Mais il faut aussi faire de la place aux groupes qui mettent en valeur des pans plus récents de notre histoire.»

Célébrer le patrimoine afro-canadien

Le Festival de l’Afro Heritage est l’un de ces nouveaux venus. Cette initiative, créée il y a un peu moins d’un an, travaille à promouvoir la culture des diasporas africaines et caribéennes dans la région d’Ottawa-Gatineau par le biais d’un festival annuel, qui se tient en août pendant deux jours.

«Le thème d’aujourd’hui est la préservation du patrimoine. Beaucoup d’entre nous sommes des Canadiens de première génération, et nous n’avons pas toujours de connexions avec notre pays d’origine. Avec ce festival, nous voulons aider à préserver ce lien avec notre héritage africain, via les arts et la musique», explique Chancelle Mulela, fondatrice du projet.

Connexion patrimoine de la capitale espère voir encore plus de sociétés culturelles issues des diasporas d’Ottawa et Gatineau rejoindre les rangs de ses 200 membres actuels dans les prochaines années.

«Ottawa a beaucoup changé au cours des trente dernières années et nous nous faisons un devoir d'évoluer avec le temps. Personne ne doit être laissé pour compte», ajoute Ruby Edet. «On ne peut pas comprendre l’histoire d’Ottawa si l’on ne peut pas partager et apprendre sur l’histoire de tous».

Anishnàbe Odjìbikan à l’honneur

Il est de tradition à Ottawa de commencer tout discours par une reconnaissance territoriale, afin de souligner que les événements se déroulent en territoires algonquins non cédés. Lors de la cérémonie, la Ville a particulièrement mis à l’honneur les groupes autochtones de la région.

Après un discours du chef Greg Sarazin de la Première Nation des Algonquins de Pikwàkanagàn, le maire Mark Sutcliffe a remis au collectif Anishnàbe Odjìbikan la proclamation de la fête du patrimoine 2025.

Cette école de fouilles archéologiques des Premières Nations de la région est née en 2019, après la découverte d’un mòkòman (couteau en pierre) millénaire sous l’édifice central du parlement, au cours des travaux de réhabilitation des bâtiments.

Depuis, l'équipe de jeunes travaille d’arrache-pied à la sauvegarde de milliers d’artefacts autochtones découverts dans la région, autant sur le terrain que dans les boîtes d’archives de la Commission de la capitale nationale (CNN).

«Avec notre école de terrain, nous avons trouvé beaucoup d’artefacts dans la région du Kabeshinàn, plus connue sous le nom de parc du lac Leamy. Il y a 13 sites aux alentours du lac, et nous sommes certains qu’il y en a encore plus», raconte Drew Tenasco, membre d’Anishnàbe Odjìbikan. «C’est le plus grand complexe archéologique de la région, mais c’est aussi l’un des sites qui s'érode le plus rapidement. Beaucoup de trouvailles sont faites à même le sol, sans avoir à fouiller.»

Les membres de l'école de fouille algonquine espèrent ultimement pouvoir rapatrier ces artefacts dans leurs communautés.

«Nous travaillons en partenariat avec la CCN, et tous les artefacts que nous trouvons dans la région de la capitale entrent de facto dans leurs collections. Nous espérons un jour être en mesure de ramener à la maison ces objets dans des musées à nous, dans nos réserves».

L’histoire franco-ontarienne, d’une importance «cruciale»

Quelques organismes étaient également présents pour partager l’histoire des francophones de l’Ontario et d’Ottawa, comme le réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO), ou la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO).

«On est là pour échanger sur l’histoire qui nous tient à cœur et pour rencontrer les autres organismes du patrimoine de la région. Voir tant de monde aujourd’hui nous fait prendre conscience qu’on n’est pas les seuls à avoir cet amour de l’histoire», s’enthousiasme Lyne Moreau, administratrice du SFOPHO.

Pour la présidente de Connexion patrimoine de la capitale, la présence de groupes de langue française est indispensable.

«Nous aimerions avoir encore plus d’organismes francophones, car ce patrimoine est crucial pour mieux apprécier notre histoire à tous», affirme Ruby Edet.

«Comprendre une communauté, ce qu’elle fait, ses valeurs, qui elle est et d’où elle vient, cela favorise la compréhension entre les peuples. Ça permet aux gens de se réunir, d’explorer, de collaborer et d’aller de l’avant ensemble.»

- Ruby Edet

Le Muséoparc et la Cabane à sucre Vanier

Les représentants de la Cabane à sucre du Muséoparc Vanier étaient au rendez-vous pour mettre en valeur leurs activités de la saison. La plus grande cabane à sucre urbaine au monde a rouvert ses portes l’an dernier, pour le plus grand bonheur des francophones ottaviens. Un incendie criminel avait ravagé les installations, en 2020.

Depuis la réouverture, l’enthousiasme est palpable.

«Il y a trois jours, on a fait l’entaillage de notre érablière qui compte quelques milliers d’arbres. Entre 350 et 450 personnes sont venues participer. Tout le monde s’est fait former ce jour-là», raconte avec entrain Nick Paquin, coordonnateur de la programmation du Muséoparc.

Les 29 et 30 mars prochain, le Muséoparc accueillera des centaines de curieux pour la 40e édition de son Festival des sucres.

L’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario

Une association un peu moins connue se trouvait à quelques tables. Créée en 2015, l’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario (APFFO) est un organisme à but non lucratif qui «cherche à sensibiliser les gens des communautés francophones à l’importance de préserver le patrimoine de leurs propres familles, que ce soit via des registres, des photos ou d’autres documents», explique avec enthousiasme Francine Gougeon, fondatrice de l’APFFO.

Le groupe de bénévoles, qui n’a jamais reçu de subventions depuis sa création, propose des ateliers de généalogie et des conférences pour ses 90 membres, originaires de partout à travers la province.

«On va fêter notre dixième anniversaire le 29 mai prochain», ajoute la fondatrice. L’organisme a prévu pour l’occasion de publier un livre regroupant une trentaine d’histoires de familles franco-ontariennes qu’il dévoilera lors des célébrations en mai, à la communauté de retraite Stonemont.

Le Prix du patrimoine d’Ottawa

La foule rassemblée a aussi applaudi le lauréat 2024 du prix «Histoire locale» de la ville d’Ottawa, Noah Chandler Merlo. Le jeune homme de 11 ans a conquis le comité de juges l’an dernier grâce à son projet de recherche sur l’histoire de l’hôtel Russel House, une maison considérée comme le cœur de la ville d’Ottawa pendant près de 50 ans, de 1857 jusqu’au début du XXe siècle.

«Chaque année, le comité évalue entre 70 et 100 projets sur l’histoire du Canada et de la région. Ils sont rédigés par des participants venus de toutes les écoles d’Ottawa. Anglophone, francophones, écoles catholiques ou autochtones, il n’y a pas de distinctions», explique Jacinthe Carron, membre du comité de la Fête régionale d’Ottawa.

Vingt-cinq différents prix sont remis en tout.

Le prix «Sir Richard William Scott» de la Société historique d’Ottawa 2024 a par exemple été attribué à Saayuja B (5e année) de l’académie Westboro, pour son projet Pourquoi l’hôpital Montfort est-il important pour la communauté franco-ontarienne?

La prochaine fête régionale du patrimoine d’Ottawa, où seront présentés les projets des élèves de 2025, aura lieu le 29 avril prochain.

Autres groupes présents à la fête du patrimoine:

Musées et lieux historiques

Sociétés historiques

Groupes culturels:

Autres organismes et associations:

Services municipaux:

 

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PHOTOS:

LD_Patrimoine3 | Jennifer Tenasco, archéologue, reçoit la proclamation de la ville pour Anishnàbe Odjìbikan. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Patrimoine4 | Des artefacts autochtones découverts dans la région de la capitale canadienne, la plupart datés de milliers d'années. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Patrimoine5 | Une exposante pour la Société d'histoire des Filles du Roy. Ce groupe a pour vocation de réhabiliter dans l’opinion publique les 800 filles et femmes arrivées en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Patrimoine6 | Nick Paquin, coordonnateur de la programmation du Muséoparc, en compagnie d'Adèle, stagiaire du musée communautaire (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Patrimoine7 | Francine Gougeon, membre fondatrice de l'APFFO, avec un membre bénévole (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Patrimoine8 | La présentation de Noah qui a gagné le prix "Histoire locale" de la ville d'Ottawa 2025. (Clémence Labasse/Le Droit)

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  • Date de création 23 février, 2025
  • Dernière mise à jour 22 février, 2025
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