Ontario: moins de terre, plus de production
La perte du nombre de terres réservées à l’agriculture en Ontario n’est pas un mythe. Curieusement, malgré un recul mesurable au cours des 10 dernières années, la production de fruits et légumes, elle, a connu une augmentation.
Jean-Marc Dufresne
IJL – Réseau.Presse – Agricom
C’est du moins ce qui ressort de l’étude des plus récentes données émises par Statistiques Canada, Production de fruits et de légumes, 2024. Ainsi, le document révèle que la production de légumes dans l'Est du Canada s'est redressée en 2024 après avoir été malmenée par des conditions de croissance humide difficiles en 2023. Mais encore faut-il lire entre les lignes.
Terres
Pour les légumes, la superficie totale de terres cultivées en Ontario a augmenté de 0,9% en 2024 par rapport à l’année précédente, possiblement en raison du défrichage de terres dans le Nord de la province. Par contre, le gain est de 0% sur 5 ans et on note un recul de 1,5% depuis 10 ans.
Du côté des fruits, le gain en superficie totale de terre est de 0,6% en 2024, mais on enregistre un recul de 2% par rapport à 2020 et de 4.4% si l’on se compare à 2015. « On peut penser que c’est la pression causée par la réaffectation des terres périurbaines », explique l’analyste de Statistiques Canada, Serge Desroches.
Et puisqu’on a moins de terres cultivables, on devrait également noter une baisse de la productivité. Or, ce n’est pas le cas: malgré un recul de la quantité totale produite de fruits en 2024 (-4,2%), la production est en hausse de 3,9% par rapport à 2020 et de 7,1% depuis 10 ans.
Show me the money
Une augmentation de production peut se traduire par une baisse des prix, l’offre excédant la demande. Mais elle peut aussi répondre à une demande intérieure croissante ou à une ouverture sur de nouveaux marchés.
C’est peut-être ce qui explique que pour les fruits, la valeur à la ferme (prix obtenu lors de la première transaction du producteur) a connu une hausse de 14,9% depuis 5 ans, et de 26,2% en 10 ans!
Les légumes ne sont pas en reste, avec une valeur à la ferme en hausse de 4,8% en un an*, de 22,7% depuis 2020 et de 35,1% en 10 ans! Bien que ces chiffres ne tiennent pas compte des coûts des intrants, ils semblent en opposition avec la perception véhiculée par l’industrie agroalimentaire qui accusent les grands distributeurs d’être les seuls responsables de la hausse des prix à la caisse.
Un regard différent
Interrogée par Agricom, l’Association des producteurs de fruits et de légumes de l’Ontario (APFLO) affirme que la hausse des prix en magasin ne reflète pas une augmentation des revenus nets des producteurs, mais plutôt une augmentation des coûts tout au long de la chaîne d’approvisionnement, y compris des éléments tels que le transport, l’emballage, la main-d’œuvre et les politiques gouvernementales, dont la taxe carbone, qui ont tous ajouté une pression supplémentaire sur les prix.
« Depuis 2020, les coûts des intrants – du carburant à la main-d’œuvre en passant par les engrais – dans les exploitations agricoles ont considérablement augmenté, dépassant souvent la valeur des produits vendus par les agriculteurs », indique Shawn Brenn, président de l’organisme. « Par exemple, entre octobre 2020 et octobre 2024, les coûts des intrants-clés comme le diesel (en hausse de 73 %), le propane (en hausse de 75 %), les engrais azotés (en hausse de 70 %) et les emballages (en hausse de 34 %) ont augmenté. »
L’APFLO note au passage que le gouvernement américain a injecté l’équivalent de près de 4 milliards de dollars canadiens dans le secteur des cultures spécialisées (principalement les fruits et légumes) en réponse à la pression importante que la hausse des coûts de production exerce sur la viabilité financière des producteurs.
« Le prix des pommes de terre fraîches a chuté de plus de 2% depuis 2020 et les pomiculteurs sont confrontés à une concurrence importante de la part des produits américains, ce qui entraîne des rendements historiquement bas. Les perspectives pour 2025 restent incertaines, la menace imminente de droits de douane ajoutant encore plus d’instabilité et d’imprévisibilité. Les producteurs ressentent déjà une pression sur les prix qu’ils reçoivent pour leurs produits, et ces facteurs ne font que rendre l’avenir plus incertain pour eux », déplore M. Brenn.
*Excluant les pommes de terre.
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Légende photo 1 : En Ontario la superficie des terres agricoles diminue pendant que leur productivité augmente.
Légende photo 2 : Shawn Brenn souligne que la hausse des prix des fruits et légumes à la ferme reflète celle des intrants pour les agriculteurs.
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- Date de création 26 février, 2025
- Dernière mise à jour 17 mars, 2025