Nouveau cabinet de ministres : les organismes fransaskois entre espoir et vigilance

La reconduction d’un gouvernement libéral minoritaire sous la direction de Mark Carney suscite des réactions mitigées au sein de la gouvernance fransaskoise. Entre satisfaction face à la stabilité politique et préoccupations concernant la mise en œuvre des engagements, la communauté reste sur ses gardes.

Cristian Pereira – IJL-Réseau.Presse – l’Eau vive

Composé de 28 ministres, le nouveau cabinet fédéral, officialisé le 13 mai, respecte la parité hommes-femmes, poursuivant la tradition des gouvernements Trudeau.

Des figures bien connues comme Chrystia Freeland, Mélanie Joly ou François-Philippe Champagne sont toujours présents malgré le remaniement. Quinze ministres font toutefois leur entrée, signe d’un certain renouvellement.

Un ministre de la francophonie chevronné

Côté francophonie, Steven Guilbeault, ancien ministre de l’Environnement puis du Patrimoine canadien, est désormais ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, ainsi que responsable des Langues officielles.

Cette nomination a rassuré les organismes francophones, d’autant que la première mouture du cabinet n’avait pas désigné de ministre pour ce portefeuille.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) s’est dite encouragée par cette décision, y voyant un signe d’écoute et de reconnaissance des enjeux linguistiques.

« Nous sommes prêts à travailler et collaborer avec le nouveau gouvernement », affirme Denis Simard, président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF).

« La continuité de certaines politiques, notamment dans les dossiers d’immigration ou de respect de la Loi sur les langues officielles, est un fait positif pour notre communauté. Nous ne devons pas recommencer à zéro », poursuit-il.

Si cette stabilité politique est perçue comme une occasion de consolider les acquis, les incertitudes économiques amènent toutefois les acteurs communautaires à rester vigilants.

La culture comme enjeu de souveraineté

Anne Brochu Lambert, présidente du Conseil culturel fransaskois (CCF), insiste sur la nécessité de passer des promesses aux actions pour répondre aux besoins spécifiques des communautés francophones minoritaires.

« Même si l’économie a pris les devants durant la campagne, on a senti que la culture avait pris une place plus centrale, qu’elle est intimement liée à la souveraineté canadienne dans son ensemble. »

La porte-parole note aussi que, « dans cette lancée, Marc Carney a fait mention d’un engagement à investir dans le Conseil des arts du Canada, à réinvestir dans l’Office national du film et à appuyer le diffuseur public CBC/Radio-Canada comme une entité nationale ».

Un point de vue partagé par Denis Simard : « Je crois beaucoup dans la diversité linguistique de notre pays. C'est une des grosses choses qui nous distingue des États-Unis. Le Canada a une carte à jouer là-dessus. »

Des défis de taille

Certains dossiers demeurent cruciaux pour les communautés francophones, notamment l’immigration et la modernisation de la Loi sur les langues officielles, amorcée sous Justin Trudeau.

La FCFA réclame que 12 % des nouveaux arrivants hors Québec soient francophones d’ici 2026. Mais ces ambitions pourraient se heurter à une opinion publique frileuse sur les questions migratoires, dans un contexte de hausse des prix du logement et de pression sur le marché du travail.

Denis Simard estime que le succès du gouvernement Carney dépendra de sa capacité à concilier incertitude économique et maintien des programmes sociaux instaurés par les libéraux.

« Ce gouvernement va devoir composer avec deux réalités : la réalité économique, qui va être très difficile à cause de la politique menée par les États-Unis, et en même temps maintenir tous les programmes sociaux auxquels on s’est habitués au cours des dix dernières années avec le Parti libéral. »

L’équilibre budgétaire s’annonce délicat pour le président de l’ACF : « Mon inquiétude, c’est que les francophones risquent de subir les mêmes coupures que tout le monde, car la tarification pourra avoir un impact négatif sur l’équilibre budgétaire. »

Et de conclure : « Nous devrions être protégés par la loi, mais cela pourrait nuire à notre image vis-à-vis de la majorité. »

 

PHOTOS Crédits: Inès Lombardo / Francopresse

Cabinet Carney

Le cabinet Carney compte 28 ministres, contre 38 pour son prédécesseur.

 

Steven Guilbeault

Steven Guilbeault, ministre responsable des Langues officielles

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  • Date de création 24 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 24 mai, 2025
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