«Nous pouvons aussi être des leaders!»

«Nous pouvons aussi être des leaders!»

À l’occasion du mois de l’histoire des Noirs, un débat a eu lieu, jeudi 18 février, au Centre des arts de la Confédération à Charlottetown. Organisée par la Black Cultural Society (BCS), la discussion avait pour thème : L’Histoire en devenir, les premiers et seuls Noir(e)s.

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Propos recueillis par Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Autour de la table, des personnes noires exerçant des responsabilités dans la communauté ont partagé leurs expériences. Leur point commun? Être soit les premières à accéder à de telles responsabilités, soit les seules à y être arrivées. Tim Keizer,  policier à Charlottetown, est par exemple la seule personne noire dans toutes les forces de police à l’Île. «Je ne suis cependant pas le premier», rappelle-t-il, confiant avoir eu de «l’appréhension» à l’idée de venir parler de lui en tant que Noir. 

Pas assez de diversité dans la police

Le policier, qui intervient notamment en milieu scolaire, est conscient de la responsabilité qu’il porte. «Les personnes issues de la diversité sont extrêmement sous-représentées dans la police, constate-t-il. Nous devons travailler plus fort pour que les jeunes Noir(e)s s’impliquent plus dans le système judiciaire.» Et il est conscient que la police n’attire plus autant : «Avant, quand, je demandais dans une classe qui voulait être policier, beaucoup de mains se levaient. Aujourd’hui, il y en a trois peut-être.»

À ses côtés, Dante Bazard est conseiller en politique de recherche à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, mais surtout premier membre de couleur de la Commission des droits de la personne de la province. «Les Insulaires sont tellement aimables, mais quand on aborde la question des changements systémiques, le discours change», explique le fondateur de l’association Bipoc Ushr (Black, Indigenous, and People of Colour United for Strength, Home, Relationships). «Il existe encore des attitudes négatives contre les autochtones, contre les personnes sans domicile. Il faut arrêter d’attaquer les personnes marginalisées, elles ont le droit d’être aimées, comme nous tous», poursuit le jeune homme originaire des Bahamas.

Tim Keizer et Danté Bazard sont certes dans des positions sociales importantes, mais ce sont des hommes, note Daniel Ohaegbu, le modérateur de la discussion. «C’est encourageant d’avoir des hommes noirs à ces postes, apprécie Tamara Steele, la directrice générale de la BCS. Mais il faut plus de femmes noires. Et queer! Nous pouvons aussi être des leaders!» Elle évoque certains modèles, tels que Shamara Baidoobonso, l’épidémiologiste provinciale ou la quatrième panéliste de la soirée, Reequal Smith, propriétaire du studio de danse Oshun, le seul qui appartient à une personne noire à l’Île.

Normaliser la présence des noirs

«Tous les jours, je m’étonne de mon succès, plaisante la jeune femme venue elle aussi des Bahamas. J’essaie de faire de mon mieux, les gens aiment ou n’aiment pas. Pour moi, l’important n’est pas ma couleur, mais mon travail.» Tamara Steele appuie cette vision : «L’objectif est d’être vous-même, pas d’être votre couleur.»

Tous sont d’accord, même si la communauté noire grandit à l’Île, qu’il n’y a pas assez de «changements systémiques» pour lutter contre le racisme. «Et si ce n’est pas nous, quelqu’un d’autre le fera, je pense qu’il y a un appétit pour cela», assure Tim Keizer. Interrogé sur la nécessité de créer des solidarités entre minorités, le policier estime qu’elles existent déjà . «Regardez la marche Black Lives Matter au printemps dernier, on n’avait jamais vu ça, toute une communauté qui a dit “assez!”»

Tamara Steele et les autres panélistes partagent la même vision pour le futur : que le fait d’être heureux en tant que personne noire soit quelque chose de normal. Le changement systémique passe selon eux par l’éducation, en changeant les programmes, en incluant des personnes noires dans les manuels, en normalisant leur présence dans la société. Surtout, ils souhaitent que les professeurs encouragent plus les jeunes issus des minorités à prendre leur place. Comme eux.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Dante Bazard, premier Noir nommé commissaire aux droits de la personne à l’Île, et Tim Keizer, unique policier noir de la province. (Laurent Rigaux)
  2. Reequal Smith est la première personne noire à posséder un studio de danse à l’Île-du-Prince-Édouard.
  3. Daniel Ohaegbu était le modérateur de la discussion, au côté de Tamara Steele, la directrice générale de la Black Cultural Society of PEI.
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  • Date de création 22 février, 2021
  • Dernière mise à jour 22 février, 2021
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