Non aux travailleurs étrangers au N.-B. : le casse-tête de Madeleine Céré

Non aux travailleurs étrangers au N.-B. : le casse-tête de Madeleine Céré

La copropriétaire de l’entreprise Les Petits Fruits de Pré-d’en-Haut, Madeleine Céré, garde toujours l’espoir que le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, reviendra sur sa décision d’interdire l’entrée des travailleurs étrangers. «C’est la seule province canadienne qui interdit leur présence, dit-elle, et je ne sais pas ce que le premier ministre a pensé en prenant cette décision.»

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Claire Lanteigne

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

L’un des arguments du gouvernement pour justifier cette mesure était que les chômeurs et les étudiants et étudiantes du Nouveau-Brunswick allaient les remplacer. Ce à quoi Madeleine Céré répond que les décideurs auraient pu mieux s’informer au lieu de lui mettre des bâtons dans les roues. Les travailleurs étrangers ont été accueillis dans toutes les autres provinces au pays, sous certaines conditions.

Parmi les 40 Jamaïcains que Madeleine Céré devait accueillir cette année, seulement deux étaient arrivés le 9 avril. Selon elle, ces deux Jamaïcains sont préoccupés à savoir si tous les petits fruits seront récoltés, au cas il n’y aurait pas assez d’employés. Ces travailleurs viennent à Pré-d’en-Haut depuis 11 ans et ils se préoccupent du sort de l’entreprise. Ils ont développé des connaissances et des expertises pendant toutes ces années. Ils y sont jusqu’à huit mois par année et ils font vivre leurs familles grâce à cet emploi. La copropriétaire  ne tarit pas d’éloge sur la qualité de leur travail. «Quand ils sont ici, ils sont au travail, dit-elle. Les gens doivent comprendre que nous embauchons aussi des gens d’ici, mais comme nous n’en avons pas assez, il faut avoir recours aux travailleurs étrangers.»

Ce fut un choc pour Madeleine Céré d’apprendre la nouvelle de l’interdiction d’entrée, puisqu’on ne les avait pas avisés. Depuis plusieurs mois, tout avait été planifié avec les gouvernements provincial et fédéral entourant les conditions strictes auxquelles ces travailleurs devaient se soumettre. En plus d’être examinés avant leur départ de leur pays et à l’arrivée au Canada, ils devaient se placer en quarantaine pendant au moins 14 jours. Le manque de main-d’œuvre locale et le recours aux travailleurs étrangers ne date pas d’hier. Ni de l’année dernière. C’est un problème partout dans le monde, aux États-Unis, en Europe. Partout, fait valoir la dirigeante d’entreprise.

Le travail aux Petits fruits de Pré-d’en-Haut est déjà commencé avec le taillage des plants et la sortie de la paille des champs de fraises et de bleuets. «C’est du début juillet à la fin octobre que nous aurons besoin de travailleurs, car les fraises et les bleuets, qu’on le veuille ou non, ils vont pousser», souligne-t-elle. On doit aussi planter les graines, achetées en mars, afin de bénéficier du Programme de stabilisation qui les aide avec certains frais comme les assurances. Pour en bénéficier, il faut planter.

«J’ai reçu des appels pour répondre à nos offres d’emplois, poursuit-elle, mais les gens nous disent que lorsque leurs emplois réguliers reprendront, ils vont y retourner. Et c’est normal.» Elle pourrait embaucher des étudiants pour les semences et le désherbage, mais ils doivent retourner aux études à la fin août. Et il y a aussi les gens sur l’assurance-emploi à qui on demande d’être à la recherche d’un emploi. Quand elle les appelle, ils ne sont plus intéressés. Un nouvel employé devait entrer mercredi matin de la semaine dernière, mais la veille, à 21 h, il a téléphoné pour dire qu’il fallait qu’il apporte son auto au garage et qu’il ne pourrait peut-être pas venir. Elle ne l’a pas rappelé.

Le gouvernement Higgs a laissé entendre qu’il pourrait revoir sa décision. Si jamais cela survenait avant la mi-juin, elle pourrait faire venir les travailleurs jamaïcains pour la récolte des fraises. Elle ajoute qu’avec d’autres fermes du Nouveau-Brunswick, elle poursuit les démarches afin de faire venir leurs travailleurs étrangers. «Nous faisons beaucoup d’appels, conclut-elle, mais il y a du travail à faire dans les champs et on ne peut pas passer tout notre temps à faire pression.»

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Photos :

Madeleine Céré, copropriétaire de l’entreprise Les Petits Fruits de Pré-d’en-Haut.

PHOTO JAMAÏCAINS : Des travailleurs de la Jamaïque viennent y travailler depuis onze ans. (Courtoisie)

 

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  • Date de création 11 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 11 mai, 2020
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