No More Tears ouvre un nouveau local, qui devient rapidement trop petit
L’organisme offre une gamme croissante de services aux sans-abris
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
L’organisme d’aide aux sans-abris No More Tears de Nipissing Ouest (NMT) a finalement tenu l’ouverture officielle de son premier local physique le 18 août, mais il déménage déjà dans des locaux plus spacieux en raison d’une demande croissante de services.
L'organisme, qui aide les sans-abris de Nipissing Ouest depuis février 2023, avait emménagé dans son local au 169, rue Front à Sturgeon Falls en février 2024. Cependant, les membres ont voulu attendre l'été pour célébrer l'ouverture officielle, afin que plus de bénévoles et clients puissent assister. Un peu plus de 100 personnes s’y sont rassemblées pour un barbecue gratuit, et certaines sont même venues avec des dons pour le groupe.
«Tout ce qui était là était donné. No Frills a donné tous les fruits, Don's a donné des hamburgers, Jean Marc's Bakery a donné tous les petits pains, Pop's Cannabis a donné de l'eau, et la Première nation Nipissing a donné tellement de choses que nous en avons utilisé une partie à la soupe populaire la semaine suivante,» raconte Delia Greenlees, trésorière et coordinatrice communautaire de NMT. Mme Greenlees, qui fait partie de l'organisme depuis le début, a pris le temps de parler de la signification de ce nouvel espace et du prochain chapitre pour le groupe. Elle était accompagnée de la secrétaire Amanda Wells et de la coprésidente Kim Keefer.
«C'est encore mieux que ce que nous ne l’espérions. Nous avons pu ralentir nos activités sur le terrain cet été, car tout le monde vient à nous maintenant,» a déclaré Mme Greenlees. En plus de pouvoir mieux atteindre les sans-abris, le groupe peut désormais conserver des aliments de base pour offrir un petit repas; fournir une adresse postale aux personnes qui ne pourraient pas recevoir de courrier autrement; et permettre aux sans-abris de se présenter au tribunal virtuellement si nécessaire. No More Tears a également aidé à remplir 42 déclarations d'impôts cette année, de vanter Mme Greenlees.
Toutefois, elle souligne que le local NMT n'est pas un abri ou un centre de réchauffement, car l’organisme n’a pas l’assurance-responsabilité nécessaire à cela. Les personnes ne sont autorisées à venir que brièvement, en tant que clients, pour obtenir une aide spécifique ou une consultation. «Même si nous aimerions qu'ils restent parce que nous ne voulons pas qu'ils meurent de froid, nous n'avons pas le droit de le faire. C'est une question de responsabilité légale,» explique Mme Greenlees.
Malgré cette limite, le nouvel espace a connu un succès si rapide qu’il est vite devenu insuffisant pour répondre à la forte demande. «Nous avons dépassé la capacité de ce local au bout de trois semaines, mais nous avons persisté à le faire fonctionner. Nous envisageons de déménager dans un avenir très proche,» révèle Mme Greenlees. Le nouveau local sera situé sur la rue Main, dans le centre-ville de Sturgeon Falls. «C'est presque le triple de ce que nous avons actuellement [comme espace]. Il y a deux bureaux privés, un entrepôt et une zone principale, l’espace dont nous avons besoin pour assurer la confidentialité. Nous faisons beaucoup d’inscriptions, et lorsque nous faisons des inscriptions, nous devons mettre tout le monde dehors pour des raisons de confidentialité,» explique-t-elle, ajoutant qu'ils ont aussi besoin d'intimité pour les appels par Zoom au tribunal. Aucune date précise n'a été fixée pour le déménagement, mais le groupe vise le 15 octobre.
En ce qui concerne les finances, Mme Greenlees est heureuse d'annoncer que NMT se porte plutôt bien et que ses bénévoles n'ont plus à payer de leur poche les dépenses du groupe. «Nous avons un merveilleux donateur [anonyme] qui fait un don chaque mois et qui paie notre loyer. Nous ne savons pas combien de temps cela va durer, mais pour l'instant c'est très bien, et (…) notre loyer sera payé pour l'année prochaine,» dit-elle.
Le groupe reçoit également un flux régulier de dons pour sa soupe populaire, avec des entreprises locales qui parrainent des repas. «La Caisse Alliance nous a donné 1 350$ pour organiser un repas par mois en son nom. Pop's Cannabis nous a offert un repas,» explique Mme Keefer, ajoutant que la soupe populaire accueille en moyenne 35 à 40 clients par repas.
NMT a travaillé à renforcer ses liens avec les agences et les prestataires de soins de tout le district. En février, le groupe a envoyé une délégation au Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing (CASSDN), ce qui a permis de partager des informations importantes. «Mark King, président du CASSDN, avait beaucoup de questions sur ce que nous faisions et sur les réalités du terrain ici,» explique Mme Greenlees, ajoutant qu'ils ont pu lui fournir une meilleure perspective sur la situation des sans-abris dans le Nipissing Ouest.
Cette rencontre semble avoir apporté à NMT la légitimité dont il avait besoin pour que d’autres agences l'intègrent à leurs réseaux. «Nous avons été invités à rejoindre le CAB (Community Advisory Board – Conseil consultatif de North Bay), ce qui est énorme, et je pense que c'est notre plus grand pas en avant, car tous les autres services y sont également présents. Une fois que nous avons rencontré tout le monde, ils nous ont pris un peu plus au sérieux (…). Je pense qu'il y a eu une fausse idée selon laquelle nous essayions de combler un vide qui n'existait pas, mais ce n'est pas ce que nous faisons,» précise Mme Greenlees, assurant que NMT n'essaie pas de remplacer ou d'empiéter sur les services, mais plutôt d’être un lien entre la population des sans-abris et les services qui pourraient les aider.
Le combat reste ardu
Malgré tous ces progrès, les bénévoles de NMT mènent toujours un combat difficile. Comme le souligne Mme Greenlees, de nombreux services existent mais ils sont souvent débordés. Le 9 août, les bénévoles de NMT, certains de leurs clients et d'autres membres de la communauté se sont réunis à la baie Minnehaha pour un service commémoratif en l'honneur de Jody Hallett, un client malheureusement décédé d'une surdose, qui, selon Mme Greenlees et ses bénévoles, aurait pu être évitée. «Jody était abstinent depuis environ un an, il s'est également libéré de la méthadone, contre toute attente (…). Malheureusement, il vivait dans un environnement très toxique et ne pouvait pas se loger ailleurs. Il devait quitter l'endroit où il se trouvait, et il était tourmenté. Ce week-end-là, il souffrait tellement qu'il a rechuté, et lorsque vous consommez la même quantité que lorsque vous étiez toxicomane, votre corps ne peut tout simplement pas le supporter. Il a fallu juste une fois, une rechute pour essayer d’engourdir sa souffrance dans le moment, et malheureusement, il en est mort,» déplore Mme Greenlees.
Cette mort a également ébranlé la communauté locale des sans-abris. «Ils l'admiraient, ils étaient très fiers de lui et ils savaient qu'il était abstinent,» décrit-elle, ajoutant que de nombreux clients se sont retrouvés plus isolés à la suite de ce décès. «Cela les a beaucoup ébranlés. Ils ont cessé de venir pendant un certain temps, ils avaient du mal à encaisser. Nous les croisions et ils pleuraient, des hommes adultes pleuraient.»
M. Hallett n'est malheureusement pas seul à avoir chuté. «Avons-nous un problème de rechute? Oui, absolument, mais c'est là qu'ils se trouvent; ils dorment dans la rue, alors pour oublier, ils se droguent,» décrit Mme Greenlees. Bien qu'il existe des programmes de désintoxication et de réadaptation, elle affirme que les listes d'attente empêchent de nombreuses personnes de rester sur le droit chemin, ou même de s'y engager dès le départ. «Il faut appeler tous les jours pendant des semaines pour demander s'il y a une place,» explique-t-elle des programmes de désintoxication. Pour la réadaptation, qui est l’étape suivante et cruciale pour rester sans drogue, NMT fait de son mieux pour trouver un endroit n'importe où en Ontario pour éviter une longue attente après la désintoxication. «Nous allons n'importe où, et nous leur disons simplement de trouver un endroit où il y a une place, peu importe la distance (…). Un homme est allé à Hearst,» raconte-t-elle.
«Nous avons une histoire à succès. Il a suivi une cure de désintoxication, puis un programme de réadaptation, et il est maintenant logé, il a un emploi, il a une petite amie avec des enfants. Il est abstinent depuis six mois, ce qui est extraordinaire et nous sommes très fiers de lui,» déclare Mme Greenlees, ajoutant que cet homme a eu la chance d'être admis en réadaptation immédiatement après sa désintoxication. Malheureusement, il est extrêmement rare que des services de suivi soient disponibles immédiatement. «C'est le suivi qui compte. Lorsqu'ils sortent, ils n'ont pas de suivi pour les aider à maintenir leur abstinence, ce qui est très difficile pour eux s'ils vivent dans une tente,» déclare Mme Keefer, expliquant la fréquence des rechutes.
Une autre partie du problème est le simple manque de logements, surtout de logements à loyer abordable. Bien que NMT ait aidé à mettre les gens en contact avec le programme de prévention du sans-abrisme du CASSDN, qui fournit jusqu'à 500$ par mois en supplément de loyer, il est toujours difficile de trouver une place à louer, et encore plus un propriétaire qui accepte de louer à une personne sans-abri. Or, les bénévoles de NMT soutiennent que le logement est une première étape cruciale pour qu'une personne puisse s'engager sur la voie de l'indépendance. «Vous ne pouvez pas obtenir un bon emploi si vous n'avez pas d'endroit pour vous laver, vous raser et être présentable,» affirme Mme Keefer, ajoutant que beaucoup de leurs clients sont prêts à travailler. Elle comprend qu'un employeur à la recherche de personnel fiable ne veuille pas embaucher quelqu'un dans la rue, et c'est pourquoi le logement est la première pierre de l'édifice pour vivre de manière indépendante et subvenir à ses besoins.
Maintenant, le temps froid se profile à l'horizon, une période dangereuse, voire mortelle pour les sans-abris. «En ce moment, 22 d'entre eux sont dans des tentes. Nous leur parlons tous les jours et leur demandons ce qu'ils vont faire pour l'hiver, et ils vont probablement faire du «couch surf». Ensuite, nous avons 7 personnes dans des caravanes, 17 qui surfent déjà de canapé en canapé et 8 qui sont maintenant logés,» résume Mme Greenlees. L'hiver dernier, le groupe avait recensé environ 46 clients, donc la liste s'est allongée. Pour chaque personne que le groupe finit par loger, deux autres se pointent, dit-elle. C'est un combat qui ne s'arrête jamais.
No More Tears espère que le CASSDN financera à nouveau des chambres d'hôtel pour l'hiver, comme ce fut le cas l'année dernière au Paradis Motel à Sturgeon Falls. Cependant, le propriétaire du motel est décédé et personne n'a encore acheté l'établissement. Il faut donc trouver un autre motel pour donner son accord. «L'une de nos suggestions, c’était que cet endroit serait parfait pour un refuge,» dit Mme Greenlees à propos du Paradis Motel, mais il incomberait au CASSDN d’entreprendre une telle initiative, car NMT n'a pas le budget nécessaire.
En ce qui concerne le budget, NMT espère recevoir bientôt de bonnes nouvelles à ce sujet. Selon Mme Keefer, l'organisme a demandé le statut d'organisme sans but lucratif le 9 avril. «Beaucoup de gens nous ont dit qu'ils aimeraient faire des dons, mais qu'ils avaient besoin de reçus, ce que nous ne pouvons pas fournir pour l'instant,» explique Mme Greenlees. Le statut d'organisme de bienfaisance ouvre également la voie à d'éventuelles subventions fédérales et provinciales. «Nous avons hâte à l'année prochaine, car nous allons faire de grandes choses,» promet Mme Greenlees, encouragée par leur statut imminent et leur nouvel espace.
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Photos :
Les bénévoles de No More Tears ont organisé un barbecue pour l'inauguration de leur centre d’aide aux sans-abris, situé au 169, rue Front à Sturgeon Falls. Une centaine de membres de la communauté et de clients de l'organisme ont assisté. Le groupe s’installera dans un autre local plus spacieux en octobre.
De g. à d., Amanda Wells, Kim Keefer et Deila Greenlees du groupe d’aide aux sans-abris No More Tears, avec l’enseigne du groupe affichée dans leur nouveau local, qui sera ouvert à la mi-octobre. Le local est plus spacieux que le premier, aussi ouvert récemment.
Crédit photos : Christian Gammon-Roy
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- Date de création 11 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 11 octobre, 2024