Mission familiale: restauration d’un cimetière français

La famille Chaytor restaure un cimetière français vieux de 200 ans à North-East Crouse au bénéfice de leur gîte et du patrimoine local.

Jessica Tucker
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

Lorsque vous conduisez le long de la Grande péninsule du Nord de l’île de Terre-Neuve vous repérez des noms de villages côtiers avec des origines françaises: St. Lunaire-Griquet, Petit et Grand Bréhat, Grandoise. Parmi eux, vous trouverez le village de Crouse. Prononcée comme le mot «house» en anglais, elle était auparavant connue sous le nom de «Cap Rouge», à l’époque où les pêcheurs de morue venus de l’Hexagone fréquentaient l’ancienne côte française de Terre-Neuve-et-Labrador. C'est ici que l'été dernier un couple local, membres de la Société Historique du French Shore, a restauré un cimetière français datant du 18e siècle.

Ayant accepté une entrevue avec Le Gaboteur en plein milieu de son congé avec ses petits-enfants, Angela Chaytor et son mari Gerard sont à la tête du projet de restauration du cimetière français de North-East Crouse.

Gerard est originaire de ce coin de l’île, aujourd’hui abandonné. Sa population a été réinstallée en 1972, une réalité partagée avec plusieurs autres villages côtiers du vieux Rocher, tous ciblés au Programme de Réinstallation des années 1960 et 70. La famille de Gerard pêchait à North-East Crouse pendant des générations avant la réinstallation, explique Angela. Comme de nombreuses familles qui sont toujours enracinées dans ces régions aujourd'hui réinstallées, pour sa famille, «il y avait toujours le désir d’y retourner.»

Le couple y a donc récemment aménagé un Airbnb, et des touristes d’un peu partout viennent maintenant profiter d’un séjour en isolation. L’idée de restaurer le petit cimetière français là-bas est née du désir de fournir à leurs clients une expérience incontournable. Pour achever un tel projet, ils ont embauché deux femmes de la région—Mary Flynn et Nellie Kearney—grâce à des fonds du gouvernement provincial. Une équipe de bénévoles les a également soutenus. Un travail «dont on peut être très fier»

Le cimetière compte huit tombes de pêcheurs français qui, selon plusieurs histoires de bouche à oreille, se sont noyés suite à l’écoulement de leur navire de pêche. Certains jours très clairs vous pouvez encore capter les canons du navire au fond de la baie, dit-on. Pour se souvenir de ces vies, le projet de rénovation a débuté fin juin dernier et a duré presque 12 semaines. Cette durée n’englobe pas uniquement les travaux sur site. Y compris dans ces 12 semaines est la commande des croix spéciales pour remplacer les anciennes âgées de plus de 200 ans, ainsi que l’aménagement d’un chemin piéton pour déplacer les matériaux de construction. Selon Angela, le plus grand obstacle du projet était ce déplacement.

La péninsule, et le cimetière également, ne sont accessibles qu'en bateau. «Comment l’ont-ils fait [il y a 200 ans]?» se demande-t-elle. Au final, son équipe a acheté un VTT pour faciliter la tâche.

Il y a une cinquantaine d'années, un groupe de résidents ont tenté de restaurer le cimetière, d’identifier ces marins perdus, mais aujourd’hui il ne reste aucune trace de leurs efforts. Les noms de ces pêcheurs français sont donc perdus dans le temps. Or, les efforts locaux continuent pour en souvenir.

Si Angela, Gerard et leur équipe ont défriché les terres du cimetière et ont installé de nouvelles croix coulées dans du ciment, la dernière étape est l’installation d’une pancarte racontant l’histoire du cimetière. Angela a déjà pris contact avec Bibliothèque et Archives Canada à Ottawa afin de la réaliser.

Ce projet de restauration n’est certainement pas le seul qui sera entrepris par les Chaytor. Ils souhaitent aussi un jour restaurer l’ancienne école de North-East Crouse. L’obstacle principal qui se présente actuellement est le financement. Hormis les salaires des employées, Mary et Nellie, le couple a financé le projet du cimetière et son budget de 20 000$ avec leur propre argent. «On verra ce qui est faisable l’été prochain», explique Angela Chaytor, qui compte obtenir plus de financement gouvernemental pour les projets à venir.

Ce qui a plus chauffé le cœur d’Angela Chaytor était la réaction positive d’autres personnes. «C’est [un travail] dont on peut être très fier», dit celle qui veut maintenant qu’encore plus de personnes viennent visiter la péninsule.

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Photo: ne crouse avant

Photo: Courtoisie de Joan Simmonds

Caption: Avant: Les croix du cimetière ont été fabriquées de bois qu’on croit importé de la France, elles ne sont pas faites de bois d’origine terre-neuvienne. Leur état était étonnant en considérant leur âge, elles n’étaient pourries qu’à leurs bases plongées dans la terre.

Photo: ne crosue apres

Photo: Courtoisie de Joan Simmonds

Caption: Après: Une commande spéciale a été passée pour les nouvelles croix du cimetière, dû aux courbes qui décorent leurs bases.

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  • Date de création 5 novembre, 2024
  • Dernière mise à jour 6 novembre, 2024
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