Microplastiques, les dangers d’une pollution invisible à l’étude

Alors que des millions de tonnes de plastiques s’échouent chaque année dans les eaux du globe, des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), dans l’est du Québec, réaliseront jusqu’en 2025 une recherche sur les effets des microplastiques sur le pétoncle géant.

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Marine Ernoult
IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

Les fonds marins de la planète sont jonchés de microplastiques.  Selon une étude australienne, parue en octobre 2020, il y en aurait 14 millions de tonnes qui reposeraient ainsi au fond de l’eau.  «Ils se mélangent à la matière organique en suspension et s’enfoncent vers les profondeurs», explique Youssouf Soubaneh, professeur au département de biologie, chimie et géographie de l’Université du Québec à Rimouski.

D’où viennent-ils? Il faut retourner à la source et se rendre compte des chiffres en hausse constante, qui donnent le tournis.  Dans le monde, 300 millions de tonnes de plastique ont été produites en 2016.  Deux ans plus tard, la production est passée à 359 millions de tonnes.  Et, au rythme actuel, cela devrait encore doubler d’ici à 2050.

L’immense majorité de ces plastiques deviennent des déchets au bout d’une année, et finissent entre autres dans le milieu aquatique.  Chaque minute, on estime que l’équivalent d’un camion-poubelle rempli de déchets plastiques se déverse dans les océans.  Une fois dans l’eau, sous l’effet des vagues, du rayonnement solaire ou encore de la température, le plastique se dégrade et se décompose en petits morceaux pour finir en microplastiques, avec une taille inférieure à 5 millimètres.

Potentiel impact sur la santé humaine

Pour mieux comprendre l’impact de ces microplastiques sur l’écosystème du Saint-Laurent, huit scientifiques de l’UQAR viennent de lancer une étude de quatre ans sur le pétoncle géant.  L’équipe a choisi cette espèce pour son importance économique au Canada.  En 2012, la pêche du pétoncle a en effet rapporté 113 millions de dollars.  Sur des périodes de six mois, les chercheurs vont suivre l’accumulation des microplastiques dans le mollusque, et étudier les effets de cette exposition.

«On s’intéresse à des particules dont les tailles varient de 10 nanomètres à 2 micromètres, c’est dix millions de fois plus petites qu’une balle de tennis, révèle Youssouf Soubaneh, qui dirige l’étude.  Plus c’est petit, plus c’est capable de passer dans les cellules et de s’accumuler, et donc d’avoir un impact sur la chaîne alimentaire.» Afin de détecter les microplastiques, les scientifiques vont utiliser une technique inédite de radiographie.  «C’est comme une radio des poumons, mais en moins dangereux, ça nous permettra de voir la distribution du plastique dans les différentes parties de l’organisme», partage le spécialiste de la chimie des milieux aquatiques.

Plusieurs spécificités du pétoncle géant intéressent les chercheurs de l’UQAR.  «Cette espèce filtre l’eau pour se nourrir, elle pourrait donc retenir et accumuler davantage de microplastiques de taille très faibles, avance Youssouf Soubaneh.  Mais, dans le même temps, sa capacité d’épuration importante pourrait lui permettre de s’en débarrasser.» L’étude aidera à y voir plus clair.  En fonction des résultats, il pourrait y avoir «un enjeu de santé humaine» selon l’enseignant, avec de potentiels effets toxicologiques.

Seulement 9 % des plastiques recyclés au Canada

Comment casser cette vague de pollution qui submerge nos eaux et menace la santé humaine? Selon une étude parue dans la revue Science en juillet 2020, les quantités de plastique rejetées chaque année dans l’environnement pourraient être réduites de près de 80 % d’ici 2040.  Pour cela, il faudrait améliorer la collecte et le recyclage, mais aussi réduire l’utilisation des plastiques.

«L’ensemble de ces stratégies peuvent freiner la pollution, mais économiquement, je ne suis pas sûr qu’on puisse faire machine arrière en termes de production, le plastique est devenu trop essentiel dans plein de secteurs», tempère Youssouf Soubaneh.  Et d’ajouter : «Les consommateurs doivent également être prêts à se passer des emballages alimentaires quand ils font leur épicerie».

Au Canada, seuls 9 % des trois millions de tonnes de plastique jetées chaque année partent dans une filière de retraitement.  «On n’a pas assez d’usines de recyclage», regrette Youssouf Soubaneh, pour qui il faut également miser sur les plastiques biodégradables.  L’autre enjeu, aux yeux de l’expert, c’est les additifs ajoutés dans pratiquement tous les plastiques pour les rendre plus résistants.  «Ce sont des contaminants émergents dont on ne connaît pas encore l’impact sur environnement», prévient-il.

 

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Youssouf Soubaneh, professeur au département de biologie, chimie et géographie de l’UQAR, mène une recherche avec sept autres scientifiques sur les effets des microplastiques sur le pétoncle géant.  (Photo : Gracieuseté)

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  • Date de création 20 avril, 2021
  • Dernière mise à jour 20 avril, 2021
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