Malgré une baisse nationale, les vols de véhicules demeurent élevés à Ottawa-Gatineau
Les voleurs de véhicules au Canada commencent enfin à ralentir la cadence, mais ils demeurent toujours actifs des deux côtés de la rivière des Outaouais, comme en témoignent les plus récentes statistiques policières.
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Émilie Gougeon-Pelletier
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
Le Canada est perçu comme un cancre en matière de vol d’automobiles à travers le monde depuis quelques années.
Même Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, a classé le Canada parmi les 10 pires pays en matière de vols de voitures.
Lorsque Jacques Lamontage revient à la maison, il stationne dans son entrée sa belle camionnette convoitée par les voleurs de véhicules d’abord, et sa voiture moins luxueuse ensuite. «Si quelqu’un veut voler ma camionnette, il faudra d’abord passer par le premier véhicule», raisonne-t-il.
Les vols de voitures, Jacques Lamontagne en sait quelque chose; il est le directeur des enquêtes du Québec et des Maritimes chez Équité Association, un organisme national qui lutte contre le crime d’assurances et les vols de véhicules.
Un nouveau rapport publié par l’organisme montre une baisse nationale de 17 % des vols de voitures au cours des six premiers mois de 2024, par rapport à la même période, l’an dernier.
Région de la capitale fédérale
L’Ontario (-14%) et le Québec (-36%) ont connu les plus importantes diminutions au pays, selon Équité.
N’empêche, les vols de véhicules rapportés par les services policiers à Gatineau et à Ottawa demeurent élevés.
Jacques Lamontagne affirme que Gatineau a observé une «légère hausse» du nombre de vols d’automobiles au cours de la dernière année.
Depuis le 1er janvier, le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) rapporte 189 plaintes pour vol de véhicule. Pour l’ensemble de l’année dernière, 396 véhicules ont été rapportés volés à Gatineau.
La tendance pour ce méfait est à la hausse depuis 2020, selon les données du SPVG.
Les vols sont surtout commis devant les résidences et moins dans les stationnements d’immeubles commerciaux, comme les centres d’achat.
«On observe ça beaucoup dans les entrées privées puisque les voleurs font du repérage avant. Quand c’est dans un stationnement public, le véhicule pourrait ne plus être là quand ils décident d’aller le chercher. En faisant du repérage dans les quartiers, ils sont en mesure de cibler des véhicules et de venir programmer les clés et quitter avec eux», explique l’agente Andrée East, porte-parole au SPVG.
Les véhicules les plus prisés auprès des cambrioleurs sont les véhicules de luxe récents avec des systèmes de démarrage à bouton-poussoir.
«Ce sont beaucoup des véhicules utilitaires sport. On parle du Toyota Highlander, du Jeep Wrangler, du Honda CRV. Ils font partie des modèles les plus prisés», a précisé l’agente East.
Du côté d’Ottawa, la police rapporte jusqu’à présent cette année 830 vols de véhicules, une baisse sur 2023 alors que 1020 véhicules avaient été signalés volés à la police à pareille date.
Ceci dit, le Service de police d’Ottawa (SPO) éprouve actuellement des difficultés face à la présentation de ce type de données.
L’an dernier, la police ottavienne rapportait environ 500 vols de voitures entre janvier et juillet, mais l’on apprend désormais que ce nombre ne représentait que les incidents liés au crime organisé.
Le nombre maintenant rapporté est plutôt 1020, et il comprend aussi les vols de véhicules lourds et les vols d’opportunité, notamment.
Le SPO a fait savoir au Droit que son équipe informatique œuvre actuellement à régler le problème.
Explication?
Il existe peut-être une explication permettant de comprendre pourquoi des villes comme Ottawa et Gatineau continuent d’observer des nombres élevés de vols de véhicules.
«Les efforts mis dernièrement par les [autorités] ont fait en sorte que les grands centres comme le Grand Toronto et Montréal ont vu des baisses assez phénoménales de vols de véhicules, ce qui a peut-être amené des réseaux criminels à disperser leurs opérations et à s’attaquer à de plus petites villes pour maintenir le niveau de véhicules volés», souligne Jacques Lamontagne.
La capitale fédérale «se trouve en lien direct avec les grands axes routiers qui mènent au centre-ville de Montréal ou au port de Montréal, donc ça pourrait aussi être une explication», ajoute-t-il.
L'autoroute 417, entre autres, connecte Ottawa à Montréal. (Martin Roy/Archives Le Droit)
Amélioration
Les assureurs automobiles ont déboursé 1,5 milliard de dollars en réclamations pour les vols de voitures en 2023, selon le Bureau d’assurance du Canada.
Cela représente une hausse de 254 % depuis 2018.
En Ontario seulement, les coûts des réclamations pour vols de voitures ont augmenté de 524 % entre 2018 et 2023, dépassant le milliard de dollars pour la première fois, l’an dernier.
Or, les tendances prometteuses au niveau national sont attribuées aux efforts de collaboration entre les gouvernements fédéral et provinciaux, les services policiers, l’Agence des services frontatiliers du Canada et le secteur des assurances.
Le 8 février dernier, le gouvernement fédéral a organisé un Sommet national sur la lutte contre le vol de véhicules, réunissant plus de 700 participants qui se sont engagés à travailler ensemble pour enrayer ce fléau.
Sanctions criminelles renforcées, échange de renseignements entre les agences, campagnes de sensibilisation… De multiples mesures ont depuis été mises en place.
«On félicite les partenaires pour les efforts incroyables, mais il ne faut pas relâcher la pression. On sent qu’on est sur la bonne voie, par contre il ne faut surtout pas que le crime organisé reprenne le terrain perdu si on relâche la pression», insiste le directeur des enquêtes chez Équité.
Au tour des constructeurs de faire leur part
Les intervenants estiment que c’est maintenant au tour des manufacturiers de faire leur part.
Ottawa a l’intention de légiférer pour forcer les constructeurs automobiles à installer des dispositifs antivol ou des mesures de sécurité à même les véhicules.
«On sait que les constructeurs automobiles ont déposé plusieurs brevets concernant ces dispositifs. Il suffit donc qu’ils les installent sur les véhicules pour qu’on commence à voir une baisse encore plus significative», affirme Jacques Lamontagne.
Celui-ci encourage les automobilistes à adopter des habitudes et des mesures pour se protéger contre les criminels.
Il conseille notamment la barre de volant, la boîte Faraday, qui permet de bloquer le signal des clés, et «et tout ce qu’il est possible d’installer pour se protéger».
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- L'autoroute 417, entre autres, connecte Ottawa à Montréal. (Martin Roy/Archives Le Droit)
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- Date de création 25 juillet, 2024
- Dernière mise à jour 25 juillet, 2024