L’inuktut, mais pas juste à la maison

L’inuktut, mais pas juste à la maison

Dans une mesure encourageante annoncée en mars 2021, le gouvernement du Canada, le gouvernement du Nunavut et la Nunavut Tunngavik Incorporated ont convenu d’un partenariat pour renforcer l’enseignement des langues inuites.
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Charlotte Poulin-McMillan
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

L’entente, qui a été signée le 8 mars 2021, vise à soutenir et à renforcer l’inuktut et l’enseignement de l’inuktut partout au Nunavut. Le gouvernement fédéral promet d’investir 42 millions de dollars sur cinq ans dans le cadre de cette entente.

« Cette entente va nous permettre de travailler davantage en collaboration sur des objectifs linguistiques communs. L’une des premières initiatives de cette entente est de former les enseignants, car nous avons besoin de plus d’enseignants inuits dans nos écoles », explique Aluki Kotierk, la présidente de la Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI).

Pour ce faire, le gouvernement du Nunavut compte élargir l’offre de formations pour les éducateurs inuits qui suivent le Programme de formation des enseignements du Nunavut, offert par le Collège de l’Arctique, dans l’ensemble du territoire à partir de 2021-2022.

Une source d’espoir pour la communauté inuite

En novembre 2020, l’Assemblée législative du Nunavut a adopté le projet de loi 25, qui repousse à 2039 l’implantation du programme d’éducation bilingue où les jeunes recevront un enseignement en inuktut de la 4e à la 12e année.

« J’ai été très déçue d’apprendre que le projet de loi 25 avait été adopté. Au sein de la NTI, nous étions très contrariés de cette décision parce que nous savons que la langue et la culture sont le fondement de notre identité », déclare Aluki Kotierk.

Dans l’état actuel des choses, les enfants du Nunavut reçoivent leur enseignement en inuktitut de la maternelle à la 4e année. Le gouvernement du Nunavut s’était engagé, dans la Loi sur l’éducation de 2008, à mettre en place un système d’éducation bilingue où l’inuktut serait enseigné comme langue première de la maternelle à la 12e année dès 2019. Cet engagement devait se réaliser en deux phases :

  • Enseignement bilingue de la maternelle à la 3eannée d’ici l’année scolaire 2009-2010.
  • Enseignement bilingue de la 3e à la 12eannée d’ici l’année scolaire 2019-2020.

Le gouvernement territorial n’a toutefois pas réussi à atteindre cet objectif puisqu’il n’y a pas assez d’enseignants formés en langue inuite pour assurer la mise en place d’un programme d’éducation bilingue au Nunavut.

Ne pas se sentir chez soi dans son propre pays

Bien que l’inuktut soit la deuxième famille linguistique autochtone en importance au Canada ainsi que la langue publique majoritairement utilisée au Nunavut, les Inuits du Nunavut ne sont présentement pas en mesure de recevoir les services publics essentiels dans leur langue maternelle sur une base quotidienne.

Aluki Kotierk fait valoir qu’il est essentiel d’avoir des services dans le domaine de la santé, de la justice et de l’éducation en inuktut. « Sans ces services dans notre langue, nous ne nous sentons pas chez nous dans notre propre pays », affirme-t-elle.

Louise Flaherty, co-fondatrice de la maison d’édition Inhabit Media, se souvient de l’adoption du projet de loi 25 : « Il y a eu une forte réaction de la communauté affirmant que le Nunavut ne s’acquitte pas de ses obligations en matière linguistique », rapporte-t-elle.

D’après elle, il y a plusieurs moyens de valoriser la culture et la langue inuites. Avec la maison d’édition Inhabit Media, elle a établi une collaboration avec des aînés pour publier des témoignages et des histoires authentiques qui étaient autrefois transmises oralement. « Ces aînés sont conscients de la nécessité de publier leurs histoires pour promouvoir, ainsi que protéger la culture et la langue », explique-t-elle.

L’omniprésence de l’anglais

Selon Mme Flaherty, le plus grand obstacle pour la préservation de l’inuktut, c’est l’omniprésence des médias anglais sur le territoire. « Pour que nos enfants puissent continuer à utiliser la langue inuite à la maison, la majorité des médias devrait être en inuktut (télévision ou radio), déclare-t-elle. De plus, beaucoup de jeux vidéo auxquels jouent les enfants sont en anglais. »

Richard Compton, professeur au département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), abonde dans le même sens. Il fait valoir qu’il serait important d’avoir un écosystème d’apprentissage où l’inuktut est parlé à la maison, à l’école et aussi au travail.

Selon M. Compton, il y a un lien fort entre la maîtrise de la langue et l’école. « Pouvoir recevoir un enseignement majoritairement en inuktut jusqu’au secondaire encouragerait les jeunes à parler leur langue », rapporte le professeur. « En ce moment, des enfants commencent l’école en parlant inuktut dans plusieurs communautés, mais s’ils commencent à entendre les autres enfants dans la cour d’école parler en anglais, leur choix de langue sera influencé en grande partie par leurs pairs. L’idéal serait qu’ils parlent et entendent leur langue maternelle non seulement à la maison, mais aussi partout dans la communauté ».

Selon lui, il importe aussi de promouvoir et protéger la langue inuite afin que les jeunes puissent envisager un avenir où ils peuvent travailler en inuktut.

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Photo 1
Crédit : Nunavut Tunngavik Incorporated
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« C’est une excellente nouvelle pour les étudiants inuits », déclare Aluki Kotierk, la présidente de la Nunavut Tunngavik Incorporated, au sujet de la nouvelle entente pour renforcer l’utilisation de l’inuktut dans le milieu de l’enseignement du Nunavut.

Photo 2
Crédit : Alan Sim
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L’Assemblée législative du Nunavut a adopté le projet de loi 25 en novembre 2020.

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 22 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 26 mars, 2021
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