L’Université Memorial pèse sur l'élection américaine
Le département des sciences politiques à l'Université Memorial a organisé un panel pour discuter de la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. S’il y a environ 3000 km qui séparent Washington, DC du vieux Rocher, les panélistes s’inquiètent surtout de l'impact de la nouvelle administration américaine sur son voisin au nord.
John Babb
IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur - ATL
Vendredi 8 novembre dernier, le département des sciences politiques de l’Université Memorial (MUN) a présenté un panel de discussion concernant l’élection récente aux États-Unis. Dans une salle de classe dans le bâtiment des sciences sur le campus de St. John’s, des professeurs, étudiants et autres membres de la population universitaire se sont rassemblés pour partager leurs observations sur les campagnes électorales de Kamala Harris et Donald Trump, pour discuter des implications que la victoire de ce dernier le 5 novembre peuvent déclencher là-bas et ici, ainsi que la fabrique des politiques internationales.
L'effet d'entraînement du sud au nord
Journaliste et directrice de programme pour CHMR-FM, Rhea Rollmann, a exprimé ses inquiétudes pour la démocratie états-unienne et, par conséquent, l’état de la démocratie autour du monde. «Je pense que c’est apocalyptique pour les États-Unis, pour le Canada, pour la démocratie, pour le monde. Je pense que ce n’est rien de moins que le glas de la démocratie américaine, ce qui était toujours une institution imparfaite, mais qui persistait comme une institution d’aspirations. Vous savez, le fait que les États-Unis ont aspiré - bien que c'était toujours des paroles en l'air - à la démocratie et à l'État de droit, cela a joué un rôle de médiation très important, je pense, en politiques mondiales.»
Comme le voisin au sud du Canada avec des pouvoirs culturels et économiques extensifs, les développements politiques aux États-Unis provoquent souvent des inquiétudes parmi les Canadiens pour les effets d'entraînement au nord de la frontière. «Je pense que les plus grandes similarités que nous voyons au Canada versus les États-Unis ne sont pas à propos des acteurs individuels, c’est plus à propos des modèles, n’est-ce pas?» suggère Amanda Bittner, professeure bilingue en études de genre et en sciences politiques. «Les modèles que nous voyons où la désinformation est une grande caractéristique de comment on fait des choses, beaucoup de boucs émissaires, beaucoup de doigts pointés au personnes [...], beaucoup d’exploitation de la peur, la peur économique... je veux dire, les choses qui se passent localement, et nationalement, où on blâme des immigrants pour les pénuries de logement, au lieu du fait que des gouvernements sont sortis des réglementations pour le logement au fil des décennies... nous faisons les mêmes types de choses, n’est-ce pas? C’est problématique pour la démocratie, mais aussi pour notre sécurité personnelle et pour le développement communautaire.»
Comme chercheur en élections canadiennes et états-uniennes, Scott Matthews évoque les données relatives à l’élection qui ont été disponibles au moment du panel. «C’est très difficile de savoir, aujourd’hui, pourquoi l’élection s’est déroulée de cette manière. Et ce n’est pas juste parce que, généralement, c’est difficile de savoir des choses à propos du comportement humain, ce qui est vrai, mais c’est spécifiquement parce que nous n’avons pas les données dont nous avons besoin. Beaucoup de ce qu’on entend maintenant est basé sur les sondages des votants, les sondages auxquels les analystes n’ont pas accès en fait...»
«Alors, c’est difficile de ne dire rien de très convaincant à propos de, vous savez, quelle proportion des personnes ont pensé X, la taille de l’écart entre les groupes sociaux différents. Je ne dis pas que les sondages des votants sont inutiles, mais ils sont un prisme très obscur...»
Les ressources de Terre-Neuve-et-Labrador
Par entrevue téléphonique, Russell Williams, professeur en économie politique internationale, a mis l’accent sur ses inquiétudes pour l’économie de Terre-Neuve-et-Labrador en particulier face aux tarifs proposés par Donald Trump. «Comme une partie plus petite de l’économie canadienne, Terre-Neuve-et-Labrador est énormément dépendante sur l’exportation des ressources naturelles aux autres endroits dans le monde et l’importation des biens de consommation et denrées dont nous avons besoin sur une base quotidienne. Les tarifs qui compromettent ces exportations et les tarifs qui résultent de la chute de l’économie canadienne, avec la valeur du dollar canadien, rendront la vie significativement pire pour presque tout le monde dans cette province.»
Les ressources naturelles intéressaient également Sean Gray, spécialiste en théorie démocratique et l’administration publique qui a également partagé ses pensées sur les implications sur l’économie d’ici. «Je pense qu’une chose que nous devons discuter est le secteur d'énergie. Une chose que Trump a dit qu’il va faire, c’est de drill baby, drill, et si c’est le cas, cela va entraîner un surplus de pétrole et baisser les prix de pétrole. Quand les prix de pétrole baissent au-dessous d'un certain niveau, cela rend les champs pétrolifères au large à Terre-Neuve-et-Labrador moins économiquement viables. Je pense que c’est un élan ou une raison pour nous de vouloir diversifier notre économie hors de l’économie turbulente des ressources naturelles qui conduit Terre-Neuve-et-Labrador.»
Malgré une réception sombre de l’élection au sud, quelques panélistes ont essayé d'offrir des raisons pour l’espoir. «Vous savez, notre travail en défendant les droits et la démocratie, et surtout, le peuple, je pense qu’il est plus important maintenant que jamais,» affirme Rhea Rollmann lors de la discussion tenue à MUN. «Alors ce n’est pas l’heure de nous leurrer par les narratives optimistes [...], mais également on ne peut pas être paralysé à l'inaction à cause de la peur et le désespoir, ce qui est l’autre résultat possible.»
-30-
Photo: MemorialUniversity wikimedia
Photo: Wikimedia Commons
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 3 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 3 décembre, 2024