L’Université de Moncton forcée de ralentir sa croissance
En septembre 2021, l’Université de Moncton, campus d’Edmundston, comptait 320 inscriptions. Ce portrait a fort changé en deux ans alors que l’UMCE est en voie d’en accueillir environ 700 cet automne.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Selon les données fournies par le campus d’Edmundston en date du 6 septembre, il y a 683 étudiants inscrits, comparativement à 457 en 2022. Selon le vice-recteur de l’UMCE, Sébastien Deschênes, il s’agit du plus important total d’inscriptions des 30 dernières années.
Ce nombre est d’ailleurs voué à changer puisque les chiffres ne seront officiels que le 15 septembre. Cela fait en sorte que le campus d’Edmundston pourrait enregistrer le record absolu d’inscriptions s’il y a des augmentations d’ici là.
Comme ce fut le cas l’an dernier, l’arrivée massive d’étudiants internationaux explique que le nombre d’inscriptions a plus que doublé en deux ans. Alors qu’il n’y en avait que 46 lors de la rentrée universitaire de 2021 et 228 lors de celle de 2022, on en compte actuellement 417.
Le nombre d’étudiants canadien, qui avait connu une diminution en 2022 (229), a grimpé à 263 en 2023.
Notons que près d’une centaine d’étudiants suivent des cours à distance.
Dans les trois campus de l’Université de Moncton, on compte présentement 5150 inscriptions, ce qui représente une augmentation de 4,2% par rapport à la même période l’an dernier.
Le campus d’Edmundston est celui qui a connu l’augmentation la plus fulgurante d’étudiants par rapport à 2022. Selon le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme, on parle d’un taux d’augmentation de près de 45%. À titre de comparaison, le campus de Shippagan (515 étudiants) a connu une légère diminution de 2,7%, alors que le campus de Moncton (3966 étudiants) a connu une augmentation d’environ 4,3%.
On note tout de même des augmentations des nouvelles inscriptions, soit les étudiants qui entreprennent leurs études à l’Université de Moncton. Le recrutement d’étudiants internationaux demeure en croissance dans les trois campus.
La doyenne des études de l’UMCE, Sylvie Morin, note aussi une augmentation du nombre d’admissions à Edmundston. Cette année, le campus a traité 1600 demandes d’admission pour la session d’automne, comparativement à 700 l’an dernier.
Dans l’ensemble des trois campus universitaires, Denis Prud’homme estime qu’il y a un intérêt grandissant, du côté international bien sûr, mais aussi au Canada, notamment en provenance de l’Ontario.
Comme il ne s’agit que de demandes, toutes les admissions ne se traduisent pas en inscriptions, ont fait remarquer Mme Morin et M. Prud’homme. Cela donne cependant une bonne idée de l’intérêt des étudiants envers l’Université de Moncton, autant du côté des étudiants internationaux que canadiens.
Pour un campus comme celui d’Edmundston, Sébastien Deschênes croit que ces statistiques offrent un bon portrait de la croissance qu’a connu celui-ci en peu de temps.
Même si ce phénomène est présent dans plusieurs établissements d’éducation au Nouveau-Brunswick, M. Deschênes juge qu’un certain accent a été mis sur le recrutement à l’international, avec l’embauche d’un nouveau recruteur, des partenariats avec d’autres recruteurs et le lancement d’un programme d’ambassadeurs qui encourage les étudiants à recruter d’autres étudiants.
Alors que les programmes en administration sont très populaires, notamment auprès des étudiants internationaux, d’autres programmes, comme celui des sciences infirmières a connu une croissance, si bien qu’il est devenu contingenté.
«Près de la moitié de nos étudiants sont en administration, mais je dirais que cette année, on remarque que l’on a des étudiants dans une diversité de programmes, surtout en raison du programme des ambassadeurs», a mentionné Sébastien Deschênes.
Un changement de dynamique
L’équipe de direction de l’UMCE avoue que l’arrivée massive d’étudiants apporte certains changements du côté des activités du campus.
Le vice-recteur a indiqué que des ressources ont été ajoutées autant du côté de la vie étudiante que du traitement des affaires académiques. Les professeurs ont des groupes plus importants que par le passé. Le besoin en chargés de cours a aussi augmenté.
«Jusqu’à maintenant, on est en mesure de combler les postes que l’on a ouverts, autant du côté académique que non-académique. On cherche toutefois à élargir notre bassin de chargés de cours.»
Pour Sylvie Morin, ce changement rapide engendre une remise en question à tous les niveaux.
«On identifie des moyens de travailler pour être encore plus efficaces. On doit s’assurer d’avoir les services pour ces étudiantes et étudiants.»
Cette augmentation apporte évidemment des défis en ce qui a trait au logement. Denis Prudhomme reconnaît que des ajustements ont dû être faits à Edmundston et à Moncton. À Shippagan, la situation est plutôt stable.
En ce qui concerne Edmundston, Sébastien Deschênes reconnaît que les résidences actuelles ont été construites dans un contexte où le nombre d’étudiants était bien moins élevé qu’aujourd’hui.
«On a seulement 90 places pour 417 étudiants internationaux donc ça met une pression sur la recherche de logement dans la communauté. Pour septembre, le défi était grand, mais on a trouvé une place pour chaque étudiant qui est venu s’établir à Edmundston.»
Dans cette optique, un projet d’expansion des résidences actuelles, permettant d’ajouter une soixantaine de nouveaux logements, est en cours. La prochaine étape est de trouver du financement pour construire ces nouvelles résidences.
Denis Prud’homme a aussi indiqué que l’université se penche actuellement sur un projet de résidences sur le campus de Moncton.
De manière générale, l’Université de Moncton reconnaît qu’elle devra atténuer sa croissance, dès l’année prochaine, afin de respecter les capacités d’accueil des trois campus.
«Ça va nous amener à réduire nos offres dans un avenir rapproché», a affirmé M. Prud’homme.
«On doit évaluer les capacités d’accueil de l’université, mais aussi des communautés. C’est sûr que pour l’instant, on va limiter le nombre d’étudiants qui seront admis à la session d’hiver. On va davantage viser la cohorte pour la rentrée de septembre 2024», a mentionné, pour sa part, Sylvie Morin.
Dans le cas du campus d’Edmundston, les dossiers du logement et du transport en commun dans la région seront des éléments qui dicteront les efforts de recrutement de nouveaux étudiants.
«On travaille beaucoup sur le covoiturage entre les étudiants. On a un service de navette qui va chercher certains étudiants en ville. Ce sont des mesures nouvelles que l’on n’avait pas besoin d’utiliser avant», a expliqué Sébastien Deschênes.
Apprendre à se connaître
Natacha Sirois, directrice des services à la vie étudiante à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston, confirme que l’arrivée d’étudiants provenant d’autres horizons a eu un effet sur la vie étudiante en général.
«Dans tous les dossiers sous les services à la vie étudiante, je tente d’avoir une représentativité équitable, que ce soit pour les bourses, les emplois étudiants, le menu à la cafétéria, les activités sociales et ainsi de suite. On veut avoir une offre qui représente les étudiants à l’international. On va même plus loin en demandant aux étudiants d’où ils viennent pour essayer d’avoir des activités qui les représentent.»
Dans ce contexte, il est primordial, selon Mme Sirois, que la communauté fasse l’effort d’en apprendre davantage sur les personnes qu’elle accueille.
«On ne parle pas souvent des démarches qu’il (étudiant international) a dû prendre pour venir ici et qu’il doit continuer à faire. Ça peut être au niveau de la citoyenneté, de l’identité sociale. Souvent, on n’est pas assez conscient de ça et on va dire des commentaires qui ne reflètent pas la réalité des immigrants.»
La directrice à la vie étudiante a aussi noté une hausse des services d’encadrement et de soutien psychologique chez les étudiants internationaux.
«Ils s’ennuient. Il y a le choc culturel, c’est clair. Parfois ils performent moins bien que ce à quoi ils étaient habitués. Il y a aussi la déprime hivernale du mois de janvier et février.»
En salle de classe, on observe également une nouvelle dynamique en raison de la proportion de plus en plus importante d’étudiants internationaux.
Au-delà du simple cours d’introduction au Canada, Natacha Sirois croit que des efforts doivent être faits sur plusieurs fronts afin de faciliter l’adaptation de ces étudiants à la vie universitaire..
Selon elle, la plupart des personnes provenant de l’international n’ont pas nécessairement acquis les mêmes valeurs dans leur parcours scolaire.
«On va former les étudiants sur divers aspects, mais est-ce que l’on forme le système d’éducation, aux différences auxquelles il faut s’attendre en salle de classe quand on est professeur?»
«Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais il faut échanger et partager nos connaissances pour diminuer les effets suite à des comportements avec lesquelles on n’est pas familiers.»
Bref, d’après Mme Sirois, la gestion de tous ces aspects se résume essentiellement à apprendre à connaître l’autre.
«Il faut apprendre à se connaître et ne pas avoir peur d’aborder certaines choses avec les étudiants, et de clarifier nos attentes.»
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Photos
Légende : Les étudiantes et étudiants de première année étaient au rendez-vous tôt pour les explications des activités de la rentrée à l’UMCE.
Crédit : Gracieuseté
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 20 septembre, 2023
- Dernière mise à jour 20 septembre, 2023