Lundi noir à l’Université Laurentienne: «Un bain de sang»

ÉMILIE PELLETIER

Initiative de journalisme local — Le Droit

L’Ontario «assiste à un bain de sang des programmes en français à l’Université Laurentienne», juge la politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard, dont une centaine d’homologues ont appris lundi qu’ils perdaient leur emploi.

«On ferme entre autres le département de français, le département d’histoire, le département de théâtre. Il faut comprendre que ce sont des éléments de l’Université Laurentienne qui avaient et qui vont avoir un effet domino dans la communauté», juge la spécialiste des questions linguistiques au Canada.

Selon la Dre Chouinard, la fermeture du département de théâtre, par exemple, aurait un impact important sur le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). L’abolition du département d’histoire, celui où on enseigne notamment le parcours du fondateur de la chaire d’études en Ontario français et cocréateur du drapeau franco-ontarien Gaétan Gervais, est un «signal fort».

« Ça va au-delà de la mise à pied de collègues. C’est un outil de mémoire et d'institutionnalisation de la communauté que l’on perd. »

La politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard

Par ailleurs, la politologue note que la Laurentienne «semble n’avoir gardé que les programmes en français lucratifs, au détriment de la valeur réelle de certains programmes pour la pérennité de la communauté franco-ontarienne».

«Ça démontre ce qu’on savait depuis longtemps: que la Laurentienne n’était une institution pour la communauté francophone que lorsque ça l’arrangeait.»

Quand on consulte la liste des départements touchés, notamment les programmes en français, «on se rend compte que c’est le cœur et l’âme de la communauté francophone du nord de l’Ontario qui est assailli avec les coupes.»

La mobilisation bien enclenchée

Faudra-t-il à nouveau organiser des manifestations et rassembler des dizaines de milliers de Franco-Ontariens, comme ça avait été le cas en réponse au jeudi noir? 

«On espère que ce ne sera pas nécessaire, surtout en période de COVID-19, une manifestation comme en 2018, ce serait mal avisé. Mais on espère que le gouvernement a entendu les différentes prises de position du public, de la communauté, la pétition de l’AFO, et de la part du corps professoral pan-canadien qui a manifesté son appui. La mobilisation est déjà là, on ne peut que souhaiter que ces voix soient entendues jusqu’à Queen’s Park.»

«J’ai honte»

À Queen’s Park, justement, la députée néo-démocrate de Nickel Belt France Gélinas a qualifié de honteux le traitement des employés par l’Université.

«La communauté francophone a droit à des programmes universitaires en français dans le nord de l’Ontario, a scandé la néo-démocrate en chambre, lundi matin, s’adressant au premier ministre Doug Ford et au ministre des Collèges et des Universités Ross Romano. Chaque programme offert en français, en science politique ou en littérature, en économie ou en histoire, est le fruit de plusieurs années de travail avant d’y avoir accès, et le gouvernement reste là sans même lever le petit doigt, sans dire un mot, alors que 40 programmes en français disparaissent et des douzaines de professeurs perdent leur emploi. J’ai honte.»

«Il est très préoccupant et regrettable que l'Université Laurentienne ait dû prendre des mesures aussi radicales pour remettre ses finances en ordre, a déclaré, dans un courriel envoyé au Droit, une porte-parole du ministère des Affaires francophones. Nous suivons la situation de près. Notre priorité est la continuité de l'apprentissage pour les étudiants de la Laurentienne.»

«Proportionnellement, nous fournissons beaucoup plus de fonds à l’Université Laurentienne qu’aux autres établissements. Les subventions fournies par le ministère des Collèges et Universités représentaient plus de 40% du revenu total de la Laurentienne en 2019-20, comparativement à une moyenne de 23% pour l'ensemble du secteur des universités.»

Or, le bureau de la ministre Caroline Mulroney s’est abstenu de réagir davantage à la situation, étant donné que «le gouvernement ne participe pas au processus de la LACC (Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies)» et qu’il serait «inapproprié de faire d’autres commentaires».

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  • Date de création 12 avril, 2021
  • Dernière mise à jour 12 avril, 2021
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