L’oeuvre d'une artiste locale figurera sur les sacs à provisions de Walmart

C’est un message de réconciliation qui fera le tour du Canada, dit Jessica Somers

Isabel Mosseler

IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest

De nombreux habitants de Nipissing Ouest connaissent Jessica Somers comme l'artiste autochtone qui a réalisé deux peintures murales sur la façade du bâtiment Michaud et Lévesque, à l'angle nord-ouest de la rue Main, en 2021 et 2022. L'artiste locale, qui réside à Lavigne, est sur le point d’accroitre encore sa notoriété, car l’une de ses œuvres a été choisie par le grand détaillant Walmart pour orner ses sacs réutilisables en juin prochain. C’est une opportunité incroyable pour Mme Somers, surtout que c’est sorti un peu de nulle part.

«C'est eux qui m'ont contactée,» raconte-t-elle. Mme Somers suppose que son compte Instagram, visité par de nombreuses personnes à travers le Canada et les États-Unis, a attiré l'attention d'un cadre chez Walmart. «Leur initiative, c’est de faire un sac réutilisable pour chaque mois. (...) Ils lancent celui-ci pour le Mois national de l’histoire autochtone, qui est le mois de juin.» Les sacs devraient être lancés d'ici le 1 juin à travers le Canada et peut-être même au-delà. «Le contrat concerne le Canada, mais je pense que certains états américains l'auront également.»

C'est très excitant pour Mme Somers, d'autant plus que c'était totalement inattendu. «Oui, pour la plupart de mes contrats, je ne vais pas vraiment vers les gens. Ce n'est pas comme si ma stratégie de marketing se limitait aux médias sociaux, j’ai un site web, mais il est tellement mauvais, il est terrible et je dois vraiment travailler dessus. Vous savez, en tant qu'artiste, je veux juste créer. L'aspect marketing n'est donc pas mon point fort.» Malgré tout, ses œuvres ont attiré l'attention, évidemment. «J'ai reçu cet e-mail par hasard, c'était vraiment cool.»

Le courriel a débouché sur un appel téléphonique, qui a débouché sur une grande opportunité, le tout en l'espace de 24 heures. «Nous avons discuté. Ils ont déjà travaillé avec d'autres artistes autochtones. Je crois que c'est la deuxième année de cette initiative.» Walmart change ses sacs réutilisables pour promouvoir différents mois, comme le Mois de l'histoire des Noirs en février, le mois de mars consacré à la Journée internationale des femmes, mais cette initiative particulière sera plus importante encore, selon Mme Somers. D'après l'artiste, pour les autres mois, «ils ne le font que pour les magasins locaux ou les magasins de Toronto, mais cette fois-ci, ce sera assez important. Je crois qu'il s'agit de 180 000 sacs, portant mon oeuvre, sinon plus.» Walmart aurait indiqué que la compagnie pourrait en acheter plus.

Ces sacs réutilisables sont ceux que les clients peuvent acheter à la sortie du magasin. Mme Somers pense que le prix sera de l'ordre de 2,30$. «Je crois qu'ils les vendent 2,27$, mais cela pourrait aussi changer. L'année dernière, ils les vendaient 2,27$, alors je suppose que cette année, ils seront un peu plus chers. Je ne sais pas exactement quel est leur processus de réflexion, mais j'ai fait quelques recherches sur Walmart Canada pour voir. (...) Il faut faire preuve de diligence et s'assurer de ne pas être prise pour un «Indien symbolique» (...) parce qu'on crée un précédent pour les autres artistes qui arrivent sur le marché,» dit-elle.

L'œuvre est une image forte. Elle représente un ours, symbole de guérison dans la cosmologie traditionnelle autochtone. «Ils voulaient l'aspect de la guérison. Ils voulaient quelque chose en rapport avec le processus de réconciliation. Je leur ai montré quelques images (...) d'ours parce que l'ours est considéré comme un animal puissant et sacré, vénéré pour sa force, sa sagesse et son lien avec le monde naturel (...), le symbole de la guérison et de la transformation, associé au concept de médecine, d'énergie spirituelle et de pouvoir. Il possède une médecine unique et puissante qui peut aider les individus à surmonter la maladie et les traumatismes,» raconte l’artiste. L'œuvre d'art a été initialement créée et donnée en cadeau pour une collecte de fonds pour le festival Valley East Days à Val Caron, où elle a été tirée au sort. «Je n'ai jamais gagné d'argent avec cette œuvre,» dit-elle.

Mme Somers explique les différents éléments de sa peinture, les médecines traditionnelles, la tresse d’herbe de blé, le tabac, la sauge. «Ensuite, il y a des petites empreintes de mains pour représenter Chaque enfant compte (...). Pour moi, il s'agissait avant tout de réconciliation, et de savoir comment y parvenir.» C’est ce qui l’a poussé à présenter ce tableau en priorité à la représentante de Walmart. Bien que le tableau original soit entre les mains d'un particulier, l'idée que cette image puisse bientôt se retrouver entre des milliers de mains, faire le tour du Canada et porter son message, c’est un bonheur pour Mme Somers. Elle se dit heureuse de partager son art avec une communauté plus large de manière positive, «surtout lorsqu'il s'agit de l'histoire de notre peuple, parce que cette histoire est très, très lourde.»

Son ours a l'air féroce et protecteur. Mme Somers explique : «L'ours a cette force et cette possessivité pour la médecine et notre histoire, (…) il assure la protection de notre peuple (...). L'œuvre s'intitule Coming Home (Retour à la maison). Nous rappelons nos enfants à la maison. Nous rappelons nos femmes disparues et assassinées. Toutes ces personnes que nous avons perdues, nous leur demandons de rentrer à la maison en ce moment aussi.» Ce rappel à la maison se fait également en temps réel. L'ascendance de Jessica Somers est abénaquise. Elle raconte : «Beaucoup de nos chefs dans nos nations appellent notre peuple pour cela (...). Hier, j'ai reçu l’appel de mon chef et il m'a dit : «Reviens à la maison. Viens poser tes pieds sur notre terre, notre terre ancestrale. Tu sais, si tu rentres, nous ferons en sorte que tu puisses rester.» Toutes les nations demandent à ceux qui ont été déplacés de rentrer chez eux et de visiter leurs terres, de visiter leurs ancêtres, de renouer avec leur histoire. Le retour à la maison est donc très puissant pour notre peuple, pour mon peuple, et cette pièce est donc un lien que j'entretiens avec ceux qui nous ont quittés,» dit Jessica Somers. La terre ancestrale, pour elle, c’est la ville d'Odanak, dans le territoire abénaquis du Québec. Odanak est le mot abénaquis qui signifie «village.»

Mme Somers n'a pas l'air autochtone, et aujourd'hui, alors que nous sommes accablés de révélations sur des personnes non-autochtones qui profitent des efforts de réconciliation pour en tirer un bénéfice financier, l’artiste a parfois ressenti le besoin de prouver sa propre ascendance, en raison de son apparence. «On m'interpelle tout le temps. Devrais-je faire de l'art ? Est-ce que je dépasse les limites en tant qu'artiste en revendiquant une identité autochtone à cause de la couleur de ma peau? J'ai le statut d’autochtone et j'en suis très fière,» affirme-t-elle. Elle explique qu'au début, elle était réticente d'afficher son statut, mais aujourd'hui, elle le partage avec fierté. «Je pense que c'est important. Nous avons beaucoup de «faux autochtones» (...) Avant, on disait «ne dites pas qui vous êtes,» et maintenant les gens veulent être autochtones (...). Alors oui, c'est un problème, absolument,» surtout lorsque les personnes concernées accèdent à des financements sous faux prétextes, déplore-t-elle.

Pour sa part, elle continue à peindre ce qui la passionne. «Je suis dans mon studio tous les jours. Je peins tous les jours, ou mon cerveau est accaparé par un projet en cours ou j'ai un carnet de croquis avec moi. (...) Mon processus consiste à poser du tabac. Je pose toujours du tabac (...). C'est un peu comme des images et des choses qui me viennent en rêve ou des choses que j'ai esquissées au fil des ans, parce que j'ai un carnet de croquis plein d'images que je veux faire, mais que je n'ai pas encore réalisées. Lorsque je voyage, je fais beaucoup de croquis pendant que mon mari conduit. Mais pour les projets plus importants - j'ai réalisé une immense murale pour le Collège Boréal et (...) je suis en train d'en faire une pour Jeanne-Sauvé, une école de Sudbury (...) - mon processus pour les grandes œuvres consiste à recevoir l'enseignement d'un aîné, puis à coucher le tabac et à dessiner et esquisser, et ces visions me viennent. (...) Beaucoup de mes projets sont réalisés avec des étudiants.»

La fresque de l'École publique Jeanne-Sauvé est l'un de ces projets réalisés avec des élèves. Elle apprécie particulièrement ce projet parce que de nombreux élèves sont originaires d'Afrique. «Ils vont me raconter leur histoire et je vais intégrer ces histoires dans l’œuvre, car nous savons que l'art autochtone est très lié au monde naturel (...) Ces élèves qui fréquentent l'école ont eux aussi leurs propres histoires culturelles d'Afrique.» Elle va intégrer des animaux africains dans son projet. Bien que son art reflète principalement ses propres racines autocthones, Mme Somers voit l'humanité comme un tout.

Si vous achetez l'un des sacs Walmart en juin, vous y trouverez un code QR qui vous mènera au site Web de Jessica Somers et à une description de l’artiste et de son art. Elle espère être présente lors des lancements à North Bay et à Sudbury. «J'espère prendre un peu d'élan grâce à cet événement (...) pour que les gens sachent qui je suis,» dit-elle. Même si son chef lui a demandé de retourner à Odanak, Mme Somers affirme qu'elle et sa famille resteront à Lavigne. «Je n'envisage pas de déménager. Je me plais vraiment ici (...). Ma fille est bien installée à l'école avec ses amis. Pour moi, c'est ici que je me sens chez moi.»

Les 180 000 sacs que Walmart distribuera constituent une reconnaissance remarquable, une source d'inspiration pour d’autres artistes et un moyen pour Jessica Somers de partager son œuvre d'art – et son message de réconciliation - d'une manière très accessible.

 

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Photo :

L'artiste abénaquise Jessica Somers, résidant à Lavigne, montre sa peinture d'un ours, intitulée Coming Home. L'image a été choisie pour orner 180 000 sacs à provisions qui seront distribués dans les magasins Walmart du Canada en juin pour souligner le Mois de l’histoire autochtone.

Crédit photo : Courtoisie

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  • Date de création 22 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 22 mars, 2025
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