L’industrie forestière pourrait être en péril avec les tarifs douaniers
L’industrie forestière pourrait être en péril avec les tarifs douaniers
Alors que l’industrie forestière demeure un pilier économique de la région de Hearst, les menaces de nouveaux tarifs imposés par les États-Unis suscitent de vives inquiétudes parmi les élus et les citoyens. Une taxe de 25 % sur le bois canadien pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’économie locale, mettant en jeu des emplois et entrainant un ralentissement pour tous les secteurs.
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Par Renée-Pier Fontaine
IJL – Réseau.Presse – Le Nord
Il existe trois sous-secteurs de l’industrie forestière : la fabrication de produits en bois massif, la fabrication de produits de pâtes et papier ainsi que la foresterie et l’exploitation forestière. La région du nord de l’Ontario possède des entreprises dans les trois.
Un expert du secteur, Gilles Malette, souligne que la question reste toujours à savoir si cette taxation s’ajouterait aux 14 % déjà appliqués, rendant la situation encore plus complexe pour les producteurs canadiens. Historiquement, de telles mesures protectionnistes ont pris en moyenne 250 jours pour être mises en place, à moins qu’un état d’urgence ne soit déclaré aux États-Unis, ce qui a déjà été envisagé par l’administration Trump sous divers prétextes, notamment la crise migratoire.
Selon les données amassées par M. Malette pour expliquer la situation de la région, le Canada produit annuellement 20,5 milliards de PMP (pieds mesure planche) de bois d’œuvre, dont 12 milliards sont exportés vers les États-Unis. De leur côté, les Américains produisent 36 milliards de PMP, mais leur consommation atteint 50 milliards. Cela signifie qu’ils doivent importer 14 milliards de PMP, dont la majorité provient du Canada.
Si ces tarifs sont appliqués, l’industrie forestière canadienne pourrait être fortement impactée, menaçant de nombreux emplois, en particulier dans le nord de l’Ontario et d’autres régions fortement dépendantes du bois d’œuvre. L’Ontario Forest Industries Association (OFIA) exprime de vives inquiétudes face à l’instabilité générée par ces tarifs, qui pèsent lourdement sur la compétitivité des producteurs canadiens du marché américain. Selon leur site web, ce sont 137 000 emplois directs et indirects qui dépendent de ce secteur, avec des revenus annuels en 2022 de 22,8 milliards de dollars en Ontario qui provenaient de la fabrication de produits forestiers. L’OFIA parlait même d’une hausse de 60 % sur leurs produits si on combine tous les différents tarifs douaniers, ce qui représenterait le début de la fin pour cette industrie qui fait vivre les familles depuis des générations.
De l’autre côté de la frontière, les États-Unis risquent également de faire face à une augmentation des couts de construction, faute de matières premières en quantité suffisante.
- Malette indique que face à ces incertitudes, certains acteurs du secteur de la foresterie pensent à diversifier leurs marchés d’exportation, notamment vers l’Europe et la Chine. Toutefois, cette transition nécessiterait des infrastructures adaptées, notamment sur la côte ouest-canadienne, où les ports pourraient faciliter l’exportation vers l’Asie.
En attendant une décision officielle, l’industrie forestière canadienne reste suspendue aux annonces de Washington. Comme le souligne Gilles Mallette, un professionnel du secteur : « Les Américains ont besoin du bois canadien, et le Canada a besoin du marché américain. »
Une situation inquiétante pour la municipalité
« C’est vraiment inquiétant pour notre ville et pour les municipalités environnantes », selon Roger Sigouin. « On espère que le gouvernement se prépare à soutenir l’industrie. Je ne pensais jamais vivre cela dans ma carrière politique, mais cet individu-là est assez imprévisible. »
La menace de ces tarifs ne se limite pas aux producteurs de bois. Une baisse de la production aurait un effet domino sur toute l’économie locale. Moins de bois signifie moins de travail pour les bucherons, ce qui entraine une diminution des revenus pour les commerces, restaurants et autres entreprises dépendant de l’industrie forestière.
« Si les scieries ralentissent leur production, c’est sûr que la Municipalité devra se serrer la ceinture. Ce qui est plate c’est que c’est toujours les contribuables qui payent dans de tels scénarios. De notre côté, ce serait des coupures pour en mettre le moins possible sur le dos de nos contribuables. Je tiens à ne pas alarmer la population non plus, mais vraiment c’est inquiétant », indique le maire de Hearst. « La construction pourrait aussi être affectée pour une ou deux années, tout dépendant de l’évolution de la situation. »
La semaine a été chamboulée et parsemée de bonnes ou mauvaises nouvelles, mais une chose est sure : l’incertitude plane toujours. Pour ce qui est des appels d’offres municipales, Roger Sigouin assure que ce n’est pas une pratique qui se fait, du moins localement.
Encourager l’achat de produits canadiens et réduire la dépendance aux marchés étrangers sont des pistes évoquées pour contrer l’inconstance causée par les politiques américaines.
« Il faut se tenir debout comme Canadiens, acheter canadien, et montrer que nous ne sommes pas satisfaits de cette situation », insiste un élu.
En parallèle, la question des prochaines élections provinciales est également venue sur la sujet et Roger Sigouin affirme que l’accès aux financements pour le logement et les infrastructures dépendra du parti au pouvoir.
« Si la couleur au pouvoir en haut n’est pas celle de notre circonscription, on devra encore une fois aller quémander des fonds », conclut-il.
Alors que l’incertitude plane sur l’avenir économique de la région, la population et les élus espèrent une solution rapide pour préserver l’industrie forestière et assurer la stabilité financière des municipalités du Nord de l’Ontario.
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PHOTOS :
- Sylvain et Vincent Tessier de Hearst
https://www.deere.ca/fr/publications/la-jet%C3%A9e/couper-%C3%A0-travers-tout/
- Photos libres de droits - Canva
- Nombre de fichiers 3
- Date de création 6 février, 2025
- Dernière mise à jour 6 février, 2025