L’hiver : un obstacle supplémentaire

L’hiver : un obstacle supplémentaire

Si l’hiver est une période compliquée pour les personnes à mobilité réduite en raison du verglas et de la neige, la vie quotidienne n’est pas sans contrainte non plus. L’accessibilité reste une préoccupation critique dans une société qui vise à l’inclusion.  

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 Ophélie Doireau

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Au Canada, plus six millions de Canadiens et de Canadiennes âgé.es de 15 ans et plus, soit 22 % de la population, s’identifient comme vivant avec un handicap. Seulement 59 % des personnes en situation de handicap âgés de 25 à 64 ans occupent un emploi, comparativement à la population non handicapée où ce taux monte à 80 %. Mais l’employabilité n’est qu’un enjeu parmi d’autres. Au Manitoba, on compte environ 175 000 personnes qui vivent avec un handicap.

Jacinthe Blais, résidente de Sainte-Anne, en fauteuil roulant depuis 25 ans donne quelques exemples pour montrer que l’accessibilité est un enjeu qui reste plus que jamais d’actualité.

« Si je dois aller au bureau de poste en fauteuil roulant, il n’y a qu’une entrée au bout de la rue et pas devant le commerce. À Sainte-Anne même, il n’y a pas beaucoup d’accessibilité de la part des commerçants.

« Le bureau de poste n’est qu’un exemple. Il en est de même pour le bureau de l’assureur public, si je stationne devant le commerce je dois rouler sur le trottoir pour atteindre une porte accessible. Lorsque c’est l’hiver, il faut espérer que le trottoir soit dégagé.

« Le dépanneur du village, il y a la possibilité d’utiliser une rampe à l’arrière, ce n’est pas une rampe selon les règles, je pense que ça sert à décharger la marchandise. »

Le constat est assez clair, en plus des problèmes d’accessibilité, l’hiver, avec la neige et les plaques de verglas sont des obstacles supplémentaires.

« L’hiver c’est l’enfer. La dernière fois que je suis allée à l’épicerie, habituellement c’est dégagé, là il y avait une plaque de glace juste à mon niveau. Pour sortir de ma voiture et me transférer dans mon fauteuil roulant, je dois m’assurer de ne pas m’appuyer sur la glace, je dois faire attention à toutes sortes de petits détails parce qu’il y a des risques supplémentaires. »

Du côté de la municipalité de Sainte-Anne, le maire, Richard Pelletier partage quelques points de la politique de déneigement de la ville.

« Chaque année, on est de plus en plus consciencieux avec le déneigement des trottoirs ou des places publiques. Il y a beaucoup de monde âgé alors il faut veiller à ce que les personnes ne soient pas obligées de faire des gestes plus difficiles pour marcher. On essaie de nettoyer aussi bien que possible pour que tout le monde puisse circuler sans danger. »

Danique Buissé, résidente de Selkirk, et en fauteuil roulant depuis près de cinq ans abonde dans le même sens que Jacinthe Blais. (1)

« Le déneigement des trottoirs et des stationnements ne sont pas toujours fiables. C’est toute une aventure quand je veux aller quelque part. Je fais attention à ne pas aller toute seule dans un nouvel endroit que je ne connais pas. Je me rappelle, il y a quelques années, je devais me rendre dans un café pour voir une amie. C’était impossible de se rendre seule dans le café parce que les trottoirs sont l’une des dernières choses qui sont déneigées. »

« Je ne peux pas, tout le temps, me rendre dans les bâtiments anciens parce qu’ils ne sont pas bâtis en accord avec des normes et des règlements d’accessibilité. »

Sam Unrau, coordonnateur des formations, de l’inclusion communautaire et des services de soutien à Manitoba Possible, soulève l’isolement qui peut arriver avec une politique de déneigement qui ne prend pas en compte les personnes à mobilité réduite. « Quand il y a des chutes de neige qui arrivent, les personnes à mobilité réduite vont être isolées, comme en pandémie pour une période indéterminée, puisqu’on ne sait jamais quand les trottoirs vont être déneigés ni même s’ils vont être déneigés.

« C’est comme un confinement pour elles, ce sont les mêmes sentiments : Est-ce que je peux sortir? Est-ce que ce n’est pas trop risqué pour ma sécurité?

« On pourrait s’assurer que les trottoirs soient déneigés au-dessus des standards classiques et prévenir les plaques de verglas pour que toutes les personnes soient libres de leur mouvement.

« La Ville de Winnipeg a fait des efforts, et l’accessibilité est prise en compte. Mais on pourrait encore améliorer la manière dont on pense l’accessibilité. Il y a des standards, on peut faire bien mieux que ces standards. »

Les autres activités

Pourtant en dehors de l’hiver, il existe aussi des gestes du quotidien qui ne sont pas possible aux personnes à mobilité réduite comme le souligne Jacinthe Blais. « Il y a beaucoup d’activités que je ne peux pas faire parce qu’elles n’ont pas été pensées pour tous, à commencer par l’épicerie.

« Un autre endroit où l’accessibilité est un enjeu, c’est la clinique et l’hôpital à Sainte-Anne. À la clinique, il n’y a qu’un stationnement pour personne à mobilité réduite, s’il y a deux personnes à mobilité réduite qui viennent, il faut aller se garer plus loin. C’est la même chose pour l’hôpital, si le stationnement est occupé, souvent je dois aller me garer dans la rue et parcourir une grande distance en fauteuil.

« Je n’ai pas approché la municipalité pour parler de l’accessibilité. Je garde mes énergies pour d’autres combats. Mais il est clair qu’on n’en fait pas assez parce que les gens qui utilisent l’hôpital sont souvent des personnes à mobilité réduite, il devrait y avoir des aménagements avec plus de stationnements pour ces personnes-là. Je pense qu’on peut faire mieux. »

Le verre à moitié plein

Contrairement à bien d’autres personnes, Jacinthe Blais et Danique Buissé s’accordent pour dire que la pandémie a eu des impacts positifs dans leur vie. Jacinthe Blais : « La pandémie m’a apporté des services et des façons de faire beaucoup plus faciles dans ma vie. Par exemple, le fait de pouvoir commander en ligne et de ramasser ma commande devant les commerces, c’est un gros avantage. Je n’avais plus besoin de rentrer dans les commerces, c’est grâce à la pandémie, ce nouveau service.

« J’espère que ça va durer. Le fait aussi de pouvoir aller faire les épiceries tôt parce que les horaires avaient été étendus, c’est mieux pour moi lorsqu’il y a moins de monde dans le commerce. »

Danique Buissé : « La pandémie a été tellement utile. Il y avait des magasins qui offraient avant la collecte de notre commande. Mais c’est devenu tellement commun avec la pandémie. C’est beaucoup plus facile pour moi. Avant, faire les épiceries c’était difficile parce que je ne peux pas pousser un chariot, alors j’étais limitée dans le nombre d’articles que je pouvais prendre sur mes jambes. Maintenant, chaque semaine, j’utilise le service de collecte.

« Et puis tout simplement, dans les magasins, un tiers des objets est hors de ma portée. Il faut tout le temps que je demande à quelqu’un de me donner les articles que je veux. Les quelques fois où je vais dans un magasin, j’ai toujours besoin de demander de l’aide. »

Sam Unrau l’a aussi observé au niveau de Manitoba Possible. « La pandémie nous a obligés à revoir nos habitudes, à être plus flexible. Dans un sens c’est une très bonne chose surtout pour les personnes à mobilité réduite.

« Les magasins ont été capables de s’adapter pour être accessible à tous pendant la pandémie. Il y a maintenant toute une gamme de services qui peut être offerte, il y a plus d’occasions pour les personnes à mobilité réduite. »

Une perception en évolution

Jacinthe Blais et Danique Buissé s’entendent également pour dire que depuis qu’elles sont en fauteuil roulant, leur regard sur la société a changé. Jacinthe Blais se rappelle : « Il y a 25 ans lorsque je suis sortie de l’hôpital avec les deux jambes en moins, j’ai réalisé où partout où il y a des règlements, de l’administratif, c’était très long de changer des choses. Alors que je me rappelle de l’abbé de la paroisse Sainte-Anne, il avait décidé qu’il y aurait une rampe et un stationnement devant l’église. C’est quelque chose qui avait été très rapide. Il n’était pas passé par des règlements.

« Alors qu’à l’école Pointe-des-Chênes, il avait fallu demander et suivre les règlements pour aménager un espace pour que je puisse me rendre aux activités des enfants.

« J’ai choisi mes batailles. J’ai toujours été une personne qui s’impliquait dans ma communauté, dans les activités des enfants. Mais j’ai perdu beaucoup d’énergie et à un moment donné, j’ai décidé que je ne pouvais pas tout faire. Parfois, c’est se battre contre des moulins à vent. Je suis devenue plus sage. »

Danique Buissé : « Avant mon accident, je n’avais jamais pensé à l’accessibilité dans les magasins, dans les salles de bain. Je ne remarquais pas ce genre de chose. Maintenant c’est toujours dans mes pensées. »

(1) À l’heure de passer sous presse, la municipalité de Selkirk ne nous avait pas recontacté pour parler de leur politique de déneigement.

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Photos : 

Jacinthe Blais. photos : Vincent Blais

Sam Unrau.

Danique Buissé.

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  • Date de création 14 janvier, 2022
  • Dernière mise à jour 14 janvier, 2022
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