L'évolution des droits LGBTQ+ et l'avenir vu à travers les yeux des ainés

Le 24 janvier dernier, la Fondation Émergence a présenté la conférence virtuelle Pour que vieillir soit gai en collaboration avec le Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), l'Assemblée francophone de retraité(e)s et ainé(e)s de la Colombie-Britannique (AFRACB) et la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA). Pendant que Julien Rougerie, le responsable de programme de la Fondation, animait l'événement, quelques participants courageux ont raconté leur histoire.
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Isaac Lamoureux

IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO

La conférence était annoncée avec l’objectif de mieux connaitre et comprendre les réalités et les enjeux des ainés LGBTQ+. C’était aussi l’occasion d’offrir des outils pour adopter de bonnes pratiques, assurer le mieux-être, identifier leurs besoins particuliers et d’y répondre. Finalement, de nombreux sujets ont été abordés concernant l'ensemble de cette communauté.

Les 26 participants, jeunes et moins jeunes, étaient tous heureux d'être là, d'être entendus, écoutés et respectés. Si le sourire était sur tous les visages, le besoin d’identification et de communication semblait primordial.

Parmi les personnes qui ont bien voulu partager leur histoire, il y a eu Serge Gingras, un pilier dans la communauté franco-albertaine, et Pierre Soucy. L’un a éclairé les plus jeunes sur la place des homosexuels dans les années 1980 alors que l’autre a parlé de ses difficultés à légitimer son couple auprès des instances gouvernementales dans les années 1990.

Le parcours d'un modèle dans la communauté franco-albertaine gaie

Arrivé en Alberta en 1981, Serge Gingras est devenu un symbole dans la communauté locale LGBTQ+. Pendant son parcours au secondaire et à l'université, le Québécois d’origine explique l’impossibilité de révéler à qui que ce soit son identité sexuelle. «Il n’y avait pas de groupes étudiants LGBTQ+. Cela n’existait pas, on n’en parlait pas et, puis, cela ne nous venait même pas à l’idée.»

Il ajoute que la diabolisation des homosexuels au début des années 1980 n'a pas aidé. Le déferlement du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) et les nombreux cas détectés dans les milieux homosexuels n’ont pas facilité la reconnaissance de la communauté. «On appelait ça la maladie des gais», dit Serge Gingras, avec dégoût.

Après avoir terminé sa maitrise en langue et littérature françaises à l'Université de Calgary en 1985, Serge Gingras accepte un poste d'enseignant au Collège de Red Deer. Peu de temps après, une association étudiante Pride on Campus a été formée. Celle-ci, comme bien d’autres, bénéficiait de l’appui d’un enseignant conseiller. Serge Gingras a alors communiqué à ses collègues les besoins et les actions du groupe. La plupart d'entre eux les ont acceptés, «mais certains étaient opposés au groupe et ne voulaient même pas de communication entre les autres professeurs».

À l'époque, de nombreux étudiants homosexuels venaient demander conseil à Serge Gingras, le seul professeur publiquement gai du campus. Il a d’ailleurs eu très vite la visite de nombreux francophones heureux de pouvoir s’exprimer en français sur leurs difficultés communes. Cette parole est, tout au long de cette conférence, le fil d’Ariane de la reconnaissance de la communauté selon les nombreux participants.

Sur fond de bataille juridique, l’émancipation

L'interdiction de la discrimination basée sur l'orientation sexuelle est entrée en vigueur au Canada en 1996. Une date tardive pour de nombreux participants. Pierre Soucy et son conjoint Stanley Moore, deux Britanno-Colombiens, ont été de ceux qui, avant cette date, se sont battus pour exister. «La bataille a vraiment eu lieu au niveau du Tribunal des droits de la personne», confirme Pierre Soucy.

En février 1991, Stanley Moore est affecté à Jakarta, en Indonésie, en tant que conseiller en développement et conseiller en économie. Il demande alors des prestations de conjoint en vertu des directives sur l’expatriation et se retrouve lésé. La cause : son conjoint, Pierre Soucy, n'est pas considéré comme un conjoint de fait, car il est du même sexe que lui.

Bien que les deux hommes aient réussi à gagner leur procès, Pierre Soucy affirme qu'il ne pouvait pas faire autrement que d'entendre les arguments portés par les représentants de la Fonction publique du Canada et du gouvernement fédéral. «C’était plutôt pénible, flou et sans substance. Et puis, ça fait mal au cœur de voir qu'on a nié des droits pour des raisons aussi banales que ça.»

Quelques années plus tard, les deux hommes ont confronté Statistique Canada devant la Commission des droits de la personne. En effet, l’institution gouvernementale refusait de reconnaitre légitimement les conjoints de même sexe. «Ils ne voulaient pas utiliser le mot conjoint parce que ce serait possiblement offusquant pour la population canadienne.» Une fois de plus victorieux devant les tribunaux, Pierre Soucy félicite tout de même Statistique Canada. En effet, l'office national des statistiques a invité les deux conjoints à participer à un groupe de travail de consultation pour redéfinir la phraséologie proposée.

Malgré ses victoires, Pierre Soucy explique le poids mental que représente le fait d'être sous les feux de la rampe. «Je ne sais pas si les gens se rendent vraiment compte de l’impact que cela a sur notre bien-être émotif. Ça a été dur sur nous et notre vie de couple.» M. Soucy et son conjoint sont ensembles depuis 1990 et mariés depuis 18 ans.

La meilleure voie à suivre

Les deux ainés, Serge Gingras (63 ans), et Pierre Soucy (72 ans), ont été victimes de nombreuses discriminations dans leur vie, mais en arrivent à la conclusion que l'avenir est prometteur.

L’éditeur et traducteur, Serge Gingras, pense que les changements les plus importants passeront par la diversification du gouvernement. «On pense à Svend Robinson, qui a été un des premiers députés fédéraux gais à défendre la cause à Ottawa et à ouvrir les yeux des gens à des notions qu'il ne connaissait pas.» Il est aujourd’hui heureux de voir que de plus en plus de représentants LGBTQ+ sont élus.

Pour sa part, Pierre Soucy, ancien fonctionnaire au sein du gouvernement fédéral pendant 33 ans, estime que la progression dans le futur repose surtout sur «l’assurance que les organismes qui valorisent la communauté LBGTQ+ reçoivent les fonds nécessaires pour exister et jouer un rôle actif dans notre société».

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 3 février, 2022
  • Dernière mise à jour 3 février, 2022
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