Les travailleurs étrangers désespérés par l’absence de réponse du gouvernement

La Voix acadienne - L’Institut Cooper et l’organisme BIPOC USHR ont organisé une conférence de presse, mercredi 3 juillet, appelant le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) à exempter des nouvelles règles d’immigration les travailleurs étrangers présents dans la province depuis plusieurs années. Autrement dit, ils revendiquent l’application d’une clause de droit acquis, dite grand-père. 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

En février dernier, le gouvernement de Dennis King a décidé de réduire de 25% le nombre de candidats qu’il invite à présenter une demande de résidence permanente auprès du ministère fédéral Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Pour l’Institut Cooper et l’organisme BIPOC USHR, les immigrants déjà présents à l’Î.-P.-É. devraient être épargnés par ces changements.

Ces nouvelles règles touchent surtout les immigrants qui travaillent dans les secteurs des services et du commerce : le nombre de nominations provinciales a baissé de 855 à 215 pour les travailleurs de ces domaines.  

«Boucs émissaires» des crises du logement et de la santé

Parmi eux se trouve Rupinder Pal Singh, l’un des principaux opposants aux changements apportés à la politique d’immigration. Il a mené un groupe d’environ 250 travailleurs en grève de la faim ce printemps.

Malgré les insultes racistes et les menaces de violence qu’il dit avoir reçues sur les réseaux sociaux, retourner en Inde n’est «pas une option» pour Rupinder Pal Singh. 

Son permis de travail actuel expire le 14 juillet, mais le jeune homme espère demander un visa de visiteur pour rester au Canada. Au moins 20 travailleurs étrangers ont déjà été contraints de retourner dans leur pays d’origine.

«Nous ne sommes pas des clandestins illégaux à la recherche d’un abri, nous ne sommes que des travailleurs acharnés qui demandons ce que nous méritons, car nous donnons les meilleures années de nos vies à cette province», souligne-t-il au microphone. 

Et de poursuivre : «Certains de ceux qui auraient pu obtenir la résidence permanente en vertu des anciennes règles étaient des travailleurs de première ligne au plus fort de la pandémie de COVID-19.»

De son côté, Nouhad Mourad, coordinatrice des relations communautaires au sein de BIPOC-USHR, considère que les travailleurs étrangers sont utilisés comme des «boucs émissaires» des crises du logement et du système de santé dans la province. 

«Il ne s’agit pas de la communauté indienne, il s’agit de la communauté des immigrants dans son ensemble qui est l’épine dorsale de notre société et l’a toujours été.»

À ses yeux, «ces brusques changements sans aucune considération ou consultation des principaux concernés créent un précédent dangereux.»

«Les immigrants ont les solutions, le gouvernement ne les écoute pas»

«Le refus du gouvernement d’accorder à des travailleurs des droits acquis en matière d’immigration n’a aucune raison d’être, renchérit Joe Byrne de l’Institut Cooper. Les immigrants ont les solutions, mais le gouvernement ne les écoute pas.»

Selon le coordonnateur du programme des travailleurs migrants à l’Institut Cooper, Ryan MacRae, les autorités de la province ont notamment proposé aux immigrants de se tourner vers le programme des travailleurs étrangers temporaires.

«Ils tentent de les pousser dans un système qui est truffé d’abus et qui ne garantit aucun accès à la résidence permanente, c’est profondément injuste et inhumain», relève-t-il. 

À la fin de la conférence de presse, Rupinder Pal Singh assure que son groupe continuera à organiser des manifestations jusqu’à ce que le gouvernement accède à leurs demandes. 

Les manifestants campent actuellement sur des terres données par des groupes ecclésiastiques locaux près de l’Assemblée législative à Charlottetown, mais ils ne sont plus en grève de la faim.

  

 

PHOTOS :  

1-Rupinder Pal Singh est l’un des principaux opposants aux changements apportés à la politique d’immigration. Il a mené un groupe d’environ 250 travailleurs en grève de la faim ce printemps. (Photo : Marine Ernoult)

2- L’Institut Cooper et l’organisme BIPOC USHR ont organisé une conférence de presse pour défendre les droits des travailleurs étrangers affectés par les changements dans la politique provinciale d’immigration. (Photo : Marine Ernoult)

 

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  • Date de création 9 juillet, 2024
  • Dernière mise à jour 9 juillet, 2024
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