Les semences locales, «l’un des meilleurs outils pour s’adapter aux changements climatiques»

Les semences locales, «l’un des meilleurs outils pour s’adapter aux changements climatiques»

Marine Ernoult – IJL – APF – La Voix acadienne

Stephanie Hughes, coordinatrice régionale en Atlantique pour l’initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada, nous explique la nécessité de manger local en remontant jusqu’à la semence.

Pourquoi les semences sont-elles si importantes?

Les semences sont à l’origine de presque toute la nourriture que nous mangeons.  Elles représentent le début et la fin du cycle agricole, la base de notre approvisionnement alimentaire.  Elles sont responsables de la saveur, de la nutrition, de la couleur et de la forme de notre nourriture, mais également de la façon dont un plant absorbe les éléments nutritifs dans le sol et réagit aux maladies, aux insectes nuisibles.

C’est pourquoi, au sein de l’Initiative de la famille Bauta, nous nous efforçons de préserver les variétés de semences canadiennes et d’augmenter la quantité et la diversité des semences écologiques cultivées au pays.  Nous travaillons avec les agriculteurs et, depuis cette année, avec des jardins communautaires pour sensibiliser à la sauvegarde des semences locales.  Nous appuyons aussi un réseau de semences communautaires à travers le pays et nous avons une plateforme en ligne gratuite qui offre de nombreuses ressources pour tous les jardiniers au Canada et aux États-Unis.  À l’Î.-P.-É., nous avons soutenu la mise sur pied du programme «Seeds of Community» avec la création d’un réseau de banques de semences au sein des bibliothèques publiques provinciales.

Quels avantages présentent les semences locales?

Les semences locales à pollinisation libre, dites anciennes ou paysannes, peuvent être ressemées année après année.  Elles sont adaptées à notre climat et l’un des meilleurs outils à disposition des agriculteurs pour s’adapter aux changements climatiques.  De plus, elles sont une garantie pour notre sécurité alimentaire en cas d’interruption dans l’approvisionnement mondial en semences.  Une telle situation est tout à fait envisageable comme l’a montré la pandémie mondiale de COVID-19 qui a entraîné la fermeture des frontières.

Aujourd’hui, trois grosses compagnies contrôlent 60 % de la commercialisation des semences.  Est-ce que cette situation vous inquiète?

Oui, cette concentration menace la diversité génétique, car les grosses entreprises ont tendance à se concentrer sur les semences les plus lucratives, comme les hybrides ou les OGM.  Elles abandonnent les variétés à pollinisation libre, moins populaires et moins rentables, qui finissent par disparaître.  Il faut favoriser les petites compagnies régionales qui s’intéressent à des variétés spécifiques, essentielles pour maintenir une grande diversité génétique.

L’autre problème, c’est que la majorité des semences vendues au Canada par de grandes entreprises sont importées.  Elles n’ont pas été produites en tenant compte de notre climat et des besoins des agriculteurs, surtout ceux qui sont en bio.

En 2014, vous avez créé une banque de semences pour le Canada atlantique, pouvez-vous nous en dire plus?

Il s’agit de conserver des variétés peu communes ou particulièrement importantes pour la région.  Des réseaux d’agriculteurs dans chaque province nous envoient des échantillons de semences qu’ils cultivent.  Le plus difficile est d’identifier les variétés qui sont véritablement locales.  La plupart du temps, on s’appuie sur l’expérience des fermiers, on leur demande quelles semences leur sont le plus utiles, quelles sont celles qu’ils gardent et replantent d’une année sur l’autre.  Depuis la création de la banque, on a collecté 200 variétés, majoritairement des légumes, mais aussi quelques céréales et herbes.

Êtes-vous inquiète pour l’avenir de la diversité des semences?

Les gens commencent à comprendre que nous vivons une crise de la biodiversité des semences.  On a perdu des milliers de variétés de légumes, de fruits et de céréales.  La diversité génétique végétale de la planète a diminué de 75 % au cours du dernier siècle.  C’est inquiétant, mais je reste optimiste.  De nombreuses personnes se passionnent pour la conservation des semences et la sélection végétale.  Chaque année, des agriculteurs et des chercheurs redécouvrent ou créent de nouvelles variétés utiles pour l’agriculture biologique.  On ne cesse de faire des progrès.  En tant que jardinier, la meilleure façon de s’engager est d’acheter des semences locales pour son potager.

 

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Stephanie Hughes : «On a perdu des milliers de variétés de légumes, de fruits et de céréales.  La diversité génétique végétale de la planète a diminué de 75 % au cours du dernier siècle», explique Stephanie Hughes, coordinatrice régionale en Atlantique pour l’initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada.  (Courtoisie.)

 

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  • Date de création 9 avril, 2021
  • Dernière mise à jour 9 avril, 2021
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