Les rorquals victimes, eux aussi, des engins de pêche

Les rorquals victimes, eux aussi, des engins de pêche

Les résultats d'une étude de la station de recherche des Îles Mingan, réalisée à partir d'images de drones, suggèrent que les plus grandes baleines du monde sont aussi menacées par les engins de pêche dans le golfe du Saint-Laurent. Le nombre de rorquals bleus et communs victimes d’enchevêtrement était sous-estimé.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

Selon une nouvelle recherche publiée dans Endangered Species Research, entre 41 % et 57 % des rorquals communs du golfe du Saint-Laurent sont victimes d’enchevêtrement dans des engins de pêche. Les auteurs affirment qu’il est «raisonnable de spéculer» que les taux sont probablement comparables pour les rorquals bleus (ou baleines bleues), en voie de disparition. Cette découverte renverse les estimations précédentes selon lesquelles seulement 6 % des rorquals communs et 13 % des rorquals bleus s’emmêlaient dans des engins de pêche. «Avant, on pensait que ces deux espèces[1] s’entravaient moins dans les cordages en raison de leur grande taille et des grandes périodes de temps qu’elles passent en haute mer», rapporte Richard Sears, coauteur de l’étude.

Pour déterminer le pourcentage de baleines victimes d’enchevêtrement, les chercheurs de la station de recherche des Îles Mingan - une organisation à but non lucratif - ont utilisé des drones au cours des étés 2018 et 2019. Ils ont rassemblé plus de 500 vidéos haute résolution de 75 rorquals communs et de deux baleines bleues au large du Québec, au nord de l'île d’Anticosti. Les images aériennes ont révélé des cicatrices causées par des cordes qui n'étaient pas apparentes sur les photos prises à bord des navires entre 2009 et 2016.

Des impacts à long terme sur les populations

Car les drones permettent d’obtenir des images des nageoires caudales (ou queue), les zones les plus susceptibles de présenter des traces de blessures. «Les rorquals communs et les baleines bleues ne lèvent généralement pas leur queue quand ils plongent. Donc depuis un bateau, elles n’étaient pas bien visibles, on ne pouvait pas les étudier, voir s’il y avait des lacérations», explique Richard Sears.

Le président de la station de recherche s’inquiète des résultats de l’étude. «Même si les baleines s’en sortent, elles subissent une détresse physique importante, partage-t-il. Elles peuvent aussi avoir plus de difficultés à se nourrir car elles utilisent leur queue pour plonger et nager à la recherche de krill». Avant d’ajouter : «Ces enchevêtrements traumatisants peuvent avoir un impact à long terme sur les populations, ils stressent des femelles essentielles à la survie des espèces».

Pour le moment, les scientifiques ne savent pas combien de cétacés meurent à la suite d’enchevêtrements. «Peut-être qu’ils arrivent à se libérer plus facilement des cordages grâce à leur masse et à leur force, avance Richard Sears. Mais en réalité on ne sait pas grand-chose, car lorsqu’ils meurent, ils coulent généralement au fond et disparaissent sans laisser de traces.»

Promouvoir les engins de pêche sans corde

Les chercheurs ont également du mal à déterminer l’âge des cicatrices. Seule certitude : trois des 43 rorquals communs observés par drone en 2019 avaient de nouvelles blessures, signes d’un enchevêtrement récent.

L’étude confirme plus que jamais l’importance d’améliorer les réglementations en vigueur pour mieux protéger les baleines. «Le gouvernement doit continuer ses efforts», plaide Richard Sears qui salue la fermeture des zones de pêche lorsqu’un cétacé est observé dans un secteur. «Et les mesures mises en place pour protéger la baleine franche (ou noire), comme la réduction de la vitesse des bateaux, aident toutes les autres espèces», poursuit-il.

Surtout, aux yeux du scientifique, les engins de pêche doivent être améliorés. «Il faut développer des systèmes sans corde. Moins il y a d’entraves dans les eaux, mieux c’est pour les baleines», insiste-t-il. Il existe déjà des solutions à l’essai dans le golfe qui fonctionnent grâce à un signal acoustique, sans ligne de pêche verticale. L’autre enjeu, selon Richard Sears, ce sont les filets de pêche fantômes perdus dans les fonds marins : «Il faut les récupérer et instaurer des politiques pour lutter contre ça.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Richard Sears : Après un enchevêtrement, «même si les baleines s’en sortent, elles subissent une détresse physique importante», souligne Richard Sears, coauteur de l’étude et président de la station de recherche des Îles Mingan. (courtoisie)

Baleine bleue : Une cicatrice est visible sur la queue de cette baleine bleue. MICSPhoto

[1] La baleine bleue et le rorqual commun sont les deux plus gros animaux sur la planète. La baleine bleue mesure en moyenne 25 mètres de long, le rorqual commun un peu moins.

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  • Date de création 26 février, 2021
  • Dernière mise à jour 26 février, 2021
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