Les résidences artistiques de la Slague, un propulseur de carrières musicales en français
C’est un Daniel Bédard enfoncé dans son siège, le coude posé sur la table, le poing soutenant son menton quelque peu nerveux, et l’oreille tournée vers la scène. Le directeur artistique de ce concept de la Slague, qui revient pour sa deuxième saison, garde un œil attentif sur le premier des quatre artistes qu’il a eu à accompagner une année durant.
D’un geste, pointant l'index vers l'oreille, il coupe court à la discussion engagée par un participant, comme pour lui dire : «silence, j’écoute» !
Philippe Mathieu
Le jeune artiste Philippe Mathieu vient de rejoindre la scène. il joue en trio ce soir. Un exercice auquel il n’est pas habitué, confie-t-il au Voyageur.
«J'ai approché la Slague pour accomplir un objectif principal d'écrire des nouvelles chansons qui peuvent accommoder un trio. Parce qu’au lancement de mon premier album solo, Salut Philippe, on était 7 musiciens sur scène», souligne-t-il.
Ce qui, selon lui, coûte beaucoup d’argent pour offrir un cachet raisonnable aux musiciens. «Ce n'est pas un spectacle qui peut se faire embaucher», affirme l’artiste.
Même si le format est quelque peu exigeant, Philippe Mathieu dit avoir apprécié le défi. «Parce qu'il faut que tu joues d'une façon complètement différente en matière de guitare».
Le jeune artiste était bien tombé, puisque Daniel Bédard, excelle justement dans ce format, lui qui, bassiste de formation, a aussi beaucoup d’expérience dans l’arrangement et la réalisation d’albums.
Daniel Bédard témoigne : «Pour ce qui est des arrangements, dans un format trio, il faut qu'il y ait une communication directe entre tous les musiciens. C'est souvent un dialogue, un échange entre la basse, la guitare et le batteur. C'est ça qui fait qu'un trio devient une unité. On a beaucoup travaillé sur ces finesses là. Ce sont ces arrangements qui ont été joués ce soir».
Philippe Mathieu trouve que Daniel Bédard a de «hautes attentes», mais il admet que cela l’a «enrichi» au bout du compte. Il en sort «grandi» de cette expérience, de son propre aveu.
L’autre défi pour le jeune artiste était l’écriture de textes autres que le style autobiographique. S’il a aussi obtenu de l’appui, de ce côté-ci, il a aussi été soutenu pour mieux travailler sa voix.
Daniel Bédard raconte les débuts : «Le tout a commencé avec des petites sessions avec Philippe dans la petite salle de musique chez-moi à faire des exercices d’explorations de sa voix, à écouter beaucoup d’artistes et leurs styles vocales et guitaristiques, avec le but de trouver de l’inspiration là-dedans. On a travaillé le concept de faire flotter la voix autour du “beat”».
Le directeur artistique ajoute qu’ils ont «beaucoup travaillé le “big sound” avec tension trio instrumentale versus une approche relaxe pour les vocales», lors des sessions d’enregistrement chez Jacques Grylls (Jack-Indie-Box).
Sarah Craig
Si Sarah Craig cumule vingt années de carrière et une belle notoriété jazz dans la région, elle est surtout connue pour chanter en anglais. Et si c’était en français, cette fois-ci ? Pourquoi pas ! Daniel Bédard a un atout qui s’appelle Normand Renaud, pour l’adaptation des textes.
«Honnêtement, la chose la plus importante qui s'est passée, c'est qu'on l’a jumelé avec Normand Renaud pour l’adaptation des textes. Les deux sont devenus fans l'un de l'autre», lance le directeur artistique.
Sarah Craig le confirme : «C'était un moment de plaisir de travailler mes chansons en français, même s’il y a eu des moments où j'ai eu des blocages. mais quand Normand est arrivé avec les paroles arrangées, c'était tellement beau».
Normand Renaud n’en dit pas moins. «Sarah a la capacité d'articuler des chansons en français, mais elle n'a pas nécessairement la capacité de tenir une conversation en français. Elle est à ce niveau-là, dans sa francophilie. Mais ça l'intéresse de faire des chansons en français. Et quand elle les maîtrise, c'est vraiment agréable de l'entendre parce que tu sais, c'est une immense artiste».
Normand Renaud trouve cela «le fun» de lui donner une chance d'essayer de faire du jazz français. «Il y a une tradition d'ailleurs d'anglophones qui font du jazz français, à l’exemple de Nina Simone», relève-t-il.
Chanelle Albert
Chanelle Albert a quitté Verner, sa ville natale, pour Sudbury, il y a plusieurs années. Elle voulait se lancer dans la musique, alors qu’elle avait tout juste la vingtaine entamée. Elle a surtout joué en anglais, mais la jeune franco-ontarienne souhaitait, depuis quelque temps, renouait avec sa langue natale, qu’elle avait presque perdue. Ses parents qui la poussaient beaucoup dans ce sens, étaient ce soir-là au Little Montréal.
«Honnêtement, j'ai tellement aimé le processus de la résidence. Ça a pris quelques mois pour écrire les trois chansons. Ensuite, j'ai pu travailler avec les mentors», a indiqué la jeune artiste.
Daniel Bédard, dont le rôle est de connecter aussi les artistes, selon leurs besoins et leurs particularités, a pu trouver de bons profils de mentors pour elle.
«Chanelle Albert voulait écrire un peu plus en français, mais aussi d'en savoir plus sur le côté business de la musique. Elle a eu Cindy Doire comme mentor. Dans ses sessions avec elle, elles ont exploré des techniques de scène, comme les transitions entre chansons et la connexion avec le public, mais aussi le côté industrie musicale et stratégies pour accroître son public», explique Daniel Bédard.
Avec Simon Jutras (MacLean), pour des sessions d’exploration guitaristique, et Janie Pinard pour travailler le côté mouvement sur scène, Chanelle Albert a eu la chance de beaucoup s’améliorer, reconnait-elle.
Olivier Palkovits
Dans le cas d'Olivier Palkovits, «il a exprimé le désir de changer complètement de direction et de s’aventurer dans la création de musique électronique live», selon Daniel Bédard.
«Il a demandé de travailler avec Olivier Fairfield à Ottawa. Côté échantillonnage (sampling), on a eu plusieurs discussions dans ma petite salle de musique. (Comme savent les gens qui connaissent mon groupe cyberjazz CAGE, ça fait longtemps que je danse avec la musique électronique)», souligne, un brun d’humour, Daniel Bédard.
Il pense que le plus important dans le cas d’Olivier était qu’«il a pu acheter des logiciels et des gadgets qui l’ont permis à explorer le monde de la musique électronique». Son nouveau projet électronique s’appelle Green Jaguars.
Denis Bertrand, qui avait accueilli, en 2024, les quatre artistes dans sa propre maison, pour une session privée, sous le regard de professionnels de la musique et de la scène, a pu observer leur progrès.
«Il y a certainement un engagement très net dans leur travail envers l’aide que la Slague leur a apportée. La différence, c’est qu’on les a vus ce soir sur scène, dans un Pub, accompagnés de musiciens, ce qui réhausse leur travail et le rend plus attrayant», a-t-il conclu.
- Nombre de fichiers 5
- Date de création 30 avril, 2025
- Dernière mise à jour 30 avril, 2025