Les priorités locales mises en avant à la conférence AMO
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Cinq membres du conseil municipal de Nipissing Ouest ont assisté à la conférence annuelle de l'Association des municipalités de l'Ontario (AMO) du 17 au 20 août à Ottawa, où ils ont fait des présentations à six ministères provinciaux. La maire Kathleen Thorne Rochon était accompagnée des conseillers Rolly Larabie, Jamie Restoule, Kris Rivard et Georges Pharand, qui ont rencontré des représentants des ministères des Affaires municipales et du Logement; de l'Énergie; des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires; des Transports; des Soins de longue durée; et des Affaires francophones. À leur retour, la maire Thorne Rochon a pris le temps de parler de leurs demandes auprès des ministères et des espoirs du conseil à la suite des présentations.
Projet immobilier Au Château
Le projet d’expansion des immeubles résidentiels d'Au Château a été présenté au ministère des Affaires municipales et du Logement. «Beaucoup de gens savent que nous sommes prêts à ajouter un immeuble supplémentaire au complexe d'appartements d’Au Château,» rappelle la maire, ajoutant que la ville demande des fonds à cette fin depuis deux ans. Bien que la province ait débloqué des fonds pour de tels projets, Mme Thorne Rochon souligne que la demande a largement dépassé l’investissement provincial et le projet d’Au Château n'a pas été retenu.
Elle reste toutefois optimiste. Le projet figure également sur la liste des priorités du Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing (CASSDN), qui a également fait une présentation au ministère. «Tant la municipalité que le Conseil des services sociaux ont fait savoir que ce projet est prêt à la construction, qu'il ajouterait 40 à 45 logements à ce complexe, et que nous avons une liste d'attente de cinq ans, voire plus, pour ces logements,» précise Mme Thorne Rochon. Suite aux pressions faites par deux délégations, elle espère que la province reconnaîtra l'urgence de la situation.
Une panne d'Hydro One entraine la perte de 2 millions de dollars
Devant le ministère de l'Énergie, la ville a revendiqué un financement pour récupérer ses pertes de revenus dues à une panne d'Hydro One au poste de transformation de Crystal Falls au printemps dernier. Dans une lettre présentée au ministère, on indique que la société de production d’hydroélectricité West Nipissing Power Generation a été contrainte à «réduire considérablement sa production» en raison de la panne du 6 février, et que la centrale n'avait pas été remise en service avant le 13 juin 2025. Selon la ville, la réparation aurait pu être effectuée beaucoup plus rapidement, mais il y aurait eu une «rupture de communication» alors que le personnel tentait de contacter les autorités provinciales à ce sujet. Cela a causé une interruption de la production pendant quatre mois.
«Cette société est entièrement détenue par la municipalité, et les dividendes versés chaque année par West Nipissing Power Generation contribuent à réduire les impôts fonciers de nos résidents. Ainsi, si les revenus et les bénéfices sont en baisse, notre capacité à percevoir les dividendes pourrait affecter notre prochain budget et les taux d’impôts,» souligne la maire. Bien que la société soit assurée contre ce type de situation, la lettre explique que «l'assurance contre les pertes d'exploitation est plafonnée à 250 000$,» mais l'interruption aurait coûté environ 2 millions de dollars à la société, le printemps étant la plus forte période de production d'électricité dans cette centrale.
Représentation équitable au CASSDN
Lors d'une discussion avec le ministère des Services sociaux et communautaires, les délégués de Nipissing Ouest ont une fois de plus insisté pour obtenir un siège supplémentaire au Conseil d'administration des services sociaux du district de Nipissing. «Pour le grand public, cela peut sembler banal, mais lorsque l'on considère que la municipalité contribue plus de 4 millions de dollars par an au CASSDN, il est important d'avoir une représentation qui reflète notre population et notre contribution financière,» insiste Mme Thorne Rochon. Le Nipissing Ouest compte un siège sur 12 au CASSDN, alors que North Bay en compte six.
La maire souligne que le Nipissing Ouest a une population presque égale à celle de Kenora, qui est le siège régional du conseil des services sociaux de sa région. «Leur situation géographique ne les place dans la zone d'influence d'aucune autre ville,» dit-elle, ajoutant que c'est la seule différence entre Kenora et le Nipissing Ouest, qui est proche de Sudbury et de North Bay. En fin de compte, la maire souhaite deux choses : premièrement, obtenir «des services adaptés à la taille et aux besoins spécifiques de notre communauté» et, deuxièmement, faire reconnaître le Nipissing Ouest comme une communauté influente dans le nord de l'Ontario en raison de sa taille et de sa population. «Nous sommes la septième plus grande municipalité du nord de l'Ontario,» souligne-t-elle, ajoutant que Kenora la devance d’environ 400 habitants seulement.
Plusieurs projets présentés au MTO
La délégation au ministère des Transports devait traiter du projet du pont Champlain, mais le ministre s’est déjà engagé à financer ce projet «et les détails sont en cours de négociation entre le personnel municipal et le personnel du ministère,» de préciser Mme Thorne Rochon. Pour le moment, «il n'y a pas d'annonce officielle sur la forme que prendra ce projet ni sur la date à laquelle il sera mis en œuvre.»
Toutefois, les élus ont profité de l’audience pour soulever d’autres projets prioritaires. «Le conseil municipal a adopté une résolution à la suite d'une pétition des résidents demandant un carrefour à quatre stops à l'intersection de la rue Principale et de l'autoroute 64 à Verner. Nous n'avons constaté aucun progrès dans ce dossier, et c'est toujours quelque chose que nous voulons poursuivre. Cette résolution a été adoptée à l'unanimité, mais comme elle concerne la route 64, elle doit passer par le MTO,» explique Mme Thorne Rochon.
Ils ont également évoqué la création de zones de sécurité communautaire sur l'autoroute 64, l'une à Verner entre l'autoroute 17 et le pont, et l'autre à Lavigne entre la caserne des pompiers et le premier pont du village. «Ce n'est pas une question qui relève du MTO, mais plutôt du Solliciteur général. Néanmoins, parce que ça touche l'autoroute, le MTO doit donner son accord, et nous voulions donc les en informer et leur demander leur soutien le moment venu,» explique la maire.
Enfin, la délégation a fait part des doléances des entreprises de River Valley qui ont perdu des places de stationnement à la suite des travaux de réfection de l'autoroute 539 complétés l’année dernière. «Certains fossés et autres obstacles empêchent les véhicules de se garer sur le bord de l'autoroute, et ces places de stationnement sont importantes pour la viabilité à long terme de ces entreprises, en particulier lorsqu’elles accueillent des touristes avec des roulottes, des caravanes, des VTT et des motoneiges,» souligne Mme Thorne Rochon.
Projet de réaménagement d'Au Château
Le réaménagement du Foyer de soins de longue durée Au Château a fait l'objet d'une discussion avec le ministère des Soins de longue durée. «L'établissement commence à montrer des signes de vieillissement. Les technologies ont évolué, les exigences prévues par la Loi sur les soins de longue durée ont changé,» explique la maire. Selon elle, même si des rénovations ont été effectuées pour assurer la conformité, des travaux importants seront nécessaires pour garantir la continuité de soins adéquats au cours des prochaines décennies. «Il s'agissait d'une discussion très préliminaire sur ce à quoi pourrait ressembler le réaménagement, mais nous savons que ces dossiers importants peuvent prendre des années à traiter. Il est donc important d’entamer ces discussions,» déclare-t-elle, ajoutant que les coûts seront sûrement très élevés et qu'il vaut mieux commencer tôt à planifier.
Soins de santé en français dans le Nord
Enfin, la maire a préparé rapidement une délégation au ministère des Affaires francophones, ayant appris le vendredi précédant la conférence qu'elle serait reçue. L'objectif était de promouvoir les intérêts de l'École de médecine du Nord de l'Ontario (EMNO) et des organismes de santé désignés francophones dans le nord de l’Ontario. «Au cours du dernier mois, j'ai travaillé avec le directeur des affaires francophones de l’EMNO et la PDG de notre hôpital, Dawn Morissette, et j'ai rassemblé quelques informations,» révèle Mme Thorne Rochon. Il s'agissait de détails sur tous les établissements de santé désignés francophones dans le nord-est de l'Ontario et d'une présentation de l’EMNO décrivant des objectifs modestes, réalisables et financièrement viables, visant son objectif à long terme de devenir un établissement d'enseignement désigné bilingue. «Nous avons présenté au ministère des Affaires francophones une liste de 9 ou 10 mesures, en précisant qu'il n'était pas nécessaire de tout faire d'un seul coup. Nous ne demandons pas 10 millions de dollars aujourd'hui, mais ce sont là des mesures modestes que nous pouvons prendre pour renforcer les capacités en français en vue d'atteindre l'objectif ultime,» ajoute Mme Thorne Rochon.
Tout en admettant que les municipalités n'ont pas d'influence directe sur les décisions en matière de santé et d'éducation, la maire insiste sur le fait qu'elles peuvent néanmoins faire entendre leur voix en tant que partenaires pour défendre les intérêts d'organismes telles que l’EMNO ou des établissements de santé. Le fait de le faire au sein de l'AMO ne profite pas seulement au Nipissing Ouest, mais aussi à de nombreuses communautés voisines du nord de l'Ontario qui ont besoin de professionnels de la santé francophones. «C’était une demande que j'ai faite au nom de la municipalité, mais aussi au nom de la francophonie du nord-est de l'Ontario,» affirme la maire.
Jamie Restoule évoque la pulvérisation de glyphosate
Un autre moment important s'est produit à la fin de la conférence, lorsque le conseiller Jamie Restoule a soulevé des préoccupations concernant la pulvérisation de glyphosate dans les forêts de la région. Comme l'explique la maire, le dernier jour de la conférence, tous les ministres se sont réunis sur scène pour une séance publique d'une heure afin de répondre aux questions. «Le conseiller Restoule était le dernier à poser une question, et il était arrivé tôt dans la salle. Il a fait la queue pendant une heure avant d’arriver au micro pour pouvoir s'exprimer, et il a posé la toute dernière question de la séance,» raconte Mme Thorne Rochon.
«De nouvelles données scientifiques, publiées depuis la dernière évaluation du glyphosate par Santé Canada en 2017, ont établi un lien entre cette substance et le cancer, les maladies métaboliques et neurologiques, ainsi que les dommages causés à l'écosystème,» a indiqué M. Restoule. Il a également évoqué les récentes résolutions du conseil municipal s'opposant à la pulvérisation aérienne d'herbicides à base de glyphosate dans les forêts du nord de l'Ontario, jusqu'à ce que soient menées de nouvelles recherches et évaluations des risques. Enfin, il a demandé aux ministres si le gouvernement allait «écouter la population du nord de l'Ontario, les municipalités et les dirigeants des Premières Nations, et reconsidérer l'utilisation prévue d'herbicides à base de glyphosate dans la forêt de Nipissing et d'autres forêts du nord, et suspendre les initiatives de pulvérisation aérienne jusqu'à ce que des recherches indépendantes supplémentaires et des évaluations des risques actualisées soient menées et examinées.»
La question a été applaudie par de nombreuses personnes dans la salle, et le ministre des Richesses naturelles, Mike Harris Jr., a pris le micro pour répondre. Il a déclaré que la question avait été soulevée par d'autres délégations pendant la conférence et que «des discussions vont se poursuivre dans les prochains jours», ce qui «nous donnera l'occasion d'explorer d'autres méthodes et différentes alternatives.» Le ministre associé des Forêts et des Produits forestiers, Kevin Holland, a assuré que les normes de sécurité de Santé Canada sont respectées et même surpassées en ce qui concerne l'application de l'herbicide, «mais comme l'a indiqué le ministre Harris, nous sommes toujours disposés à revenir en arrière, à examiner la question et à la réévaluer en fonction des informations et des préoccupations que nous recevons du public, et nous sommes heureux de le faire dans ce cas.»
La maire Thorne Rochon ajoute que de nombreux responsables d'autres municipalités se sont renseignés sur la résolution adoptée par le Nipissing Ouest sur les glyphosates, car d'autres villes pourraient également envisager des résolutions similaires.
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Photo :
De gauche à droite, les membres du conseil municipal de Nipissing Ouest Georges Pharand, Rolly Larabie, la maire Kathleen Thorne Rochon, le maire adjoint Jamie Restoule et Kris Rivard ont rencontré, entre autres, l'adjoint parlementaire du ministre des Affaires municipales et du Logement, Mathew Rae (au centre), lors de la conférence 2025 de l'Association des municipalités de l’Ontario.
Crédit photo : Courtoisie
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- Date de création 5 septembre, 2025
- Dernière mise à jour 5 septembre, 2025